L’ascenseur social fonctionne péniblement pour les ruraux et les femmes

68% des Marocains de 35 ans et plus appartiennent à  un groupe socioprofessionnel différent de celui de leurs pères n La mobilité ascendante profite beaucoup plus aux urbains et aux hommes.

Le Haut commissariat au plan (HCP) a rendu publics les premiers résultats de l’enquête nationale sur la mobilité sociale intergénérationnelle de 2011. Ces résultats ont été présentés par Ahmed Lahlimi Alami lors d’une conférence-débat organisée le 27 novembre dernier à Rabat. L’enquête en question, qui est la première du genre au Maroc, a été menée auprès de 60 000 ménages et concerne les personnes âgées de 20 ans et plus.

Parmi les résultats de l’enquête, figure notamment le taux de mobilité sociale globale, ou mobilité brute, qui mesure les changements qui ont affecté les statuts socioprofessionnels des individus d’une génération par rapport à leurs pères. C’est ainsi que 68,1% des individus âgés de 35 ans et plus appartiennent à un groupe socioprofessionnel différent de celui de leurs pères. Si l’on compare ce taux avec ceux enregistrés en Belgique (74,8%) et au Canada (78,8%), la mobilité brute au Maroc apparaît comme relativement élevée, en particulier parmi les femmes avec 78,6%, contre 63% parmi les hommes, et les habitants des villes avec 75,1%, contre 59,2% parmi les ruraux.

L’éducation-formation, un tremplin pour franchir des paliers                                                

La mobilité prend deux directions: ascendante ou descendante. Elle est ascendante dans 35,1% des cas au niveau national, et profite beaucoup plus aux urbains et aux hommes qu’aux ruraux et aux femmes. En effet, le taux de mobilité ascendante est de 51,1% de la population urbaine et de 14,8% de la population rurale; il est de 43,7% parmi les hommes et de 17,9% parmi les femmes. A l’inverse, les femmes et les ruraux enregistrent une mobilité sociale descendante, avec des taux respectivement de 60,7% et 44,4%, beaucoup plus élevée que les hommes et les urbains, dont les taux sont de 24,1% et 19,3%.

Dans le cas de la mobilité sociale ascendante, la proportion d’individus accédant au maximum à deux positions sociales supérieures à celle de leurs pères s’élève à 83%. Pour ce qui est de la mobilité descendante, 82,5% des individus connaissent une régression d’une position inférieure à celle de leurs pères. Ces chiffres montrent que la société n’est pas très fluide. C’est ce qui explique que les chances des descendants d’un ouvrier d’accéder à la catégorie des employeurs non agricoles, cadres supérieurs ou membres des professions libérales demeurent limitées à 1,9% et que les descendants des employeurs non agricoles, cadres supérieurs et membres des professions libérales ont 2,1% de chance de devenir ouvriers.
L’ascension sociale peut être favorisée par l’éducation-formation. Ainsi, les chances d’un actif de niveau scolaire fondamental d’occuper une position sociale plus valorisante que celle de son père sont 1,6 fois supérieures à celles de son homologue sans niveau scolaire.