Le déficit extérieur contenu à 2,6% du PIB à fin mars

Le déficit des transactions de biens s’aggrave de 3,1 milliards à 36 milliards de DH. Les excédents des balances des services et des revenus secondaires en amélioration. Le compte courant de la balance des paiements affiche
un déficit de 6,6 milliards de DH.

Après trois années consécutives d’amélioration (2013, 2014 et 2015), les échanges extérieurs ont commencé au cours des premiers mois de 2016 à donner des signes d’essoufflement, traduisant principalement une inversion de la tendance observée jusqu’à fin 2015: le déficit commercial, qui se réduisait progressivement tout au long de ces trois années, a de nouveau repris le cycle de son aggravation, interrompu depuis 2013. Sur le premier trimestre de l’année en cours, en effet, le déficit des transactions de biens s’est creusé de 3,1 milliards de DH par rapport à la même période de 2015, à 36 milliards de DH. Les balances des services et des revenus secondaires, structurellement excédentaires, ont certes enregistré des excédents en amélioration de 300 MDH (à 14,1 milliards de DH) et 400 MDH (à 17,2 milliards de DH) respectivement. Mais cela n’a pas suffi à combler le déficit commercial, auquel, en outre, il faut ajouter le déficit, structurel, des revenus primaires (ou d’investissements).

Résultat des courses : le compte courant de la balance des paiements affiche, selon l’Office des changes, un déficit de 6,6 milliards de DH, en aggravation de 37,5% (+1,8 milliard de DH) par rapport à son niveau de fin mars 2015. En proportion du PIB, le déficit courant ressort à 2,6% au lieu de 1,95% au premier trimestre de 2015.

Mais il faut s’empresser tout de même de préciser qu’un tel niveau de déficit n’a rien de particulièrement inquiétant quand on sait que la Tunisie par exemple (même si la situation de ce pays depuis 2011 est différente de celle du Maroc) fait tout pour stabiliser son déficit courant à 8% du PIB et que la Turquie s’est fixé pour objectif en 2016 de ramener sont déficit courant à 4% du PIB. Pour le Maroc, le déficit des transactions courantes au titre de l’exercice 2016 devrait s’établir à 2,5% du PIB, selon les prévisions du HCP établies en début d’année.

Dans le détail, le déficit enregistré au premier trimestre est principalement le résultat d’une aggravation du déficit commercial comme déjà indiqué. Pourquoi ? Parce que les importations de biens ont progressé plus rapidement (+4,7%) que les exportations (+3,1%). L’Office des changes, qui produit ces statistiques, précise que cette évolution est imputable à la hausse des achats de biens d’équipement, de produits finis de consommation et de demi- produits.

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Hausse des expéditions de l’automobile et baisse de celles des phosphates et dérivés

Théoriquement, la progression des importations de ce type de produits n’est pas forcément une mauvaise chose, puisqu’elle traduirait une amélioration des activités non agricoles. Et de fait, les comptes nationaux du premier trimestre 2016 montrent que le PIB non agricole a augmenté de 3,1% et c’est cela qui a fait que la croissance globale sur cette période s’établisse à 1,7%, étant entendu que la valeur ajoutée agricole, en raison de l’effet de base notamment, a été négative (voir page 13).

En réalité, l’aggravation du déficit commercial paraît résulter moins de la hausse des importations que de la faiblesse des exportations. Bien sûr, les expéditions des secteurs automobile, de l’agriculture et agroalimentaire continuent de progresser, et de façon substantielle pour ce qui est de l’automobile. Mais l’autre gros secteur à l’export que sont les phosphates et dérivés est confronté à la volatilité des prix sur le marché international ; de sorte que l’on peut passer d’une augmentation à deux chiffres à une baisse en très peu de temps. Sur les trois premiers mois de 2016, les ventes de phosphates et dérivés ont accusé une baisse de 500 MDH.

Bref, dans la partie haute de la balance des paiements, soit la partie la plus importante, puisqu’elle renseigne bien sur la situation d’une économie par rapport au reste du monde, ce qui pose problème, et pas seulement pour le Maroc d’ailleurs, c’est surtout la balance commerciale : comment faire non pas tellement pour équilibrer cette balance, mais au moins en réduire significativement le déficit. Très peu de pays, en dehors de certains pays pétroliers, y sont parvenus, si l’on exclut la Chine et l’Allemagne qui, elles, réalisent carrément des excédents commerciaux.

Le rééquilibrage de la balance commerciale à moyen terme est difficile à envisager

Le Maroc, lui, peut difficilement envisager sur le moyen terme de parvenir à l’équilibre de sa balance commerciale. Il peut néanmoins, grâce à la relative bonne tenue des balances des services et des revenus secondaires, atténuer le déficit commercial. C’est le cas depuis 2013. Quand les importations ne s’envolent pas trop sous l’effet notamment d’un fort renchérissement des matières premières, il peut même, avec les excédents des services et des revenus secondaires, réaliser des équilibres, voire des excédents de sa balance courante, comme cela avait été le cas jusqu’en 2007. Mais c’était l’époque où les envois des MRE et les recettes de tourisme progressaient fortement d’année en année, parce que les pays de résidence des MRE, principalement européens, et qui sont en même temps les principaux émetteurs de touristes n’avaient pas encore été touchés par la crise de 2008.

Toutefois, l’Europe actuellement sort progressivement des difficultés qui l’accablent depuis 2008, et par rapport au Maroc le résultat se fait sentir : les transferts des MRE, par exemple, ont augmenté au premier trimestre de 4%, à 14,5 milliards de DH et les recettes de voyages de 6,6%, à 12,1 milliards de DH. Il y a bien entendu le solde, structurellement déficitaire, des revenus primaires (-3 milliards de DH au premier trimestre 2016) qui vient en atténuation de ces améliorations, mais quand est récipiendaire des investissements étrangers comme l’est le Maroc, tout cela est bien normal.