Le contrôle des importations de produits chinois renforcé

De 23% en moyenne entre 2006 et 2010, la croissance des importations de produits chinois est tombée à  6% entre 2011 et 2014. En dehors du ralentissement de l’économie mondiale, les importateurs sont découragés par le contrôle rigoureux exercé par la Douane. Plusieurs commerçants ont dû arrêter leurs opérations d’import ou changer de pays d’approvisionnement.

Nos marchés seraient moins submergés par les produits chinois qu’auparavant. Même s’il est vrai que les importations, toutes provenances confondues, sont en baisse de 15% à fin février, à 53,5 milliards de DH, en raison du ralentissement économique et du creux habituel des débuts d’année, d’autres facteurs entrent en jeu. C’est exactement le cas des importations en provenance de la Chine. Les dernières statistiques de l’Office des changes n’intègrent pas le volume par pays, mais plusieurs sources font état de cette tendance baissière depuis quelques mois déjà. Le patron de la Douane, Zouhair Chorfi, tenant compte des remontées du terrain, l’a affirmé lors de la présentation du bilan de son administration.

De son côté, Fathallah Hajar, directeur de la prévention et du contentieux, confirme le constat, soulignant que les volumes importés stagnent déjà depuis quelques mois. Plusieurs transitaires sont du même avis et relèvent que des dizaines de leurs clients et ceux de leurs confrères qui importaient de grandes quantités de Chine ne font plus le même niveau d’affaires qu’auparavant. Il y en a même qui ont cessé toutes leurs activités d’import. «Cette tendance est palpable depuis 6 mois au minimum», relève l’un d’entre eux qui a un portefeuille majoritairement constitué de commerçants de Derb Omar.
A y voir de plus près, une nette décélération est amorcée depuis 5 ans. En effet, jusqu’en 2010, ces importations ont crû de 22,9% en moyenne depuis 2006 (taux annuel moyen), passant de 11 à 25 milliards de DH. Mais à partir de 2010, ce taux ne dépasse pas 6% avec une croissance négative même entre 2010 et 2011. En 2014, le Maroc a importé un peu plus de 29 milliards de DH de la Chine.

Des procédures normales, selon la Douane

Selon des explications concordantes, cette baisse ne peut être imputée uniquement à la morosité de l’économie nationale. D’une part, même pendant les  années difficiles (2011 et 2012), les importations étaient en hausse. D’autre part, les produits basiques (pour les ménages et les entreprises) constituent une bonne partie des produits importés. D’après différents opérateurs dont la Douane, le repli est lié au durcissement du contrôle douanier. Selon un transitaire, tout ce qui vient aujourd’hui de la Chine est systématiquement contrôlé et de manière très approfondie. Aucun détail n’est négligé, notamment le poids, la nature de la marchandise, sa nomenclature et sa valeur exacte ainsi que sa traçabilité à travers un contrôle minutieux des règles d’origine.
Après ce premier niveau de contrôle, et l’établissement de la DUM, les services douaniers apprécient ensuite le respect des règles d’hygiène, de qualité et d’étiquetage. «Les différents intervenants à cette étape, notamment le département de l’industrie, l’ONSSA et les laboratoires, ont été aussi invités à faire preuve de plus de vigilance lorsqu’ils reçoivent une marchandise de cette provenance», affirme une source au port de Casablanca. Selon une autre source, la Douane a même arrêté une liste de pays dont les marchandises requièrent des contrôles plus rigoureux.

Le système d’information des Douanes cible également certains produits à l’instar du bois, des légumineuses et de la quincaillerie. Sachant qu’une bonne partie de ces produits provient de Chine. «Il ne s’agit pas de barrières non-tarifaires, mais de procédures normales pour dissiper le moindre doute, d’autant plus qu’il y a de nombreux commerçants, attirés par les gains faciles et pas très regardants sur la qualité de leurs produits, qui font des opérations ponctuelles, à la différence de ceux qui importent de l’Union européenne par exemple, qui sont le plus souvent des entreprises plus structurées et plus transparentes», nuance un responsable de la Douane. Il ajoute que face à une Douane alertée et qui a sévi à plusieurs reprises en interdisant l’entrée de marchandises sur le territoire national et en ordonnant souvent leur réexportation, les importateurs des produits chinois, surtout les moins transparents, ont été obligés d’abdiquer. Rien qu’en 2014, les affaires de contrefaçon ont permis d’intercepter 7,3 millions d’unités pour une valeur de 105,6 MDH. De même, avec la multiplication des restrictions, des demandes d’analyses et l’exigence de produire plusieurs sortes de rapports (sanitaire, phyto-sanitaire, conformité aux normes industrielles,..), les importateurs se trouvent obligés d’acquitter des coûts additionnels, ce qui commence à réduire leurs marges. «Il s’agit aujourd’hui d’une sorte de régulation administrative des importations chinoises prise en main par les autorités au vu des dégâts que causent ces produits au tissu productif national», concède un professeur d’économie.

La contrebande a pris le relais

En deuxième lieu, la baisse est expliquée par la montée en puissance de la contrebande. En plus du même niveau de qualité, les produits introduits illégalement sur le marché sont vendus deux fis moins cher. D’après les commerçants, le phénomène n’épargne aucune activité et le Sud continue de pourvoir le gros de ces quantités, même avec la mise en place du poste de Guergarate dont l’impact reste très limité, selon eux.
Ce n’est pas que dans le commerce que la contrebande fait fureur. Les industriels confirment l’ampleur qu’a pris le phénomène. «Les grandes quantités qui arrivent surtout du Sud continuent de fragiliser considérablement toute la filière», se lamente El Mustapha Sajid, président de l’Amith.

De moindre envergure, une troisième raison est avancée par les transitaires pour justifier cette baisse des importations chinoises. En effet, plusieurs sociétés ont décidé de changer de fournisseurs, notamment en raison de problématiques liées à la qualité et la mauvaise image des produits chinois, et pour ne plus être en permanence dans le viseur de la Douane à chaque opération de dédouanement.
«In fine, en dehors des procédures de la Douane qui traquent plus efficacement les affaires de fausses déclarations chinoises, et le mécanisme de défense commerciale qui se charge de protéger le tissu productif national (contreplaqué chinois), le gros de l’effort qui reste à faire concerne les voies pour circonscrire la contrebande», résume un industriel.