L’Afrique en croisade contre le trafic des médicaments falsifiés

Entre 30% et 70% des médicaments vendus sur le continent sont contrefaits. La contrefaçon des médicaments a généré un chiffre d’affaires de 200 milliards de dollars en 2014.

Ce n’est pas une fable. Le trafic des médicaments falsifiés a atteint un niveau sans précédent. Quasiment aucun pays, à des degrés divers, n’y échappe. Et le phénomène est encore plus grave en Afrique où 30 à 70% des médicaments vendus sont falsifiés. Le continent fait pire que l’Asie et l’Amérique Latine. «La conjonction de multiples facteurs, comme la demande croissante de soins, la mondialisation des échanges, l’accès du crime organisé à des technologies sophistiquées de production de masse, a contribué à amplifier, de manière considérable, le phénomène de la falsification des médicaments qui est devenue aujourd’hui une pandémie planétaire», a expliqué Anass Doukkali, ministre de la santé, lors des 2e Assises du médicament organisées les 23 et 24 février à Skhirat.

La contrefaçon de médicaments contre le paludisme et la tuberculose serait, à elle seule, responsable de la mort de 700 000 personnes chaque année. Selon les estimations de l’OMS, un médicament sur dix vendus dans le monde serait faux et la moitié des médicaments achetés sur des sites internet dissimulant leurs adresses physiques sont probablement contrefaits ou bien non conformes.

L’industrie pharmaceutique exhortée à baisser les prix

De ce fait, le chiffre d’affaire généré par la contrefaçon des médicaments varie de 10% à 15% du marché pharmaceutique mondial. Ce chiffre d’affaires était de l’ordre de 200 milliards de dollars en 2014, contre 75 milliards de dollars, en 2010, et 45 milliards de dollars en 2006. Aucun chiffre n’a cependant été communiqué, en ce qui concerne la vente des médicaments falsifiés au Maroc et les pertes qu’elle occasionne à l’industrie pharmaceutique nationale. A noter que celle-ci emploie plus de 40000 personnes et représente entre 1% et 2% du PIB.

De l’avis de Marc Gentilini, délégué général du Programme pour l’accès à des médicaments et à une santé de qualité à la Fondation Jacques Chirac, «le trafic des médicaments falsifiés constitue un crime à la fois contre la santé et la société, car il frappe non seulement les malades, mais également les plus pauvres, en particulier en Afrique». C’est pourquoi, selon lui, «il faut se garder de diaboliser l’industrie pharmaceutique et abandonner un certain nombre d’illusions, comme croire que la fabrication in situ est la solution immédiate, bien qu’elle doive constituer un objectif à long terme». Il a également appelé les grands laboratoires à «baisser les prix des médicaments qui sont trop chers» et les Etats à «assurer la couverture médicale pour tous». De même qu’il a pointé du doigt «les médecines parallèles et certains aspects de la médecine traditionnelle, ainsi que la phytothérapie».

Le ministère de la santé a organisé, les 23 et 24 février à Skhirat, les 2e Assises du médicament, sous le thème : «La lutte contre les médicaments falsifiés en Afrique». Des ministres de la santé de seize pays africains, des diplomates, des représentants des autorités réglementaires du médicament et de l’industrie pharmaceutique, de l’Union Africaine (UA), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), du NEPAD, de l’IRACM, d’Interpol et d’Europol y ont participé. L’événement visait à permettre aux pays africains de se doter des instruments juridiques nécessaires à la pénalisation de la contrefaçon des médicaments et des produits de la santé, d’identifier les défis auxquels ces pays sont confrontés, ainsi que de proposer des solutions pour lutter contre ce fléau. Il a également été marqué par la signature de quatre protocoles d’accords de coopération bilatérale dans le domaine de la santé entre, d’une part, le Maroc, et, d’autre part, le Bénin, le Cap Vert, le Burkina Faso et la République Centrafricaine. De même qu’a été signée la «Résolution de Rabat sur la lutte contre les médicaments falsifiés en Afrique», entre le Royaume et plusieurs autres pays africains. La résolution en question vise à renforcer les efforts en matière de lutte contre les médicaments et les produits de santé falsifiés dans le continent.