Le déficit du commerce extérieur s’aggrave de 35,8% à fin avril

Les importations en forte hausse, tirées principalement par l’énergie et les biens d’équipement. Augmentation modérée des exportations de l’automobile et quasi-stagnation du textile et cuir. La balance des services toujours excédentaire mais en baisse.

Le retournement de la situation des échanges extérieurs apparu depuis 2016 se poursuit. Sur les quatre premiers mois de 2017, en effet, le solde commercial (biens et services) a enregistré un déficit en aggravation de 35,8% : -40,23 milliards de DH, au lieu de -29,62 milliards de DH à la même période de 2016. En cause, une croissance des importations plus importante (+10,1%) que celle des exportations (+3,2%). Selon les statistiques de l’Office des changes, les importations de biens (coût, assurance, fret – CAF) se sont élevées à fin avril à 144,3 milliards de DH, en hausse de 10,2%. Fait significatif, tous les groupes de produits à l’importation ont été concernés par cette hausse : +47,8% pour les produits énergétiques à 22,7 milliards de DH, +10,9% pour les biens d’équipement à 40,4 milliards de DH, +6,3% à 16,8 milliards de DH pour les produits alimentaires, +8,9% pour les produits bruts à 6,5 milliards, etc.

Les exportations de biens (franco A bord – FAB) ont, quant à elles, augmenté de 6% à 83,4 milliards de DH. Là aussi, les principaux secteurs ou segments à l’exportation ont pratiquement tous évolué positivement: +11,5% à 14,2 milliards de DH pour les phosphates et dérivés, +4,6% à 18,87 milliards de DH pour l’agriculture et l’agroalimentaire, +1,1% à 19,8 milliards pour l’automobile, +10% à 3,3 milliards pour l’aéronautique, etc. Les produits du textile et cuir, par contre, ont stagné à 12,56 milliards de DH. Il résulte de ces évolutions que le déficit de la balance commerciale des biens s’est creusé de 8,6 milliards de DH à -60,87 milliards de DH, soit une dégradation de 16,5% par rapport à la même période de 2016. Moyennant quoi le taux de couverture des importations de biens par les exportations de biens tombe de 60,1% à 57,8%.

Les échanges de services, quoique structurellement excédentaires, ont enregistré un excédent en recul de 15,8% (+16,7 milliards au lieu de +19,8 milliards un an auparavant). Cette situation s’explique par la baisse des recettes de voyages de 4,7% à 16,98 milliards de DH, d’un côté, et la hausse des dépenses de voyages de 17,1% à 5,1 milliards de DH. D’où il résulte que la balance voyages a vu son solde excédentaire baisser de 11,7% à 11,9 milliards de DH. Ainsi, le taux de couverture des importations de biens et services par les exportations de biens et services perd 4,9 points en s’établissant à 74,1%.

Le déficit du compte courant du 1er trimestre pourrait tripler…

Cette conjoncture va certainement déteindre sur la principale variable de la balance des paiements, à savoir le compte des transactions courantes. Les chiffres de la balance des paiements pour le premier trimestre 2017 ne sont pas encore publiés (ils le seront à la fin de ce mois de juin), mais on peut d’ores et déjà annoncer que le déficit courant sera plus important qu’il ne fut l’an dernier à la même période. D’autant que les transferts des MRE ont baissé de 1,2% à fin mars à près de 14 milliards de DH (et de 3,2% à 18,5 milliards à fin avril) et que les revenus primaires sont de toutes les façons structurellement déficitaires. Vu les développements qui ont affecté les divers soldes intermédiaires composant la partie haute de la balance des paiements en ces premiers mois de 2017, il est quasi certain que le déficit courant au titre du premier trimestre représentera au moins 3 fois celui réalisé à la même période de l’année dernière. Rappelons qu’au premier trimestre 2016, le déficit courant avait été de 5,8 milliards de DH, déjà plus élevé que celui de 2015 (-4,6 milliards). Cela montre qu’après les améliorations intervenues entre 2013 et 2015, le déficit du compte courant semble entrer, de nouveau, dans un processus de dégradation. Après être tombé à 1,9% du PIB au terme de l’année 2015, contre 9,5% en 2012, 7,9% en 2013 et 5,7% en 2014, le déficit courant est remonté en 2016 à 4,4% du PIB. Comment évoluera-t-il sur l’ensemble de l’exercice 2017 ? Au vu des données du premier trimestre, le niveau du déficit pour l’année 2017 devrait être au moins égal à celui de 2016 (en proportion du PIB et pas en valeur absolue). Cela dit, le lancement, bientôt, du nouveau régime de change dit flexible pourrait atténuer le processus de dégradation du compte courant, synonyme de baisse des réserves de changes. Les réserves nettes ont en effet baissé de plus de 5 milliards à fin mars et de 7,7 milliards à fin avril par rapport à leur niveau de fin 2016. Mais malgré ces baisses, les réserves nettes de devises demeurent encore relativement confortables, et le nouveau régime de change qui sera mis en place devrait permettre justement, en fonction des paramètres dont il sera assorti, de les maintenir à un certain niveau.

• Importations de biens : + 10,2% à 144,3 milliards de DH • Exportations de biens : +6% à 83,4 milliards de DH • Solde de la balance des biens : -60,9 milliards de DH, contre -52,25 milliards un an auparavant • Balance des services : +16,7 milliards de DH, contre 19,8 milliards un an auparavant • Recettes des MRE : -3,2% à 18,5 milliards de DH • Réserves internationales nettes : +244,2 milliards de DH contre 252 milliards à fin 2016.