L’artisanat se modernise lentement mais sûrement

136 PME ont été créées en deux ans. Aujourd’hui, le secteur compte 250 entreprises structurées.
L’Institut supérieur de l’artisanat ouvrira ses portes en 2010.
Un projet de loi en cours de préparation pour restructurer les professions.

L’artisanat, ce secteur très hétéroclite, mais important pour l’économie, poursuit sa mue, certes lentement, mais sûrement. Pour planter le décor, il faut revenir aux objectifs fixés par la Vision 2015 pour ce secteur, et apprécier le chemin parcouru depuis. Il s’agissait ainsi d’aider à faire émerger des acteurs de référence dans le secteur pour servir d’exemple aux autres artisans, de cimenter le tissu de l’artisanat par la création de nouvelles PME-PMI organisées et, enfin, de se pencher sur le sort de l’artisan et de l’aider à améliorer ses revenus et ses conditions de travail.
Où en est-on aujourd’hui dans l’exécution de ces chantiers à la veille de la réunion du comité de pilotage qui devrait se tenir ce vendredi 27 février ? Selon Anis Birou, le secrétaire d’Etat en charge de l’artisanat, sur les  47 points du contrat programme, 45 connaissent aujourd’hui un début de réalisation.
Sur les trois grands axes cités, et, en premier lieu, l’émergence d’acteurs de référence, on en est aujourd’hui à une vingtaine d’entreprises considérées comme telles, et 7 parmi elles ont signé avec l’Etat un contrat de croissance pour devenir de vraies locomotives dans leur activité. Pour l’heure, il s’agit uniquement d’entreprises de décoration et d’ameublement, mais, précise le ministre chargé de l’artisanat, l’année 2009 verra la signature d’une quinzaine d’autres contrats de croissance avec des entreprises de différentes filières. Pour rappel, par ces contrats,  l’acteur de référence s’engage sur un plan de développement sur trois ans avec des objectifs en matière de développement de son activité comme les moyens à mettre en œuvre, la production, l’organisation et les ressources humaines, le design, le financement et le plan marketing. En contrepartie, l’Etat, lui, contribue financièrement aux coûts des expertises et des designers, et introduit les produits dans des circuits de distribution ciblés comme les grandes enseignes européennes de renom, tout en assurant le volet promotionnel.

Formation de 60 000 jeunes
Sur le deuxième objectif, en l’occurrence celui de la création sur la période de quelque 300 entreprises structurées, le ministre précise que déjà 136 nouvelles PME ont vu le jour, lesquelles ajoutées aux 120 qui existaient déjà, rapprochent de l’objectif fixé qui devrait être atteint bien avant terme. La recette est simple. «Des objectifs précis ont été fixés aux délégués régionaux du ministère qui ont mission de  convaincre un minimum d’artisans à s’organiser en entreprises en leur montrant les avantages en termes de rentabilité et de revenus qu’ils peuvent tirer de ce nouveau statut», précise le ministre. Nul doute donc que cet objectif sera révisé à la hausse d’ici  2015.
Enfin, le sort de l’artisan a été abordé à travers deux volets que sont les conditions de travail et l’amélioration de la qualité de la production. Les espaces de production sont ainsi en train d’être mis à niveau et un grand effort est fait pour améliorer les techniques de production et les circuits de distribution, explique le ministre. Pour lui, ce volet est plus important que tous les autres, car, dit-il, au delà du chiffre d’affaires, c’est le volet organisationnel qui l’intéresse au premier chef. Ainsi, sur le plan juridique, deux textes sont aujourd’hui dans le circuit législatif. Il s’agit du projet de loi visant à réformer les Chambres d’artisanat et d’un deuxième projet de loi relatif à l’organisation des métiers. Par ces deux textes, le gouvernement vise, d’une part, à structurer toutes les filières, notamment en encadrant les artisans pour «qu’ils puissent vendre mieux ce qu’ils produisent», et, d’autre part, d’aller vers une meilleure qualité des produits artisanaux. Sur ce dernier plan, précisément, le gouvernement va engager un plan d’urgence dans le domaine de la formation avec l’objectif de former, dans les 50 centres du ministère, environ 60 000 personnes à l’horizon 2015.
Par ailleurs, le département de l’artisanat veut encourager la Recherche Développement aujourd’hui inexistante, selon M. Birou. Il s’étonne du reste qu’on ne trouve pas plus d’une seule thèse d’Etat sur l’artisanat dans les universités marocaines. Des partenariats ont été scellés avec des universités comme celle de Kénitra ou des grandes écoles comme l’Ecole Mohammédia d’ingénieurs pour encourager les étudiants à faire des recherches dans ce domaine.
Enfin, le secrétariat d’Etat est en passe de créer un Institut supérieur de l’Artisanat qui devrait ouvrir ses portes en 2010 ou 2011, avec l’appui de l’Université Mohammed V et des établissements étrangers. Car il  va falloir aussi sauver des métiers d’artisanat qui sont en voie de disparition.