Le coup de gueule des PME !

Après un an de discussions, les banques toujours réticentes à rééchelonner leurs dettes.
Au lieu d’un fonds de restructuration, elles bénéficieront seulement d’un fonds de garantie.
La fédération écartée des discussions entre banques et Trésor.

Les PME sont en colère et entendent le faire savoir. Alors que, depuis un an, leur fédération avait entamé des discussions avec le GPBM en vue de conclure un gentleman’s agreement qui aurait permis aux entreprises répondant aux conditions de transparence d’avoir un accès plus facile au crédit, elles se retrouvent au point mort. «En dépit de plusieurs gestes de bonne volonté, dont la production de bilans certifiés, les banques ne veulent toujours pas jouer le jeu», affirme Hamad Kessal, président de la Fédération des PME-PMI. Seules les Banques populaires et Attijariwafa bank nous accompagnent vraiment», dit-il. De fait, prises à la gorge par le surendettement, les entreprises se voient bloquer l’accès au rééchelonnement de leurs dettes à court terme, faute de pouvoir produire des garanties supplémentaires. Un cercle vicieux que le gouvernement avait, depuis peu, tenté de briser en proposant la mise en place d’un fonds de restructuration. Signe de bonne volonté, dans une déclaration faite à La Vie éco (cf LaVie éco du 26 mai), Driss Jettou lui-même annonçait que l’Etat pourrait se substituer aux banques en mettant en place un mécanisme de restructuration financière. Or, aujourd’hui, autre cause de l’ire des PME, alors qu’elles voulaient un fonds de restructuration, elles auront un fonds de garantie (encore un ?), destiné à garantir une partie de leur dette à court terme, à hauteur de 50 %, avec une période de rééchelonnement qui peut aller jusqu’à 12 ans. C’est en tout cas ce qui ressort du projet de convention entre le Trésor et les banques qui devait être finalisé, jeudi 16 juin, lors d’une réunion du groupe de travail en charge du dossier.

Le Trésor fait pression sur les banques pour baisser les taux
Le fonds, d’une enveloppe de 100 millions d’euros, alimenté par une ligne de crédit française, ne servira donc pas à financer directement les entreprises, car il semble que ni le bailleur de fonds ni le Trésor lui-même ne souhaitent aller dans cette voie. Au mieux, le Trésor essaye de faire pression sur les banques pour appliquer des taux d’intérêt alignés sur ceux servis pour les bons du Trésor, avec un petit bonus en guise de motivation. Mais la partie ne s’annonce pas facile. En effet, si les banquiers affirment ne pas être totalement hermétiques à une telle proposition, ils avancent néanmoins qu’il ne faudrait pas fausser la donne du marché, quitte à faire des efforts particuliers pour des secteurs sensibles, mais bien entendu en se penchant sur les dossiers des entreprises au cas par cas. Rappelons que, malgré quelques avantages pour les inciter à proposer les lignes de crédit étrangères destinées à la mise à niveau, le comportement des banques n’a pas changé : elles préfèrent placer leurs propres ressources qui procurent des marges confortables, plutôt que d’être des intermédiaires.

Discorde entre la CGEM et la Fédération PME
Ce faisant, on revient à la case départ. Le président de la Fédération PME-PMI, qui dit avoir été débarqué du groupe de travail sur le fonds de restructuration financière après avoir assisté à plusieurs réunions, se dit révolté par l’attitude des banquiers. «Le système bancaire marocain est figé et fait une fixation sur les garanties que doit lui fournir le chef d’entreprise, sans distinction entre les biens de l’entreprise et le patrimoine de son propriétaire».
Il rappelle que la fédération a déjà fait des efforts dans le sens d’une meilleure transparence des comptes des entreprises. «Nous ne demandons pas à ce que l’on aide “ les canards boiteux ”, mais à ce qu’on donne un coup de pouce à celles qui ont fait l’effort de s’organiser et qui ont besoin d’argent frais», affirme-t-il.
Comment ? Hamad Kessal propose un financement direct à hauteur de 2/3 pour l’Etat, l’autre tiers devant être fourni par l’entreprise elle-même. Il s’agit, dit-il, d’une «décision politique pour sauver les PME». Le président de la Fédération PME-PMI évoque à cet égard le cas de la Tunisie, où une banque des PME vient de voir le jour. «Pourquoi cela n’est-il pas possible chez nous puisque nos banques ont montré qu’elles ne voulaient prendre aucun risque ?», s’interroge-t-il.
Le malentendu risque de durer encore longtemps, d’autant plus que la Fédération PME-PMI et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), dont elle fait partie, ne semblent plus parler le même langage. Pourtant, il leur faudra bien coordonner leurs initiatives pour résoudre une équation qui semble pour l’heure insoluble.
Le problème du financement de la PME, qui n’est d’ailleurs pas propre au Maroc, n’est pas nouveau. Il remonte à plusieurs années. Les données ont seulement changé. Auparavant, c’est-à-dire avant le désencadrement du crédit, cette catégorie de clientèle était quasiment exclue des guichets, et ceux qui y avaient accès devaient payer le prix fort. Le phénomène était aggravé, à l’époque, par l’effet d’éviction qu’entraînait le refinancement abusif du Trésor sur le marché intérieur. La réorganisation du marché financier a ensuite apporté un léger mieux, notamment pour ce qui concerne le niveau des taux. Mais eu égard à la sévérité des règles prudentielles, les banques refusent de s’engager dans des opérations risquées ou s’entourent du maximum de garanties avec à la clé les mêmes conséquences : les PME, dont les capacités de négociation sont réduites à la portion congrue à cause de leur faible assise financière, sont laissées en rade.
Quelques chiffres renseignent sur la prudence manifestée par les banques à l’égard de cette clientèle. Une étude de la DPEG (direction de la politique économique générale) relève qu’entre 1996 et 2002 les crédits à moyen terme (CMT) qui lui ont été accordés ont reculé de 22,1 %, alors que les crédits bancaires à moyen terme globaux ont augmenté de 6,4 % en moyenne annuelle. Ainsi, la part de ce type de crédits accordée aux PME n’a représenté, en 2002, que 7,7 % de l’encours total des crédits à moyen terme distribués par les banques, contre 49,4 % enregistrés en 1996 .