Le contrat programme de l’industrie du cuir suspendu

Le projet est repris en main par le ministère du commerce et de l’industrie. Il sera intégré dans une stratégie globale pour l’industrie chimique. Les opérateurs réclament des mesures d’urgence pour préserver le secteur dont les exportations sont en forte baisse.

Retour à la case départ pour le contrat programme du secteur du cuir. Lancée en 2011, la rédaction de ce projet dont la finalisation était annoncée pour décembre par la Fédération des industries du cuir (Fédic) est aujourd’hui suspendue. «Le projet sera repris par le ministère de l’industrie et sera intégré dans une stratégie globale concernant également les industries chimiques et parachimiques», explique Mohamed Amaiz, président de la fédération. Il précise que cette fois-ci le contrat sera élaboré par un cabinet spécialisé qui sera sélectionné avant la fin janvier. Un appel d’offres sera lancé incessamment.

Pourquoi cette réorientation ? Selon des sources proches du dossier, l’élaboration du contrat programme était, d’une part, bloquée par la réorganisation de la fédération. D’autre part, il s’est avéré qu’il fallait y intégrer les industries chimiques en raison des besoins spécifiques de la tannerie qui doit également bénéficier d’une zone industrielle dédiée.

Le contrat doit en principe comprendre plusieurs axes, notamment la mise en place de zones industrielles, la réactivation des outils d’accompagnement institués par les pouvoirs publics (Inmaa et le programme efficacité énergétique), la formation pour permettre une adéquation avec les besoins des industriels, le développement de la création et enfin la promotion des petites et moyennes entreprises. Sa finalité est d’améliorer la compétitivité et la croissance du secteur dont les exportations ont reculé de 20% en 2011. D’après les chiffres provisoires communiqués par les professionnels, la situation s’est même aggravée en 2012.

Pour éviter le pire, les professionnels réclament des mesures prioritaires en attendant l’adoption du contrat programme qui ne se fera pas avant plusieurs mois. Et c’est dans le cadre d’une réunion prévue pour cette semaine qu’ils devront présenter leurs doléances au ministère du commerce et de l’industrie.

Sur le marché intérieur, la chaussure est mise à mal par les importations de Chine

Selon le président de la Fédic, leurs demandes s’articulent autour des axes suivants : le retour aux mesures sociales dont ont bénéficié les secteurs du cuir et du textile en 2009 et un accompagnement au niveau du financement. Seulement, pour ce dernier point, le ministère de tutelle affirme que les entreprises n’ont pas suffisamment utilisé les dispositifs déjà en place, notamment «Initiative nationale d’amélioration» ou encore le programme efficacité énergétique. Des programmes qui ont permis d’améliorer la productivité de certaines entreprises.

Les industriels du cuir souhaitent en outre un contrôle douanier plus rigoureux des importations en provenance des pays asiatiques et particulièrement de la Chine. Ils invitent aussi les services concernés à une plus grande vigilance sur les exportations de peaux dont la hausse importante avait fortement pénalisé le secteur au cours des années 2009-2010.

Le ministère de l’industrie n’a pas souhaité se prononcer sur un «dossier qui est en cours de discussion» et la Fédic espère faire entendre sa voix afin de sauver le secteur dont les performances ne sont pas au beau fixe. L’année 2012 a en effet été difficile et les industriels s’inquiètent. Les exportations ont enregistré, selon le président de la Fédic, une régression de 23% à fin novembre. Toutes les filières sont touchées mais c’est la chaussure, 70% des exportations du secteur, qui a accusé la plus forte baisse, soit 16% après un recul de 20% à fin 2011 à cause de la baisse de la consommation sur les marchés européens qui sont le principal débouché de la filière. Sur le marché local, les temps sont également durs pour les articles chaussants et cette fois-ci en raison des importations en sous-facturation en provenance de Chine. Sur un marché de 60 millions de paires, 45 millions proviennent de ce pays. Ce qui justifie toute l’inquiétude des industriels. Pour le reste, la baisse est de 18% pour la maroquinerie et 8% pour les vêtements.