L’assurance à l’export ne fait toujours pas recette

Les gros secteurs exportateurs ne se couvrent pas du fait qu’ils travaillent avec des donneurs d’ordre de taille imposante dont le profil de risque ne nécessite pas d’assurance. Le crédit documentaire, le virement et la remise documentaire réduisent drastiquement les risques d’impayés et, corrélativement, les besoins de couverture. Les banques peuvent vulgariser l’assurance export en s’impliquant dans la distribution.

L’assurance à l’export ne fait pas recette ! Le constat est inquiétant, au moment où les entreprises misent sur l’export vers de nouveaux marchés, notamment l’Afrique, pour diversifier leurs débouchés. En 2015, les primes émises par les trois opérateurs qui proposent à ce jour des produits d’assurance à l’export n’ont pas dépassé 38 MDH, d’après les estimations recoupées des opérateurs. Les acteurs du marché et l’autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) ne faisant pas de distinction entre l’assurance-crédit à l’export et domestique. Selon le dernier rapport de l’ACAPS, sur ce volume, la Société marocaine d’assurance des exportations (Smaex) réalise environ la moitié avec un chiffre d’affaires de 17,36 MDH contre 20,76 en 2014, soit une régression de 16,36%. Euler Hermes Acmar, qui a étendu son activité à l’export depuis 2004 suite à la fin du monopole de la Smaex, a émis environ 10 MDH, soit 10% de l’ensemble de ses primes en 2015, selon l’estimation de son management. Coface, dont le portefeuille compte depuis environ 2 ans le groupe OCP, ne doit pas dépasser également 10 MDH dont 6 à 8 millions sur des contrats de l’Office chérifien, selon des sources très proches de la compagnie. Chez ces opérateurs, on souligne que les capitaux assurés ne dépassent pas une dizaine de milliards de DH. Rapporté au volume total des exportations, le courant d’affaires brassé par les assureurs-crédit reste dérisoire. De plus, l’évolution des primes démontre que ce moyen de couverture, pourtant très adopté à l’international pour ses multiples avantages dans la sécurisation des paiements (voir encadré), peine à percer. D’après des données de la Smaex, le taux de croissance moyen des primes était de 14,1% pour la période 2006-2010, contre 0,7% pour les exercices de 2001 à 2005. Mais depuis 2010, les primes émises fluctuent. Aujourd’hui, l’assureur émet moins qu’en 2010 (20MDH) par exemple.

La masse des entreprises qui font l’essentiel des exportations est réduite

«A l’opposé de notre activité domestique, l’assurance crédit à l’export peine à percer», confirme Youssef Douieb, directeur commercial d’Euler Hermès Acmar. Pour lui, si ce segment ne se développe pas, c’est simplement parce qu’il n’y a pas de la matière assurable. Les industriels des gros secteurs exportateurs (phosphates, automobile, aéronautique…) ne se couvrent généralement pas parce qu’ils travaillent avec de gros donneurs d’ordre dont le profil de risque ne nécessite pas d’assurance. Les opérations sont souvent réalisées dans le cadre de contrats bien ficelés. «Ce qui est assuré aujourd’hui est surtout la chimie, un peu de textile, des expéditions de l’agro-alimentaire et quelques produits pharmaceutiques», informe M. Douieb. Cette analyse est partagée par les autres opérateurs du marché. «Les exportations réelles représentent près du tiers des exportations totales, le reste étant de la sous-traitance. Si on déduit les phosphates, les nouveaux métiers et les opérations commerciales des multinationales, les exportations assurables constituent une petite niche», souligne une source à l’Association marocaine des exportateurs (Asmex). Dans le même registre, force est de constater que la structure des exportations n’aide pas en raison de sa forte concentration. Selon la source de l’Asmex, sur les 2000 sociétés actives à l’export, une trentaine d’entreprises, dont le chiffre d’affaires est supérieur à 500 MDH, concentrent environ la moitié des exportations. Les 1 500 entreprises situées dans la tranche entre 1 et 10 MDH exportent moins de 10%.

Un banquier chez BMCE Bank of Africa ajoute un autre facteur de taille qui réduit davantage le business. Il explique que pour des expéditions de l’ordre de 500 000 à 1 MDH, sa clientèle active à l’export négocie souvent avec la contrepartie étrangère des modes de paiement qui annulent le risque de défaut. Le crédit documentaire, le virement et la remise documentaire sont, à cet effet, très pratiqués sur le marché.

Le coût moyen de l’assurance pour l’exportateur se situe autour de 0,3%

Une autre raison qui explique le constat actuel réside dans le caractère sporadique et ponctuel des opérations à l’export réalisées par les entreprises notamment de taille petite et moyenne. «Ceci fait en sorte que les assureurs ne trouvent pas de matière conséquente à assurer, rend leur analyse risque difficile en raison de l’absence de bases de transactions, et tire généralement les prix des couvertures à la hausse», commente un opérateur. Selon lui, ce mode d’assurance suppose l’existence de plusieurs acheteurs étrangers pour diluer le risque. L’existence d’un nombre restreint de clients est condamnée par les assureurs-crédit qui tombent dans l’anti-sélection.

De plus, la complexité de l’assurance à l’export ne facilite pas la vulgarisation, notamment auprès des PME. A la différence des autres types d’assurance, la police d’assurance est confectionnée sur mesure au cas par cas. Elle peut être suspendue en raison de la dégradation du risque de l’acheteur, et implique des déclarations mensuelles même lorsqu’il n’y a pas d’opérations d’exportation. De plus, les primes sont payées mensuellement en fonction des montants déclarés dans la limite des options accordées; et le contrat d’assurance suppose le versement de dépôt de garantie lors de sa signature et la facturation de frais d’enquête et de surveillance. Quoi qu’il en soit, à en croire les professionnels, le prix de la couverture est loin d’être le facteur déterminant dans la décision de souscrire une couverture à l’international. «Il dépend de la marge du vendeur. S’il réalise un gain confortable de 15%, il pourra payer 1% pour se couvrir sans grande difficulté», estime M. Douieb. Selon une note stratégique de la Smaex, le taux de prime moyen est passé de 0,79% entre 2001 et 2005 à 0,58% entre 2006 et 2010. Aujourd’hui, le coût moyen de l’assurance pour l’exportateur se situe autour de 0,3%.

Pour développer cette activité, le marché est unanime sur le fait qu’un effort de simplification de ce produit s’impose, notamment pour les PME. Cet effort passe, selon les assureurs-crédit, par l’acceptation d’un nombre réduit de clients étrangers, la déclaration annuelle du chiffre d’affaires (au lieu d’un reporting mensuel), le paiement d’une prime forfaitaire annuelle globale et la suppression du dépôt de garantie. Sur le marché, des opérateurs proposent des produits avec une police d’assurance à l’export simplifiée et très claire. Le business peut se développer si le réseau bancaire est impliqué dans la distribution. En Italie, par exemple, où l’assurance à l’export a pris son envol, les banques proposent systématiquement des produits simples et à tarification réduite à leur clients corporate.