Le crédit bancaire aux entreprises se tasse

Les crédits de trésorerie en faveur des entreprises du privé sont en baisse de 3,8% sur les deux premiers mois de 2014, et les crédits d’équipement de 1,8%. Le ralentissement de l’économie, la montée en puissance des risques et la rareté des dossiers d’investissement justifient cette tendance.

Le crédit bancaire aux entreprises ne décolle pas en 2014. D’après les chiffres de Bank Al-Maghrib, les concours de trésorerie en faveur des entreprises du privé accusent une baisse de 3,8% à fin février. Leur encours se monte en effet à 140,7 milliards de DH contre 146,4 sur la même période de 2013. Ce constat s’explique selon les spécialistes par deux raisons principales.

Le premier, les réseaux des banques ont reçu des consignes strictes de ne pas accorder de dépassements occasionnels non formalisés par un dossier de crédit en bonne et due forme. Le second est que beaucoup d’entreprises n’ont pas encore utilisé leur trésorerie à plein régime. Ce qui suppose qu’il n’y a pas encore de grosses dépenses.

De l’avis d’un responsable risque dans une banque de la place, cette situation s’explique également par le fait que les nouveaux dossiers bancables, avec un business plan qui tient, se font très rares. «Pour les dossiers déjà en portefeuille, la banque refuse des extensions de ligne vu que les états financiers provisoires reflètent des situations qui ne mettent pas trop en confiance le comité. Et souvent, ces extensions sollicitées ne sont pas justifiées», ajoute-t-il.

Le commerce, la restauration et les industries manufacturières sont les plus touchés

De l’avis d’un autre directeur d’un établissement de la place, cette baisse d’encours ne correspond pas à un changement de stratégie. «D’ailleurs, les banques n’ont jamais changé leurs procédures vis-à-vis des entreprises. C’est juste que dans un contexte de montée avérée du risque et de son coût, face à des entreprises souvent sous-capitalisées, sans avantage concurrentiel exceptionnel et avec des carences de gestion, la banque se trouve obligée de réserver l’argent pour un autre dossier qui le mérite», explique le directeur.
Ce sont les entreprises évoluant dans le tertiaire (commerce et restauration) et les industries manufacturières qui continuent de souffrir le plus de la réduction des crédits de trésorerie, selon les banquiers.

Les crédits à l’équipement ne sont pas mieux lotis. L’encours a reculé de 1,8% (1,8 milliard de DH) par rapport aux deux premiers mois de 2013. Compte tenu de la conjoncture morose que traverse l’économie, il n’y a pas assez de dossiers d’investissements et s’il y en a, il se trouve que ce sont des dossiers qui ne sont pas bien ficelés, et parfois même rejetés par les confrères, explique en substance un banquier. «Pour ceux-ci, nous aussi nous ne pouvons rien proposer d’autres vu que nous avons les mêmes impératifs prudentiels», commente un chargé d’affaires.

A souligner que les crédits alloués au secteur privé sont en baisse quasi linéaire depuis 2007 : 81,4% du total des crédits distribués sur la période 2007-2012, au lieu de 86,9% entre 2001 et 2006.