L’architecture de demain devra être évolutive et mutli-fonctionnelle

• Les architectes sont obligés de revoir leur manière de faire.
• Ils devraient dorénavant concevoir des espaces alliant vie et travail.
• Il serait nécessaire de mettre en place des espaces ouverts et de privilégier les balcons, terrasses, espaces verts ainsi que des commerces, des services…

Le secteur immobilier fait face à de nombreux défis avec cette crise sanitaire et ses conséquences. Entre reprise de l’activité, préservation de l’emploi, comportement des prix…, les problématiques sont toujours en cours d’études par les parties concernées en collaboration avec les autorités de tutelle.
Il est certes nécessaire de procéder à une refonte des documents d’urbanisme et des lois en vigueur, à davantage d’efforts en matière de taux d’intérêt bancaires, à la simplification des procédures administratives…, selon les professionnels du secteur. Mais il est tout aussi important de revoir la manière de concevoir les biens immobiliers, d’optimiser les espaces, d’apporter un nouveau savoir-faire architectural. «Les logements étroits avec des espaces carrés et fermés les uns sur les autres ont montré leurs limites dans cette période de confinement, surtout que le lieu de vie actuel se veut aussi un lieu de travail, par obligation», explique un architecte.
Cette période a poussé nombre de secteurs, dont l’immobilier, à tirer bien des enseignements. Le télétravail sera privilégié, même après cette crise, pour les activités qui ne nécessitent pas de présence physique sur les lieux de travail. «D’où la nécessité d’offrir une qualité de vie que l’urbanisation ne propose plus», rajoute notre source. Depuis plusieurs années, le Maroc s’est lancé dans plusieurs programmes de production de logements, aussi bien pour la classe moyenne que celle dite aisée ou encore défavorisée. Cela, dans l’objectif de combler son déficit en logements. Mission réussie, vu que le déficit est passé de 1,2 million de logements à 400 000 en quelques années et les efforts se poursuivent toujours. Cela dit, cette production en masse dans des complexes résidentiels de taille s’est faite au détriment de créativité architecturale, d’espaces verts, d’équipements de loisirs. On met de côté le côté architectural et design et on privilégie la rentabilité. Ce n’est que récemment que certains groupes immobiliers se sont orientés vers la mise en place d’unités d’habitations offrant des espaces de vie agréables, pour toutes les classes sociales. Il faut dire qu’ils ont été animés par l’évolution des exigences des clients, qui ne se limitent plus à posséder un bien immobilier dans un immeuble, mais aussi de disposer de tout un lieu de vie. Ce dernier est actuellement conjugué à un lieu de travail. L’architecture de demain devra être évolutive et intelligente. De plus, elle devra être multi-fonctionnelle, pouvant se transformer le jour comme la nuit. Par exemple, un grand salon le jour qui, à travers une cloison et quelques réglages, se transformera en un petit salon et une chambre à coucher. Douglas Benchetrit, architecte à Casablanca explique : «L’architecture de demain sera basée sur 3 impératifs essentiels, à savoir la réduction de l’empreinte carbone, l’encouragement de l’architecture verte/ écologie et l’économie dans le bâtiment».
Ainsi, l’architecture devra se diriger vers l’établissement de davantage d’habitations regroupant aussi bien des logements, des espaces de travail, de coworking, que des commerces, des services et l’ensemble des équipements qui permettent de limiter le transport et les déplacements, et ce, en réponse aux attentes des acquéreurs. De même, cette période de confinement a montré la nécessité de disposer d’espaces verts et de jardins, mais aussi d’utiliser des matériaux écologiques. Dans le même sens, un agent immobilier prévoit : «Dès que la reprise sera effective, il est prévu de recevoir des demandes de logements privilégiant davantage de lumière, et d’espaces aérés ouverts, de balcons, de terrasses…»
Sauf que, «dans un contexte où les promoteurs sont plus intéressés par la maximisation des surfaces couvertes et fermées, pour davantage de rentabilité, au détriment de terrasses et balcons, il est difficile de changer cette manière de faire», ajoute M.Benchetrit. En fait, les promoteurs utilisent la disponibilité de ces espaces comme argument de vente seulement. D’autant que «la réglementation, en général impose le respect d’un gabarit qui ne laisse pas la part belle aux espaces verts/balcons… De très rares zones telles que le quartier Casa Anfa (ex-aéroport d’Anfa), imposent un COS qui offre plus de liberté à l’architecte et à l’expression d’une meilleure qualité architecturale», conclut-il.