L’année 2003 sauvée par l’agriculture

Le PIB a crû de 5,5 % contre 3,2 % en 2002 et l’inflation ramenée
à 1,2 % au lieu de 2,8 %.
Le déficit budgétaire s’est établi à 3,5 % du
PIB

Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la Privatisation, a confirmé, lundi 16 février, ce que tout le monde savait déjà : la bonne tenue des indicateurs macroéconomiques au titre de l’année 2003. Même s’ils sont encore provisoires – en attendant leur validation par la Direction de la Statistique -, les chiffres que le ministre a déclinés montrent bien en effet que les fondamentaux de l’économie marocaine sont à un niveau qui, estime-t-il, est susceptible de constituer un «levier efficace» pour notamment résorber le chômage et réduire la pauvreté. 2003 s’est ainsi caractérisée par un taux de croissance de 5,5 % (contre 3,2 % en 2002) ; une inflation limitée à 1,2 % (contre 2,8 % en 2002) ; un compte courant de la balance des paiements excédentaire équivalant à 3 % du PIB et un déficit budgétaire de 3,5 %, recettes de privatisation comprises. Hors privatisations, ce déficit s’établirait à 5%.

Agriculture, BTP, industrie manufacturière ont tiré la croissance
Les secteurs ayant contribué à cette croissance sont désormais connus. D’abord, le secteur primaire avec une valeur ajoutée de près de 20%, sous l’effet notamment d’une production céréalière dépassant les 70 millions de quintaux ; ensuite, une progression du PIB non agricole de 3,2 % (soit à peu près le même niveau depuis des années).
Cette croissance non agricole, précise le ministre, est tirée essentiellement par le BTP ; l’industrie manufacturière ; le transport et le commerce ; les télécommunications ; et enfin le tourisme, dont les recettes se sont maintenues aux alentours de 29,3 milliards de dirhams, soit le même niveau qu’en 2002. Compte tenu des appréhensions des opérateurs qui redoutaient de voir leur secteur subir l’impact de la guerre contre l’Irak et des événements de Casablanca du 16 mai dernier, le résultat enregistré peut valablement être considéré comme positif. Il le serait probablement encore plus si, comme l’a relevé M. Oualalou, les chiffres intégraient les données liées aux séjours dans les maisons d’hôte par exemple ; ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Recul des flux commerciaux avec l’étranger
Variable importante de la croissance, la demande s’est également bien comportée. La consommation des ménages, principale composante de la demande, a, en effet bénéficié du raffermissement des revenus, notamment ruraux, générés par l’amélioration de la campagne agricole et la hausse des salaires dans la fonction publique (suite au dialogue social). D’autant que, comme déjà souligné, l’inflation est maîtrisée à un niveau très bas (1,2 %), ce qui reflète une politique monétaire prudente certes, mais aussi un ralentissement du rythme de croissance des prix des produits alimentaires par rapport à l’exercice précédent. Avec le processus de détente des taux d’intérêt, les ménages pourraient en outre, espèrent les Finances, accroître leurs investissements en logements et en biens durables.
Autre composante de la demande, l’investissement des entreprises. Celui-ci devrait connaître une certaine reprise (8 %) ainsi qu’en atteste la forte progression (14,1 %) des importations de biens d’équipements industriels.
Au chapitre des échanges extérieurs, en revanche, les résultats se sont inscrits à la baisse par rapport à 2002, et surtout par rapport à 2001. Ainsi, le compte courant de la balance des paiements a enregistré en 2003 un excédent équivalant à 3 % du PIB, contre 4,1 % en 2002 et 4,8 % en 2001. Le repli, explique-t-on, résulte de la baisse des exportations, en particulier des produits de la mer et des produits énergétiques (pour cause d’incendie de la Samir), alors que les importations, elles, ont augmenté (notamment les biens d’équipement et les demi-produits). Les recettes touristiques également ont stagné. Finalement, c’est grâce à la progression des transferts des MRE (+ 7,4 %, soit 34 milliards de dirhams) et des investissements et prêts privés étrangers (21,8 milliards de dirhams contre 6,8 milliards en 2002), suite notamment à la privatisation de la Régie des tabacs, que le compte courant de la balance des paiements a été excédentaire. Et là, les Finances rappellent que, sur les 14,1 milliards de dirhams obtenus par la cession de 80 % du capital de la Régie des tabacs, 3 milliards ont été levés sur le marché local.
Au total, les résultats obtenus en 2003 sont honorables certes. Mais la croissance reste fortement tributaire de l’agriculture et le déficit n’est allégé que par la grâce des privatisations. La question qui se pose par ailleurs est de savoir pourquoi la bonne tenue des fondamentaux ne se traduit pas (ou pas toujours) par une amélioration des indicateurs sociaux