L’algue rouge menacée d’extinction, l’Etat lance des mesures d’urgence pour la préserver

Depuis 2005, la récolte a fortement chuté en raison de la raréfaction du produit.
Si rien n’est fait, la ressource disparaîtra totalement d’ici 2013.
Les quotas de collecte fixés à  5 400 tonnes dont à  peine 20% peuvent être exportées à  l’état brut.

Les pouvoirs publics sont décidés à mettre un terme à la pêche illicite des algues rouges qui poussent de manière naturelle dans plusieurs régions sur la côte atlantique du pays. Alertés par la dégradation des stocks de cette ressource naturelle, ils ont décidé de limiter les volumes exploités et d’intensifier le contrôle des exportations aussi bien des algues brutes que de l’agar-agar qui en est extrait. En juillet dernier, un arrêté du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime venait fixer le volume de la récolte de produit brut à
 5 400 tonnes par an. A partir de là, les exportations de produits bruts ne devront pas dépasser 1 208  tonnes et celles de l’agar-agar 805 tonnes.
Autrement dit, 80% de la récolte de cette matière première seront destinés à l’industrie nationale de transformation, sachant que la valeur ajoutée du produit transformé est quatre fois supérieure à celle de l’algue brute. Le recours à une telle restriction peut paraître surprenant d’autant que les exportations de ces deux produits rapportent quelque 200 MDH en devises. Sauf que les autorités n’ont pas le choix. En raison de la surexploitation, la ressource risque de disparaître dans un bref délai avec à la clé de graves conséquences économiques et écologiques. C’est pour cette raison que le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime se montre désormais intransigeant vis-à-vis de ce problème. Outre les récentes mesures, il est prévu dans le plan Halieutis, dont un des objectifs est de réduire la pêche illicite de 95%, de soumettre la récolte d’algues au paiement d’une taxe à verser à l’Office national de la pêche (ONP).

Chute du cours de l’agar-agar sur le marché mondial en 2009

Il était temps puisque les dispositions déjà prises en 2004 n’ont rien donné jusque-là. Les autorités avaient en effet limité à 7 100 tonnes les quantités d’algues brutes à exporter chaque année. Mais les volumes vendus à l’étranger une année plus tard se situaient largement au-dessus de ce seuil. Au total, les exportations avaient porté sur 17 642 tonnes réparties entre 8 562 tonnes expédiées à l’état brut et 9 080 tonnes transformées en agar avant d’être exportées. «A cela s’ajoutait un stock de 30%, ce qui portait la quantité récoltée réellement en 2005 à 23 000 tonnes», confie un professionnel. 
On est loin de ces volumes aujourd’hui. Les exportations ont chuté ces dernières années parce que la ressource commence à se tarir. Seulement 5300 tonnes d’algues d’une valeur de 96 MDH ont été vendues à l’étranger en 2007, contre 4 400 et 4 800 tonnes qui ont rapporté 68,3 et 68,4 millions respectivement en 2008 et 2009. L’agar-agar ne s’est pas mieux comporté puisque ses exportations sont passées de 1 100 en 2007 à 900 tonnes un an plus tard et autant en 2009.
Sur la même période, les recettes ont chuté de 220 MDH à 162,4 millions. En plus du recul de l’offre marocaine, les prix internationaux avaient dégringolé de 18 250 DH à 14 365 la tonne, entre autres, en raison de l’accroissement de la production des pays asiatiques. D’où la tentation d’écouler un gros volume pour majorer le chiffre d’affaires, alors que les ressources s’amenuisent.

Quarante intermédiaires interviennent au moment des collectes

L’Institut national de recherches halieutiques (INRH) a pronostiqué l’extinction de cette plante aquatique en 2013 si l’exploitation continuait au rythme actuel. Et pour cause, cette espèce ne se régénère que lentement. En principe, et comme l’explique un responsable au département de la pêche maritime, «on ne doit pas exploiter plus de 60% des réserves si l’on veut préserver les conditions optimales de renouvellement des stocks». Cette même source explique que «lorsqu’il y a une surexploitation de ces plantes, les zones affectées sont envahies par d’autres espèces d’algues de mauvaise qualité qui n’ont pas la même résistance et donc ne protègent pas l’écosystème comme la première algue». Cette situation est d’autant plus alarmante qu’il y a une anarchie au niveau de la récolte et de la commercialisation du produit brut. Une quarantaine d’intermédiaires, qui se soucient peu de l’état des stocks, interviennent uniquement au moment des collectes pour le racheter aux plongeurs avant de l’exporter en l’état ou de le revendre aux industriels de transformation.
L’avenir de toute une activité économique est donc en jeu, d’autant que les expériences lancées au Maroc sur la culture de l’algue (algo-culture) ont échoué. On est donc devant un vrai dilemme : préserver une ressource naturelle qui est sérieusement menacée tout en sauvegardant une activité économique à forte valeur ajoutée. Outre les recettes en devises qu’elle génère pour l’Etat, cette branche emploie en effet 10 000 personnes. Certes, le travail y est saisonnier, mais «un plongeur peut gagner l’équivalent du Smig annuel pendant les trois mois que dure la collecte», signale un professionnel. Quant à l’industrie de transformation, elle se limite maintenant à une seule société qui emploie 120 personnes, en l’occurrence Setexam basée à Kénitra. Trois entreprises, Marokagar, Algenas et Almar Industrie, ont arrêté leur production du fait de la rareté de la matière première. «Pour satisfaire nos besoins, nous allons devoir importer de la matière première», assure Rachid Lebbar, DG de Setexam.