Le calvaire des sociétés de crédit à  la consommation se poursuit

La production a baissé de 2%, à  7.1 milliards de DH au premier semestre. La concurrence acharnée des banques sur le crédit personnel enfoncent l’activité des sociétés spécialisées qui se concentrent de plus en plus sur le crédit auto.

Les sociétés de crédit à la consommation continuent d’enchaîner les déconvenues. Leur production sur les 6 premiers mois de l’année a baissé de 2%, à 7,1 milliards de DH en comparaison avec la même période de l’année passée, selon les statistiques non encore rendues publiques de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF). Ce recul intervient dans le sillage d’une chute continue de l’activité du secteur depuis 4 ans. En effet, la production des sociétés de crédit conso a baissé de 4% en 2009, de 10% en 2010, de 1% en 2011 et de 2,5% en 2012. Du fait de cette dégringolade, le secteur est revenu depuis l’année dernière à son niveau d’activité de 2007 !

Si l’on affine l’analyse, il apparaît que c’est surtout la santé fragile du prêt personnel (non affecté) distribué par les sociétés de crédit conso qui a enfoncé l’activité de ces organismes. Cette branche a vu sa production baisser de 2%, à 3,9 milliards de DH au premier semestre 2013, après avoir reculé de 5% et 16% en 2011 et 2012 respectivement. Selon les professionnels, la cause en est la concurrence des banques sur cette branche, lesquelles au passage font de l’ombre à leurs propres filiales spécialisées dans le crédit conso. Depuis 2008, les banques ont en effet fait jouer leurs avantages naturels en termes de réseau commercial et de coût de refinancement pour récupérer une part de marché au final plus conforme à leur poids. Il faut rappeler que les trois premières banques de la place détiennent plus de 3 000 agences alors que les trois premières sociétés de financement n’affichent qu’un total de 100 points de vente. Aussi, si les sociétés spécialisées se refinancent actuellement à un taux de 5% en moyenne, les banques sont nettement plus avantagées. Il n’est pas surprenant donc que ces derniers établissements se soient hissés actuellement à plus de 51% de part de marché en termes d’encours de crédit conso alors qu’ils n’en étaient qu’à 34% encore en 2005. Le revers de la médaille pour les banques est la montée du risque qui ressort bien dans les dernières communications financières semestrielles de ces établissements. Mais les sociétés de crédit à la consommation n’en sont pas prémunies elles non plus avec un taux de créance en souffrance de 13% à fin juin 2013, qui se maintient toutefois depuis le début de l’année.  

Si la situation critique du prêt personnel distribué par les sociétés spécialisées retient le plus l’attention, l’état du crédit auto ne rassure pas non plus. La production de ces prêts a baissé de 4%, à 2,9 milliards de DH après avoir augmenté de 8% en 2011 et de 26% en 2012.

L’activité LOA a chuté de 40%

Le recul des ventes de voitures (-7% sur les 8 premiers mois de l’année) explique cette situation mais il y a surtout le fait que l’activité de la location avec option d’achat (LOA) s’est enfoncée de 40% au premier semestre. La raison en est la mesure fiscale introduite par la Loi de finances 2013 prévoyant la taxation des valeurs résiduelles des véhicules financés en LOA. Ce surcoût a systématiquement rebuté la clientèle : la quote-part de la LOA dans les crédits auto octroyés est passée de 21% à 13% entre juin 2012 et juin 2013. Les professionnels s’attendent à une baisse encore plus accentuée d’ici la fin de l’année. Les plus pessimistes prédisent même pour bientôt la mort de ce produit qui a été introduit au Maroc en 2000 et qui a subi de nombreux changements au niveau de la TVA depuis 2007. Naturellement, le désintérêt croissant pour la LOA n’est pas une perte sèche pour le secteur puisque les clients s’en détournent en faveur du prêt auto classique et celui-ci a justement vu sa production croître de 34% au premier semestre.

Pour la suite, les professionnels du crédit conso fondent leurs espoirs sur novembre et décembre, habituellement des mois de correction positive, sans pour autant espérer un renversement de tendance. Au vu de la baisse d’activité accumulée jusqu’à présent et sachant, entre autres, que le marché automobile devrait terminer l’année sur un recul des ventes de 5%, l’activité du secteur augmentera au mieux de 2% en 2013.

Nul doute que la mauvaise passe qui se prolonge pour le secteur aura un effet sur son modèle. Le changement est déjà perceptible : les financements automobiles qui constituaient historiquement le tiers des encours du secteur (43,3 milliards de DH, en hausse de 2%), est monté à près de la moitié des encours au premier semestre 2013. Les professionnels y voient une spécialisation des sociétés de crédit conso dans le financement automobile au détriment du crédit personnel accaparé par le secteur bancaire. Sachant que mis à part le crédit auto classique, la seule catégorie de prêt à avoir augmenté est celle du prêt à l’équipement domestique (+13%), les formules affectées semblent être la dernière carte à jouer pour les sociétés spécialisées.