Le déficit en logements ramené à  650 000 unités ? La tutelle s’explique

La production de logements conventionnels n’a pas atteint les objectifs, ni en 2012 ni en 2013. Le ministère a pu réduire le besoin en traitant l’habitat insalubre à  travers les logements de restructuration. L’objectif est de réduire le déficit à  400 000 unités d’ici fin 2016.

La tendance a de quoi surprendre. Alors que ni en 2012 ni en 2013, la production du secteur immobilier n’a atteint les objectifs du ministère de l’habitat en vue de réduire le déficit national en logements, celui-ci s’inscrit quand même en baisse sur la période. De 840 000 unités manquantes en 2011 on passe en effet à un besoin d’un peu plus de 746 000 habitats en 2012 pour descendre encore sous la barre de 650 000 logements nécessaires en 2013.

Ceci alors qu’en 2012, ce ne sont que 114 200 unités qui ont été achevées (exception faite des terrains aménagés qui après tout ne réduisent pas le déficit en tant que tel), soit un écart de 55 800 logements par rapport aux 170000 prévus chaque année dans les plans du ministère de l’habitat, depuis que Nabil Benabdellah en a pris les commandes. En 2013, même si la production s’est améliorée à 137 147 unités, on reste toujours loin du compte avec un manque sur l’année de 33000 habitats. Entre 2012 et 2013, ce sont donc 88 800 logements qui manquent à l’appel.

L’on est d’autant plus enclin à se poser des questions sur l’orientation baissière du déficit en logements sur les deux dernières années en analysant le retard de production accumulé sur chaque segment. Ce sont à peine 27360 et près de 30000 unités à 250 000 DH qui ont été achevées respectivement en 2012 et 2013. Cela représente tout juste le tiers des 160 000 habitats qui auraient dû arriver sur la période.

Pour ce qui est du logement à 140000 DH, seulement 9000 unités ont été achevées en 2012 et 2013, soit la moitié de ce qui devait être effectivement produit sur la période. Quant au logement pour la classe moyenne, au lieu des 40 000 unités qui devaient être livrées sur les deux dernières années, moins de 26 000 habitats sont effectivement arrivés sur le marché.

Comment donc, avec tout cela, le déficit a-t-il pu baisser? A vrai dire, il n’y a pas que la production conventionnelle de logements qui est de nature à réduire le déficit. En effet, même si l’on n’y pense pas spontanément, celui-ci porte dans une large mesure sur l’habitat insalubre (bidonvilles, quartiers non réglementaires, habitat menaçant ruine…) qui est traité non pas grâce aux constructions sur les segments habituels, mais par la production d’unités de restructuration. Et il faut dire que l’Habitat est plutôt actif sur ce dernier plan.

L’accroissement de la population génère une demande 130 000 logements par an

En 2012, les achèvements de logements de restructuration ont totalisé 113 579 unités (presque autant que la production de logements conventionnels sur la même année) qui sont donc directement venues en diminution du déficit constaté de 840000 logements à fin 2011. Mais, en parallèle, de nouveaux besoins se sont manifestés et ont alimenté la demande.

D’abord, on estime qu’à peu près 4 000 habitats du parc menaçant ruine se détériorent annuellement, créant un besoin équivalent en logements de restructuration. Aussi, il y a l’accroissement du nombre de ménages qui génère une demande estimée entre 125000 et 130000 unités chaque année.

En faisant donc la somme des besoins (déficit existant, habitats menaçant ruine à remplacer et nouveaux ménages à loger) diminuée de la production conventionnelle de logements et celles d’unités de restructuration, l’on aboutit effectivement à un déficit en baisse à 746 000 logements à fin 2012. En adoptant le même calcul pour l’année 2013, considérant une production d’unités de restructuration de 93 496 habitats, et en gardant les mêmes hypothèses d’évolution de la demande, le déficit ressort en recul à moins de 650 000 logements.     

La question se pose toutefois de savoir si, en ne se basant que sur des croissances théoriques de la demande chaque année, l’on ne s’éloigne pas progressivement de la réalité dans le calcul du déficit. Conscients de cette donnée, les services de l’Habitat s’assurent bien de continuer de coller au plus près aux besoins effectifs en effectuant périodiquement une enquête logement au niveau national.

La prochaine sera menée justement au cours de cette année. Le dernier sondage date de 2011 et avait permis de déterminer précisément la composition du déficit en logements sur la même année. Les 840 000 unités manquantes en 2011 comprennent 242 500 besoins en équipements de logements situés dans des quartiers d’habitat non réglementaires.

Ce à quoi s’ajoute un besoin de 597 500 logements nouveaux comprenant d’abord 169500 unités nécessaires pour la résorption des bidonvilles. Viennent ensuite 114 000 logements dont ont besoin les ménages se trouvant dans des habitats menaçant ruine, 94 000 unités pour couvrir les besoins des ménages logés en habitat insalubre dispersé et enfin 220 000 logements nécessaires pour éradiquer la cohabitation.