Le crédit spot revient à  des niveaux raisonnables

La directive de Bank Al Maghrib interdisant la vente à perte du crédit
a porté ses fruits.
Les PME devraient, à terme, profiter
de la mesure en se voyant accorder des produits à des taux plus bas.

La directive émise par le gouverneur de Bank Al Maghrib (BAM), en décembre 2004, déterminant un niveau minima pour les taux d’intérêts débiteurs accordés par les banques aux entreprises, a finalement constitué un garde-fou pour le secteur bancaire. obligeant les banques à ne plus vendre à perte, ou du moins sans marge significative, leurs crédits spot.
Il faut dire que ces crédits spot accordés à de grands groupes – et multinationales – consistaient en prêts à des taux très bas, portant sur des montants importants, autour de 20 MDH, remboursables en totalité dans une période variant entre un et trois mois. Or, lorsque le taux de ces prêts se situait à un niveau inférieur au coût de l’argent, les banques récupéraient la perte occasionnée lors de cette opération ponctuelle sur d’autres produits, notamment ceux offerts aux PME-PMI.

Le crédit spot avait fini par remplacer la facilité de caisse !
Sans compter le danger pour le secteur, lorsque la spirale de la concurrence a obligé l’ensemble des institutions de crédit à s’aligner en vendant des crédits spot en dessous du coût de l’argent. «C’est une action louable dans l’intérêt de la profession, avance M’Fadel Elhalaïssi, directeur général adjoint de la Banque corporate de BMCE bank. Même les banques de taille moyenne se sont mises dans la course, alors qu’elles ne réalisent pas assez de chiffre pour absorber les pertes découlant de ces produits».
La généralisation des crédits spot a entraîné un autre risque, celui du non-remboursement. Si, auparavant, ce type de crédit n’était accordé qu’à des clients à signature sûre, les banques ont commencé à l’accorder à des entreprises à risque limité.
Enfin, les crédits spot étaient devenus courants au point de remplacer les lignes de fonctionnement classique. «Nous avons remarqué que des entreprises n’utilisaient plus les facilités de caisse, alors que celles-ci sont accordées à des taux
plus rémunérateurs pour la banque, d’environ 6 %», ajoute M. Elhalaïssi. Le crédit spot, utilisé à l’origine pour des besoins de trésorerie ponctuels, a fini par prendre la place des crédits de fonctionnement, et dans certains cas, de crédits d’investissement, l’astuce étant de rembourser ce crédit par des emprunts de même nature.
Du fait de la nouvelle directive, non seulement le risque pour les banques est diminué, mais la péréquation avec d’autres produits qui pénalisait les petites entreprises ne sera plus nécessaire. Il se pourrait donc que les PME-PMI n’aient plus à contribuer au financement à bas prix des grands groupes. Elles pourraient alors demander de meilleures conditions de prêts.
Pour le moment, cette directive n’a pas eu d’effet
sur l’évolution des autres produits bancaires. Les
taux débiteurs demeurent presque inchangés, car ils se situaient déjà à des maturités supérieures à la limite fixée par le gouverneur de BAM. Cependant, une incidence favorable de la directive consistera en une baisse des taux débiteurs pour les produits de prêts classiques adressés aux PME-PMI.
Par ailleurs, cette directive de BAM ne constitue pas un retour à la politique d’encadrement puisque son objectif est la stabilité
du système bancaire. D’ailleurs, des professionnels expliquent que des mesures similaires existent en Europe, dont la célèbre mesure Trichet en France.
Enfin, la directive de BAM laisse la possibilité aux banques de vendre l’argent à des prix en dessous du plancher défini, à la condition de le lui déclarer, en spécifiant le client ainsi que la composition de ses coûts qui lui permettent de vendre moins cher que le marché. Un exercice difficile !.