L’assurance est-elle chère au Maroc ?

Les assurés sont persuadés que les primes sont très élevées par rapport aux risques couverts. Les compagnies soutiennent que le Maroc est moins cher que beaucoup de pays de niveau économique comparable. Elles soulignent qu’en dehors de quelques tarifs réglementés, les clients ont la latitude de choisir le niveau de couverture qu’ils désirent.

La démarche est immuable. Avant de renouveler leurs contrats, les assurés posent beaucoup de questions, arbitrent entre les prestations à souscrire et les primes à débourser et, au besoin, changent de compagnie ou de niveau de couverture. Une grande majorité d’entre eux est en effet convaincue que les assureurs leur font payer cher les prestations. Cette impression est-elle fondée ? Les primes sont-elles plus élevées que dans d’autres pays ?

Selon les données de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), 900 DH sont dépensés en assurance en moyenne chaque année (la densité ou primes par tête), dont 320 DH en assurance-vie et 580 DH en non-vie. Le Maroc se place ainsi à la 70e place au niveau mondial et à la 9e dans le monde arabe. Un directeur d’une compagnie de la place souligne, en premier lieu, que l’impression tient surtout du psychologique ! «Généralement, le consommateur est plus enclin à trouver cher une dépense dont il ne voit les fruits que rarement voire jamais», commente-t-il. Il souligne que les prix dépendent de plusieurs paramètres, ce qui les rend très différents selon l’espace, la population, le portefeuille de l’assureur, le risque pays, etc. Par conséquent, toute comparaison doit être menée avec beaucoup de précaution d’un point de vue méthodologique.

Selon un haut cadre de l’ACAPS, la comparaison de la charge du sinistre vraisemblable et sa fréquence avec le montant des primes déboursées par les assurés démontrent que les prix pratiqués, au niveau de toutes les branches, sont corrects. Elle ajoute que la charge du sinistre et la fréquence sont scientifiquement encadrés selon les segments de l’assurance. Ainsi, l’automobile utilise, par exemple, le nombre de véhicules de référence (généralement 1000) et l’historique des coûts moyens propres à chaque compagnie. La branche «Accident du travail» se base sur les barèmes juridiques et les IPP, tandis que le pricing des couvertures Vie est fait selon les tables de mortalité et les taux d’actualisation. «Tous ces outils sont surveillés de près par l’autorité de contrôle», souligne-t-on à l’ACAPS.

Bachir Baddou, directeur de la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR), affirme que les compagnies perçoivent le niveau de primes qu’elles pratiquent convenable et correct. «C’est ce qui ressort de nos échanges avec nos confrères. Toutefois, nous n’avons pas de données scientifiques qui corroborent cette perception», confie-t-il.

La prime dépend de l’étendue de la couverture

  L’analyse des indicateurs évoqués par le responsable de l’ACAPS (qui correspondent en somme au coût de revient de l’assurance) à travers le «ratio combiné» d’un benchmark de 16 pays africains conforte les propos de l’autorité de contrôle et des compagnies. D’après le dernier rapport de la Fédération des sociétés d’assurance de droit national africaine (FANAF), le ratio médian «Charges de sinistres Non-Vie sur primes émises» de ces pays se situe autour de 39% en 2012, 40% en 2013 et 42% en 2014. Ce même ratio pour les compagnies marocaines est passé de 51% en 2013 à 53% en 2014 avant d’atteindre 56,8% en 2015 selon le dernier rapport de l’ACAPS. Autrement dit, le coût de revient de l’assurance au Maroc augmente et est plus élevé qu’en Afrique (hors Afrique du Sud et Kenya).

En dehors des pays du continent et comparativement aux pays à profil plus ou moins similaire (PIB par habitant, répartition sectorielle de l’économie, pénétration de l’assurance), les primes semblent également être sur un niveau raisonnable. «Nous sommes beaucoup moins cher que l’Europe, et sur le même niveau de primes que la Tunisie, le Portugal, le Liban, l’Egypte ou encore la Turquie», soutient un directeur à Saham Assurance.

L’ensemble des professionnels interrogés rappellent qu’en dehors des tarifs réglementés, notamment l’automobile, les assurés ont la latitude de choisir le niveau de couverture en fonction de leur budget. «Plus la garantie est riche, plus la notion de fréquence augmente et donc le prix s’élève puisque l’assuré fera valoir ses droits plus fréquemment», explique un cadre de Wafa Assurance. Il ajoute que si les assurés ont l’impression de payer cher leur assurance, c’est parce qu’ils ne connaissent pas exactement le coût réel intrinsèque engagé par l’assureur. En plus du coût net du sinistre, la compagnie engage des coûts liés au réseau des courtiers et agents, des frais de gestion, des coûts de réassurance, et des budgets de communication et de sensibilisation, détaille-t-il. Notre source à l’ACAPS ajoute, en substance, que les garanties gratuites doivent être valorisées et incluses dans le coût global de la couverture.

La hausse de la franchise est une tendance mondiale

Cependant, force est de constater que plusieurs compagnies de la place insèrent dans leur contrat des dizaines d’exclusions qui rendent la couverture presque sans intérêt. Il en est ainsi de la «franchise» dans l’automobile (un minimum entre 1000 et 2 500 DH à débourser, quel que soit le sinistre). Pour les assureurs, ces pratiques ont tout leur sens. Le responsable de Saham Assurance explique que les exclusions peuvent toujours être annulées moyennant un coût additionnel. Par ailleurs, la franchise est, selon lui, un acte purement moralisateur qui vise à responsabiliser l’assuré, ne serait-ce que pour éviter les petits sinistres. «Du coup, l’assureur retrouve sa vraie mission, celle d’être aux côtés de ses clients lors des coups durs», note-t-il. A ce propos, le cabinet Gras Savoye explique dans une note de conjoncture que la hausse des franchises est une tendance mondiale résultant de «l’augmentation constante des coûts moyens des sinistres, de la hausse de leur fréquence et de la volonté des assureurs de redresser les résultats de leur branche automobile».

Le responsable de Wafa Assurance fait remarquer, quant à lui, que les prix s’orientent à la baisse en raison de la concurrence qui bat son plein. «Il existe même des compagnies qui vendent à perte et finissent par dégager des soldes déficitaires sur certaines branches. Plusieurs d’entre elles consomment actuellement les provisions pour risques futurs», confie-t-il. Un membre de la FMSAR confirme ces propos, tout en les nuançant. A l’en croire, la compagnie qui est dans une telle situation se rattrape souvent sur une autre branche pour équilibrer ses résultats.