L’Afrique appelée à  intensifier le recours aux engrais

Le continent importe 75% de ses besoins alimentaires alors qu’il dispose d’un énorme potentiel en terres fertiles. Il représente à  peine 1.5% de la consommation mondiale de fertilisants.

«Pour nourrir nos peuples, il faut nourrir nos terres». L’affirmation est de l’ancien président nigérien Olusegun Obasanjo, qui s’exprimait lors de la conférence d’Abuja en 2006. Depuis, le sol africain continue d’être mal nourri en fertilisants, hypothéquant la sécurité alimentaire du continent noir. C’est en effet le constat de départ rappelé par les participants au Argus FMB Africa, rendez-vous annuel des industriels des engrais, tenu à Marrakech.

Alors que l’Afrique dispose d’un potentiel énorme en étendues fertiles, elle continue d’importer les 3/4 de ses besoins alimentaires. «Pourtant, le continent peut se suffire à lui-même pour nourrir l’ensemble de ses habitants, dont le nombre franchira le milliard en 2050, grâce notamment à une utilisation optimale des engrais», a fait savoir un industriel. Aujourd’hui, le recours aux fertilisants demeure très limité dans la plupart des pays africains, selon les experts. Pas plus de 1,5% de la consommation mondiale des engrais est absorbé par le continent. «L’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Sud sont les régions les plus consommatrices d’engrais en Afrique», affirme Rob Groot, directeur de l’International fertilizer developpement Center, division Afrique de l’Est et du Sud. Et même dans ces régions, l’usage des engrais reste très en deçà de la moyenne mondiale. En effet, cette dernière tourne autour de 120kg/ha/an contre un peu plus de 8 kg au niveau du continent. Aux Pays-Bas, elle dépasse 600kg/ha/an, atteint 370 en Asie et plus de 200 en France. «Les fertilisants sont utilisés en Afrique essentiellement dans les cultures et productions à forte valeur ajoutée, en l’occurrence le café, le cacao, le thé et la canne à sucre», explique M. Groot.

Nécessité d’une carte de fertilité des sols du continent

De l’avis des intervenants, les entraves à l’usage d’engrais sont dans la majorité des cas liées au manque de connaissances chez les exploitants, à l’inexistence de circuits de distribution, aux carences au niveau des infrastructures portuaires, aux droits douaniers élevés, à la capacité d’emmagasinage réduite, en plus des difficultés d’accès aux financements, notamment pour les petits exploitants.

Face à cette donne, l’Afrique est appelée d’urgence à sonder les moyens à même d’assurer un rendement meilleur que celui obtenu aujourd’hui, et sécuriser ainsi l’alimentation de ses générations futures. «L’Afrique devra s’inspirer de l’expérience de l’Asie, dont certains pays ont élaboré des politiques de transformation des agricultures, axées essentiellement sur l’intensification des engrais et l’utilisation de variétés de plants à hauts potentiels de rendements pour ne pas avoir à importer leurs besoins énormes du fait du nombre de leurs habitants», concède Mustapha El Ouafi, directeur exécutif commercial du groupe OCP.

Pour d’autres industriels, cette révolution verte passe en premier lieu par un effort de longue haleine auprès des exploitants africains pour leur expliquer comment, quand et quoi utiliser comme fertilisants. Aussi, il est nécessaire, selon eux, d’élaborer une carte de fertilité des sols du continent africain, avec la collecte et la diffusion des données relatives à la production et la consommation d’engrais. De plus, la plupart des industriels ont appelé pour revoir les structures de coût et plaidé en faveur de l’adaptation des fertilisants pour les sols de l’Afrique.  
A ce titre, l’OCP a annoncé qu’il dédiera une de ses usines à produire exclusivement pour les besoins en engrais des pays du continent.