Le besoin de liquidité des banques s’envole à  77 milliards de DH !

Bank Al-Maghrib intervient régulièrement pour combler le déficit, mais le caractère structurel de ce dernier exige une refonte du modèle de croissance de l’économie marocaine. A défaut, seul le recours à  l’endettement extérieur permettrait d’alléger le besoin de liquidités.

Bank Al-Maghrib (BAM) a maintenu inchangé son taux directeur à 3% après la réunion de son conseil le 24 septembre. Et ceci en raison, considère la banque, de l’absence de tensions inflationnistes, malgré la dernière décision du gouvernement de réajuster les prix de certains produits pétroliers (essence, gasoil et fioul industriel).

On aurait pu craindre une hausse, même légère, du taux de refinancement des banques, compte tenu, d’une part, de la tendance légèrement orientée à la hausse de l’inflation, et, d’autre part, précisément de la récente augmentation des prix à la pompe des hydrocarbures. Mais la banque centrale a sans doute, dans son analyse de la conjoncture, pris acte de l’engagement de l’Exécutif de mettre en place des mesures d’accompagnement pour éviter que la hausse des trois produits pétroliers, mais surtout du gasoil, n’impacte les prix des transports en particulier, et, au bout, des produits transportés. Rien donc de nouveau sur ce chapitre.

En revanche, et alors que certains indicateurs laissaient entrevoir une résorption progressive de l’insuffisance de liquidité des banques, le rapport sur la politique monétaire publié à l’issue de la réunion du 24 septembre note, au contraire, que pour le troisième trimestre, le déficit de liquidité s’est aggravé. Après l’amélioration observée au deuxième trimestre, en lien principalement avec l’encaissement par le Trésor du montant de l’emprunt en dollars effectué en mai sur le marché international (quelque 6,5 milliards de DH), le déficit de trésorerie s’aggrave de 17,2 milliards, en passant à -76,7 milliards de DH.

Du coup, BAM a dû, comme à l’accoutumée, actionner ses instruments de régulation, en particulier les avances à 7 jours, en vue de combler le déficit. Près de 70 milliards de DH en moyenne sont ainsi injectés dans le circuit, chaque semaine.

Cette insuffisance de liquidité, cela est connu, est devenue un phénomène structurel puisqu’elle dure depuis 2007. La banque centrale, pour y faire face, a, entre autres et à plusieurs reprises, réduit le taux de la réserve obligatoire. L’année dernière, précisément à cette même date, la réserve obligatoire avait été abaissée (pour la sixième fois depuis 2003) de 2 points, s’établissant depuis à 4%. En outre, et depuis avril 2011, BAM avait exclu les comptes sur carnet de la base de calcul de ladite réserve. Rien n’y fait! Cela montre bien que face à un phénomène structurel, la régulation monétaire a des limites. On ramènerait la réserve monétaire à zéro qu’elle ne changerait strictement rien au problème !

Faut-il continuer à privilégier la demande intérieure, notamment la consommation des ménages ?

En fait, la sous-liquidité bancaire est essentiellement liée aux finances extérieures. Et celles-ci, on le sait, accusent des déficits en aggravation depuis 2007 précisément. Avec la crise économique internationale apparue en 2008, la demande étrangère, principalement européenne, adressée à l’économie marocaine avait commencé à s’essouffler; tandis que, parallèlement, les importations s’envolent année après année, engendrant des déficits commerciaux toujours plus profonds. Les recettes touristiques et les envois des MRE qui, jusqu’en 2007, permettaient de combler le déficit de la balance commerciale et par la suite d’obtenir des excédents dans le compte courant de la balance des paiements, ont été sérieusement affectées par la crise. Le problème du financement de l’économie commençait alors à se poser. Et il se pose toujours.

Les autres facteurs qui agissent sur le niveau de la liquidité, tels que les a énumérés le professeur d’économie financière Abderrahmane Ouali dans un entretien à La Vie éco il y a deux ans, s’appellent épargne limitée des ménages, allongement exagéré des délais de paiement, entreprises insuffisamment capitalisées, orientation des ressources vers le l’immobilier…

Mais, incontestablement, ce sont les déséquilibres du commerce extérieur qui impactent le plus le financement de l’économie. Et cela soulève la problématique du modèle de croissance, comme le HCP ne cesse de le rappeler à longueur de rapports sur la conjoncture économique. Ce modèle, fondé sur la demande intérieure, et singulièrement sur la consommation des ménages, aurait atteint ses limites. En cause, le recours de plus en plus accru à l’importation pour satisfaire une bonne partie de cette demande intérieure. A ce compte, et vu le déséquilibre entre les importations et les exportations, il ne reste que l’endettement extérieur pour oxygéner le circuit…