L’Afrique a rapporté aux banques 4 milliards de DH de profits depuis 2010

Le bénéfice d’Attijariwafa bank tiré des filiales africaines est passé de 56 MDH en 2007 à  864 MDH en 2013. Le continent pèse 41% et 47% des résultats 2013 et 2012 de BMCE Bank. Le poids de l’Afrique n’est pas encore significatif chez la Banque Populaire en raison d’efforts de restructuration en cours au niveau de sa filiale Banque Atlantique.

P résentes de manière très timide en Afrique il y a tout juste une décennie, les banques tirent aujourd’hui une part non négligeable de leurs profits de leurs implantations au niveau du continent. Attijariwafa bank (AWB) et BMCE Bank doivent en effet plus de 25% de leur résultat net part du groupe (RNpg) en 2013 à leurs filiales africaines, soit 1,4 milliard de DH sur un total de 5,3 milliards. Sur les quatre dernières années, ces filiales ont généré pour près de 4 milliards de DH de bénéfices aux deux établissements, soit 19% de la masse bénéficiaire globale engrangée sur la période.
AWB pèse évidemment le plus. La banque de développement à l’international qui abrite les filiales africaines du groupe a généré, depuis 2010, 2,5 milliards de DH de profits, soit 15% du RNpg de 17,2 milliards enregistré sur la période.

L’aventure a commencé en 2005 pour Attijariwafa

C’est que, année après année, les profits des filiales africaines n’ont cessé de croître de manière notable : de 408 MDH de bénéfices en 2010, soit une contribution de près de 10% au RNpg, le continent est monté à 864 millions de résultat net en 2013, soit un poids de 21%. Si l’on remonte plus loin, la progression paraît plus spectaculaire encore : tout juste en 2007, l’Afrique ne pesait que 56 MDH, soit 1,4% des 2,5 milliards de DH de bénéfices de l’exercice. Mais en retraçant les actions de développement déployées par le groupe au cours des dernières années pour grandir en Afrique, les importantes retombées qui en découlent aujourd’hui paraissent couler de source.

C’est en 2005 qu’AWB donne le coup d’envoi à sa conquête africaine par son déploiement au Maghreb, en reprenant et en redressant la Banque du Sud, devenue Attijari Bank Tunisie, aujourd’hui l’un des établissements les plus dynamiques du pays. La même année le groupe décroche un agrément bancaire au Sénégal pour qu’Attijari Bank du Sénégal démarre ses activités à la mi-2006. Il a fallu ensuite tout juste deux années au groupe pour s’ériger en leader sur le marché sénégalais grâce à une expansion externe agressive. Celle-ci s’est faite d’abord par l’acquisition, en 2007, de 67% de la Banque sénégalo-tunisienne fusionnée avec Attijari Bank Sénégal. Ensuite en 2008, le groupe met la main sur 79% de CBAO Sénégal au travers de laquelle il met accessoirement un pied en Guinée Bissau. Fin 2008, Attijari Bank Sénégal et CBAO fusionnent. Tout en étant occupé par ces manœuvres, AWB parvient à acquérir durant la même année 51% de la Banque Internationale pour le Mali en mettant sur la table 700 MDH. Mais c’est en 2009 que la banque va frapper son plus grand coup en raflant cinq établissements à la fois, rachetés au groupe français Crédit Agricole pour la bagatelle de 2,8 milliards de DH. Dans le lot figure Crédit du Sénégal qui renforce le leadership d’AWB dans le pays, mais surtout la Société camerounaise de banques, Crédit du Congo, la Société ivoirienne de banque et l’Union gabonaise de banques qui ouvrent de nouveaux horizons.

En 2010, le groupe se tourne encore une fois vers le Maghreb en rachetant, aux côtés de la Banque Populaire, 80% de BNP Paribas Mauritanie. La même année, CBAO lance des activités au Burkina Faso. En 2011, AWB a ensuite acquis 51% de la Société commerciale de banque Cameroun, s’en est suivi encore le rachat de 55% du capital de BIA Togo finalisé en 2013, parallèlement à l’implantation d’une succursale au Niger via CBAO.
En faisant le compte, le groupe est aujourd’hui présent au niveau de 12 pays africains. Avec tout cela, il ambitionne encore de planter son étendard au niveau d’autres marchés africains dont notamment le Bénin avec une incursion espérée pour fin 2014 et le Tchad pour lequel les négociations sont en cours.

BMCE Bank est présente dans 19 pays d’Afrique subsaharienne

Si les profits tirés de l’Afrique par BMCE Bank sont moins importants en volume, ils n’en demeurent pas moins stratégiques pour la banque. Pour preuve, ces bénéfices pèsent 41% du RNpg de 2013, soit 492 MDH sur un total de 1,2 milliard de DH. En 2012, l’Afrique a été plus déterminante encore avec une contribution de 47% aux bénéfices, soit 434 MDH sur un profit total de 923 MDH. En 2011 et 2010, ces parts étaient respectivement de 36% et 25%. En tout, sur les quatre dernières années, les filiales africaines auront drainé 1,4 milliard de DH de profits pour BMCE Bank, soit 38% des 3,8 milliards de DH de résultat de la période.
La première incursion du groupe dans le continent remonte à 1989 (date à laquelle BMCE était d’ailleurs encore à actionnariat public), à travers une prise de participation dans la Banque de développement du Mali encore détenue à ce jour. La première opération en tant que groupe privé interviendra en 2003 avec l’implantation d’une banque d’affaires au Sénégal. Peu de temps après, BMCE Bank prend le contrôle de la Congolaise de banque. La conquête africaine du groupe change d’échelle en 2007 par l’acquisition de 35% de Africa Financial Holding, holding de tête de Bank Of Africa, qui était déjà à l’époque le troisième réseau bancaire en Afrique de l’Ouest. Ce faisant, il a mis un pied simultanément dans une quinzaine de pays : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Djibouti, Ghana, Kenya, Mali, Madagascar, Niger, Ouganda, R.D. du Congo, Sénégal, Tanzanie. Et les choses n’en sont pas restées là puisque BMCE Bank s’est depuis renforcée dans l’actionnariat de BOA pour monter à 76% du capital à fin 2013. La liste des pays investis à travers BOA s’est elle aussi développée pour intégrer par exemple l’Ethiopie et le Togo en 2013. En tout, BMCE Bank est actuellement présente dans 19 pays africains et le groupe lorgne à présent les marchés lusophones du continent pour poursuivre son expansion.
Et la Banque Populaire dans tout cela ? Un an et demi après s’être implanté dans 7 marchés d’Afrique subsaharienne, à travers la prise de contrôle du groupe Banque Atlantique, le groupe doit déjà 17% de son PNB en 2013 à sa nouvelle filiale. Mais les remontées en termes de profits ne sont pas encore considérables, ce qu’il faut lier aux efforts de restructuration toujours en cours.