Le chiffre d’affaires du marché privé du médicament en baisse de 2,7% en 2014

Le recul est dû à  la révision des prix et à  l’attentisme qui a précédé l’entrée en vigueur du décret relatif aux nouveaux tarifs. Les multinationales, dont les prix ont chuté de plus de 50%, ont été plus touchées que les laboratoires nationaux. Les volumes sont cependant en augmentation de 1,2%.

Pour la première fois depuis plus de 15 ans, le marché privé du médicament enregistre une baisse de 2,7% de son chiffre d’affaires. Celui-ci s’est situé à 8,7 milliards de dirhams contre 8,9 milliards en 2013. En revanche, le volume a progressé de 1,2% par rapport à l’année antérieure pour atteindre les 311 millions d’unités. Les opérateurs imputent la dépréciation de leurs recettes à la révision à la baisse du prix des médicaments entrée en vigueur depuis juin 2014. Cette baisse n’est pas, il faut le rappeler, appliquée à tous les produits médicamenteux. Elle n’a concerné qu’une liste de 1 700 médicaments selon les derniers chiffres du ministère de la santé. D’autres baisses sont programmées, disent des sources proches du dossier, pour cette année dans le cadre de l’élargissement de l’accès aux soins et de la garantie de la pérennité financière des régimes de couverture médicale.

Le passage du Prix public Maroc (PPM) au Prix public de vente ( PPV) s’est certes traduit par une régression en valeur du marché pharmaceutique, mais le reflux s’est amorcé «antérieurement, soit à la publication, en décembre 2013, du décret n°2-13-852 relatif aux conditions et modalités de fixation du Prix public de vente des médicaments fabriqués localement ou importés», explique Abdelmajid Belaïche, directeur général de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP). Et de poursuivre, «dès l’annonce de la publication du décret, le secteur a été fortement perturbé : les pharmaciens ont donné un sérieux coup de frein à leurs commandes et particulièrement à celles des produits de comptoir, craignant d’avoir de gros stocks sur les bras qu’il faut gérer et dont il faut supporter le coût. Les industriels, pour leur part, ont souffert d’une baisse importante des commandes». L’absence de communication a aggravé les craintes des uns et des autres, ce qui s’est traduit par un attentisme qui a fortement pénalisé le secteur.

La baisse inégalement ressentie dans le secteur…

Intervenue avant ou après juin 2014, la baisse est certaine et a concerné tous les intervenants, même si ceux-là ont été inégalement touchés. Selon l’AMIP, pour les industriels et les distributeurs la baisse globale du chiffre d’affaires a été respectivement de 10 et 11% par rapport à l’année 2013. Considérant la segmentation du marché du médicament, pour ces deux intervenants, la baisse a été également de 10 et 11% pour les produits de la première tranche, c’est-à-dire ceux dont le prix de vente est inférieur à 300 dirhams et qui représentent, selon les statistiques de la profession, 99% du volume du marché privé et 93% de sa valeur. «La baisse a été plus ressentie sur cette catégorie de produits car l’impact de la baisse du prix a été doublé de l’impact du transfert de la marge des industriels vers les pharmaciens d’officines», explique M. Belaïche. Rappelons que le décret relatif aux modalités de fixation des prix a augmenté la marge des pharmaciens pour ces produits de 30 à 34%. Cette hausse de la marge s’est traduite, en revanche, pour les pharmaciens, qui ont enregistré une augmentation de  7% de leur chiffre d’affaires global, par une amélioration de 8% du chiffre d’affaires pour les produits de moins de 300 dirhams. Il faudra noter que les affaires ont été moins bonnes pour les médicaments coûteux des tranches 3 et 4 puisque les pharmaciens ont vu leurs chiffres d’affaires baisser respectivement de 37% et de 59%. «Un recul compréhensible puisque leur marge est fixée à 400 dirhams quel que soit le PPV du produit», précise le directeur général de l’AMIP. Pour les industriels, la marge de 400 dirhams sur les produits onéreux a plutôt été bénéfique puisque leurs chiffres d’affaires a progressé de 49% sur cette catégorie de produits. C’est une performance positive même si la part des produits chers (tranche 4) est infime puisqu’elle ne représente que 0,001% du volume du marché et 0,045% de sa valeur tandis que la tranche 3 compte pour 0,01% des volumes et 0,36% du chiffre d’affaires total.

Les laboratoires réclament la délivrance des AMM en instance

Outre l’impact de la baisse sur les différents segments du marché, les professionnels estiment que son impact a été plus ressenti par les laboratoires étrangers dont les produits chers ont vu leur prix baisser de 50% et plus. Ce qui explique, dit-on dans le secteur, le gel de leurs investissements et des licenciements décidés par certaines multinationales de la place. Les laboratoires nationaux, dont la production est plutôt axée sur les produits de moins de 300 dirhams, auraient été moins impactés par la baisse.
Au-delà des performances de 2014, l’AMIP estime que 2015 sera meilleure. «Le pire étant passé, les règles du jeu sont fixées donc le marché devrait mieux se comporter. Toutefois, il faudra lever les obstacles réglementaires notamment délivrer les AMM en instance et dont le nombre est important, d’une part, et, d’autre part, activer les textes relatifs aux essais cliniques et à la bioéquivalence», conclut le DG de l’AMIP. Pour se remettre en selle, le secteur mise aussi sur le développement des médicaments génériques, les produits de biotechnologie et leurs biosimilaires et l’ouverture de nouveaux débouchés en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient.