L’année 2004 démarre sous de bons auspices

La performance agricole sera moyenne mais les autres secteurs devraient progresser
davantage qu’en 2003.
Les statistiques des deux premiers mois indiquent un maintien d’activité
et les patrons parlent de frémissement.

Comment démarre l’année 2004 ? Les prévisions établies par le gouvernement pour bâtir son budget sont-elles confortées par l’activité enregistrée sur les deux premiers mois de cette année ? Tout au moins, perçoit-on d’ores et déjà des signes annonciateurs d’une consolidation de la croissance, plus qu’attendue (5,5 %), réalisée en 2003 ?
Sauf retournement de la conjoncture, dans le bon ou dans le mauvais sens, l’exercice en cours devrait être marqué par une croissance moyenne, c’est-à-dire réellement faible si l’on tient compte du fait que le Maroc est un pays en voie de développement qui a besoin, pour rattraper le retard, d’une progression à deux chiffres ou, à tout le moins, supérieure à 5%, de son PIB. On en est loin, mais il faut se rappeler que le Plan quinquennal avait fixé comme objectif une croissance de 6,5%, ce qui n’est déjà pas mal, mais cet objectif a dû être révisé à la baisse, en raison notamment de la forte volatilité de l’activité agricole.
2004 devrait donc être une année moyenne (la Loi de finances a prévu un taux de croissance de 3 %), mais ce ralentissement de l’activité (par rapport à 2003), est surtout attribué au recul du secteur agricole dont on connaît le poids dans le PIB. Selon les prévisions, la valeur ajoutée agricole devrait en effet baisser de 4,8 %. Certains conjoncturistes pensent que ce repli risque d’être accentué compte tenu du retard des pluies (un mois et demi) enregistré en janvier et au début février. Encore faut-il mesurer l’impact de ce retard.
Cependant, mis à part la variable agricole, l’activité dans les autres secteurs devrait, au contraire, se raffermir plus qu’elle ne l’a été au cours de l’exercice précédent, et logiquement c’est cela qui compte, ou qui devrait compter, parce que la vraie richesse, ce n’est pas tellement le secteur agricole qui la crée – même si son effet psychologique est important – mais tout le reste. Et selon les prévisions du gouvernement, le secteur hors agriculture devrait en effet enregistrer une croissance de 4,5 %, contre 3,2 % en 2003.

La mise à niveau dynamise l’activité industrielle

A en juger par le comportement de certains secteurs au cours des deux premiers mois de l’année, cette prévision a de fortes chances de se réaliser. La Vie éco a pu en effet constater, à travers les déclarations de responsables de cabinets de recrutement, que le marché de l’emploi démarre bien. Les offres d’emplois concernent surtout les cadres, et elles émanent de grandes entreprises opérant en particulier dans l’agroalimentaire, la chimie et parachimie, etc. C’est là un indice intéressant qui montre que, d’une part, la promotion de la mise à niveau des entreprises commence à donner des fruits, et que, d’autre part, l’investissement, en termes de restructuration et d’extension, est en train de profiter de la baisse des taux d’intérêt. Cela confirme, par ailleurs, la nette amélioration prévue de la production des industries manufacturières, dont la valeur ajoutée, au terme de l’année 2004, devrait croître de 4,1 %, enregistrant ainsi une amélioration de près d’un point par rapport à 2003.
Mais dans le secteur secondaire, c’est surtout l’activité du BTP qui devrait connaître la progression la plus importante (6,3 %), en liaison avec la poursuite des grands travaux d’infrastructures (Port de Tanger, programme autoroutier, aménagement de nouvelles zones touristiques), ainsi que celle du raffinage de pétrole, consécutivement à la remise en marche des installations de la Samir, fortement endommagées par l’incendie qui s’y était produit.
Par ailleurs, le bon comportement du secteur secondaire, on peut déjà le percevoir à travers l’augmentation des exportations, en valeur et en volume, au cours du seul mois de janvier, de 11,2 % et 11,3 % respectivement. Selon les indications de l’Office des changes, cette augmentation concerne la plupart des groupes de produits à l’exportation : les demi-produits (acide phosphorique, engrais, composants électroniques), les produits finis de consommation (vêtements confectionnés et articles de bonneterie, essentiellement), les produits énergétiques (reprise du raffinage), les produits bruts d’origine animale et végétale (huile d’olive brute et raffinée, notamment), etc.

Incertitude sur la reprise en Europe liée à la faiblesse du dollar

Le secteur tertiaire, autre moteur de la croissance en 2004, devrait, lui, bénéficier du dynamisme du secteur secondaire et, dans une moindre mesure (compte tenu du repli de l’agriculture), du secteur primaire. La branche communication et transport, par exemple, dont la valeur ajoutée devrait progresser de 5,5 %, semble déjà confirmer cette tendance. S’agissant de la filière communication, nombre de responsables d’agences de publicité, contactés par La Vie éco, anticipent en effet un dynamisme de cette activité, reflétant en cela le raffermissement des autres branches. Quant au transport, même si le repli de l’agriculture pourrait l’affecter quelque peu, il devrait néanmoins profiter de la reprise du tourisme dont on estime la valeur ajoutée à 4,2 %.
Bien entendu, l’accentuation de ces frémissements du début de l’année dépendra aussi du niveau de la demande. Tout indique que celle-ci s’amorce bien, dans ses deux composantes : l’investissement des entreprises, reflété par l’évolution favorable des crédits à l’équipement octroyés par les banques, et la consommation des ménages qui devrait profiter de l’amélioration des revenus découlant au Dialogue social et dont l’impact semble déjà se manifester au niveau du secteur de la grande distribution. La seule inconnue dans cette variable demeure la demande étrangère adressée au Maroc. Selon les prévisions, elle devrait progresser de 4,7 % (contre 2,9 % en 2003) et l’amélioration des exportations au mois de janvier va dans ce sens. Mais tout dépendra finalement de la confirmation ou non de la croissance prévue dans la zone euro, sur laquelle pèse encore l’incertitude liée à la faiblesse du dollar. Cette faiblesse, si elle persiste, peut compromettre la compétitivité de cette zone, et donc affecter la demande adressée au Maroc