Le Crédit agricole abandonne 3 milliards de DH de créances en faveur des agriculteurs

L’Etat apportera un milliard de DH de contribution à l’assainissement du portefeuille.
Au-delà de la crise conjoncturelle, le Crédit agricole s’emploie à accompagner la réforme structurelle du secteur agricole.
Le crédit de campagne sera remplacé par un crédit global lié au financement de l’exploitation.

Achaque fois que les agriculteurs passent à côté d’une bonne campagne céréalière, les regards se tournent vers le Crédit agricole du Maroc. Normal, cet organisme est le bailleur attitré de ce secteur. Cependant, le temps des interventions hasardeuses est révolu. Aujourd’hui, le plan de développement mis en œuvre vise à faire de la banque une entité de soutien au monde rural, tout en améliorant ses indicateurs d’activité. Tarik Sijelmassi, président du directoire de la banque, estime que ces deux axes sont interdépendants, l’objectif étant que le Crédit agricole devienne un outil performant de financement du monde rural. La banque envisage même d’entrer en Bourse d’ici fin 2007 et de nouer des alliances avec des partenaires stratégiques. L’ouverture sera plafonnée à 49 % du capital, conformément à la loi. Pour se préparer à ces échéances, la banque procédera à une refonte de son mode d’intervention. Désormais, elle fera une distinction entre agriculteurs bancables et non bancables.
Pour la première catégorie, seront créés des produits adaptés dans l’objectif d’élargir la base des bénéficiaires. Pour minimiser les risques, la banque s’appuiera sur un système de scoring reposant sur des critères internes et externes à l’exploitation agricole.
Grande révolution dans le système de financement, le crédit de campagne sera remplacé par un crédit global lié au financement de l’exploitation, mobilisable sur un compte courant et assorti d’une facilité de caisse. Ce crédit sera accordé pour une année renouvelable par tacite reconduction sur une durée maximale de 5 ans. L’élément déterminant pour le renouvellement sera la domiciliation des recettes de l’exploitation et le règlement des agios relatifs aux avances. Un financement additionnel est prévu en cas de mauvaise récolte.
En outre, la banque confectionnera différents crédits d’investissement. Certains viseront à encourager les agriculteurs à reconvertir les sols dans des cultures rentables comme l’olivier, par exemple, ou d’autres types d’arboriculture. Des modalités adaptées, dont des délais de grâce importants, seront fixées, en attendant que les nouvelles cultures dégagent du chiffre d’affaires. Des lignes de financements appropriées d’un montant cumulé de 4,4 milliards de DH y seront consacrées.
D’autres crédits d’investissement serviront à financer la mécanisation des exploitations par le biais d’un produit composite combinant le financement fournisseur, le leasing et les subventions de l’Etat.
Enfin, le Crédit agricole participera à la création d’une industrie de service en milieu rural en mettant en place des produits de financement encourageant les promoteurs de projets de cabinets d’expertise ou encore de sociétés de location de machines agricoles.

Une filiale dédiée aux agriculteurs non bancables sera créée
Concernant les agriculteurs non bancables, une nouvelle filiale, Dar El Fellah, leur sera dédiée, dans le cadre d’une convention Etat- rédit agricole. «Le but étant d’isoler la problématique des agriculteurs non bancables pour sauvegarder les intérêts de la banque sans faillir à la mission de service public», explique M. Sijelmassi.
La filiale aura des antennes dans tous les centres économiques concentrant un nombre important d’agriculteurs en difficulté. Sa mission consistera, en premier lieu, à identifier les causes de leurs soucis. Il s’agira, dans une deuxième étape, de les orienter vers les organismes à même de leur apporter le soutien nécessaire. Les agriculteurs bénéficieront enfin d’une assistance pour le montage des dossiers de crédit ou pour la confection de solutions de rechange comme le recours aux ONG spécialisées.
Les débiteurs de mauvaise foi seront traduits en justice
Par ailleurs, le Crédit agricole compte renforcer sa présence dans l’activité du micro-crédit par le biais de sa propre fondation ou en tant que bailleur de fonds pour les associations de micro-crédit désireuses d’opérer en milieu rural.
Malgré la volonté avérée des dirigeants, la banque ne pourra pas tourner définitivement la page sans solder le lourd passif des créances en souffrance. Leur montant actuel est de 8 milliards de DH dont 5,5 milliards de DH concernent les petites et moyennes exploitations agricoles, le reste portant sur des créances de grands débiteurs.
Les créances en souffrance des petites exploitations (5,5 milliards de DH) seront classées en trois catégories. Une première tranche de 3 milliards de DH, détenues sur des agriculteurs ayant rencontré des difficultés indépendantes de leur volonté et dans l’incapacité de rembourser, sera purement et simplement abandonnée. L’Etat versera un milliard de DH et le reste sera pris en charge par le Crédit agricole. Cette solution est imposée par la situation critique provoquée par la mauvaise campagne agricole.
En deuxième lieu, des arrangements seront imaginés pour les agriculteurs dont l’activité dégage toujours des revenus.
Enfin, pour les débiteurs de mauvaise foi, les poursuites judiciaires seront maintenues. C’est seulement en se montrant aussi intraitable que le Crédit agricole deviendra une banque comme les autres, c’est-à-dire rentable et financièrement équilibrée .

100 nouvelles caisses locales seront ouvertes

La banque a lancé les principaux chantiers visant la mise à niveau des outils de gestion. Sur la liste figurent le nouveau schéma directeur informatique, la refonte du système comptable et le renforcement des structures de contrôle. L’objectif est de se conformer aux règles prudentielles et de gestion de Bank Al Maghrib. Mais, il lui faudra, corrélativement, recruter de bons clients. Ce qui n’est pas gagné d’avance. En 2004, elle a dégagé un excédent de trésorerie de 7 milliards de DH, et ce malgré le remboursement anticipé de 1,4 milliard d’une ligne de la Banque mondiale, jugée trop chère. Cependant, elle a eu du mal à placer cet excédent car malgré un faible taux de rejet des dossiers (1,2 %) par le biais du nouveau système de scoring, la progression du nombre de clients de PMEA (petite et moyenne exploitation agricole) n’a connu qu’une augmentation limitée de 5,1 %. D’où un objectif de renforcer la proximité de la banque par la création de 100 nouvelles caisses locales et par une mise à niveau de l’ensemble du réseau pour une organisation tournée vers le client .

La banque consentira des crédits d’investissement, notamment pour financer la mécanisation des exploitations.