Le bras de fer entre les médecins et l’Etat s’éternise

Les médecins réclament la revalorisation des salaires et de la prime de spécialité ainsi que l’instauration d’une prime d’astreinte et de garde.
Le mouvement de grève entamé en 2004 n’est pas près de s’achever.
Les réunions interministérielles se succèdent pour essayer de résoudre le problème.

Quarante-deux jours de grève en 2004 et déjà trois arrêts de travail de 48 heures chacun depuis le début de 2005. Le secteur public de la Santé est en ébullition. Et le nombre de ces mouvements de contestation s’accroîtra certainement car les médecins prévoient une grève pour les 22 et 23 février et menacent de mener d’autres actions pour manifester leur ras-le-bol.
Si ces débrayages sont pleinement justifiés pour le corps médical, ils sont devenus, de l’avis du ministère de la Santé, «beaucoup trop fréquents et lèsent les patients qui viennent se soigner dans les hôpitaux». Un point de vue qui n’est pas du goût des diverses formations syndicales, qui reconnaissent toutefois que «c’est malheureusement le citoyen qui paie la facture». Il n’en demeure pas moins que le Syndicat national de la santé publique (SNSP, affilié à la CDT) insiste sur le fait que «les médecins ont toujours été les premiers à défendre le citoyen. Nous avons été les premiers à rejeter la dernière augmentation des tarifs dans les hôpitaux. Nous avons également été partie prenante dans le Collectif de défense des droits du citoyen aux médicaments au moment des négociations de l’accord de libre-échange avec les USA et, enfin, nous avons contesté la prise en charge par les personnes indigentes de 50% des frais engagés», fait remarquer Mustapha Chennaoui, secrétaire général du SNSP. Et de poursuivre : «Si le gouvernement se soucie des citoyens, alors qu’il se mette à table avec nous pour discuter».

Pas d’équivalence entre doctorat national et doctorat en médecine
Au ministère de tutelle, on répond que la porte est toujours ouverte aux négociations, et on précise même que des réunions interministérielles (primature, Finances, Fonction publique et Santé) se sont tenues ces jours-ci pour étudier les revendications des médecins et élaborer des propositions.
Que veulent les médecins du secteur public ? D’une centrale syndicale à une autre, et sans oublier le Syndicat des indépendants, les revendications sont les mêmes et portent essentiellement sur la rémunération des médecins, personnel paramédical ainsi que des agents. De façon globale, les syndicats réclament l’équivalence entre le doctorat national et le doctorat en médecine, l’institution de la prime d’astreinte, l’augmentation de la prime de spécialité et l’instauration d’une prime de responsabilité pour les chefs de service. Par ailleurs, les médecins revendiquent la mise en place d’œuvres sociales ainsi que l’amélioration des moyens matériels et des conditions de travail.
Concernant l’alignement du doctorat de médecine sur le doctorat national, il ne s’agit pas seulement d’une affaire de statut administratif, mais cela permettra de réviser les salaires des médecins du secteur public. Le docteur Chennaoui met également en avant la faiblesse du nombre de médecins dans le secteur public : 1 médecin pour 3 000 habitants sur l’axe Casa-Kénitra. Ce qui place le Maroc bien loin derrière des pays voisins comme l’Algérie, où l’on compte un médecin pour 200 habitants dans la wilaya du Grand Alger. Même son de cloche chez le Syndicat des indépendants : «Le gouvernement doit impérativement agir sur la grille indiciaire et aligner les médecins sur le doctorat national», estime Boubkri Mohammadine, secrétaire général dudit syndicat.

Le ministère de la Santé reste ferme sur le salaire des généralistes
Pour la prime d’astreinte (le médecin reste – chez lui – à la disposition de l’hôpital), inexistante aujourd’hui, les propositions des pouvoirs publics sont modiques selon le SNSP. Le gouvernement prévoit une prime de 62 dirhams par jour pour l’astreinte et 180 DH pour la garde résidentielle (c’est-à-dire avec présence physique du médecin à l’hôpital). Cette garde concerne principalement trois spécialités : la chirurgie viscérale, la gynécologie et l’anesthésie réanimation. «Ce qui est bien loin de nos propositions qui sont de 350 DH par unité de 12 heures pour l’astreinte et de 700 DH pour la garde résidentielle», souligne le Dr Chennaoui. Pour les généralistes dans le milieu rural, la prime prévue est de 22 dirhams alors que pour les médecins d’urgence elle atteindrait 24 DH. Pour la prime de spécialité, actuellement de 1 600 DH, les pouvoirs publics n’ont pas encore fait de proposition, alors que le SNSP propose une prime de 6 000 dirhams brut.
Les discussions interministérielles porteraient actuellement sur l’étude de tous ces points. Et au ministère de la Santé, on précise que le dossier de la revalorisation des salaires est à l’étude. On signale toutefois que, «pour les généralistes, il s’agit d’un salaire d’équilibre que l’on ne pourrait pas toucher, alors qu’un effort doit être fait pour les spécialistes». Seulement ce département précise qu’il ne dispose pas des attributions financières, les décisions relevant plutôt du ministère des Finances. Affaire à suivre.

Quarante-deux jours de grève en 2004, déjà trois arrêts de travail de 48 heures chacun depuis le début de 2005 et un débrayage prévu les 22 et 23 février. Le secteur public de la santé est en ébullition.