L’affaire J+2 crée une fracture au sein du GPBM

Le GPBM s’est réuni le 6 juin n Attijariwafa bank invoque la libre concurrence n Les autres banques dénoncent une mesure prise de manière unilatérale.

Une réunion pour rien? Peut-être. Pour la première fois dans les annales du secteur bancaire, une fracture est apparue clairement entre les membres du groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) à l’issue de la réunion tenue le mardi 6 juin, au siège de la BMCE. Une réunion qui, rappelons-le, faisait suite au courrier adressé mardi 30 mai par Othman Benjelloun, président du GPBM, à Khalid Oudghiri, président d’Attijariwafa bank, suite à l’annonce par cette dernière, vendredi 19 mai, de la décision de porter à J+2 les dates de valeur des chèques et effets de commerce déposés par ses clients (cf. www.lavieéco.com), ébranlant les règles jusque-là mises en place par l’ensemble des établissements de la place, en 2004.

4 scénarios de riposte dont aucun ne satisfait
Dans son courrier, le président du GPBM déclarait avoir été surpris par l’annonce unilatérale de la réduction desdits délais alors qu’un échéancier était prévu à cet effet, en concertation avec la Banque centrale. Othman Benjelloun, saisi par les présidents des autres banques, avait alors émis le souhait d’en discuter lors de la réunion du GPBM.
Une réunion qui, semble-t-il, n’a pas eu les effets escomptés, du moins celui de discuter dans la sérénité évoquée par le courrier du 30 mai. Selon des témoignages concordants, face aux présidents de banques réunis, dont certains ont dénoncé de manière virulente la violation du gentlemen’s agreement, Boubker Jaï, DG d’Attijariwafa bank (Khalid Ougdghiri étant en déplacement à l’étranger), a invoqué le droit d’Attijariwafa bank à agir librement dans un marché concurrentiel. L’un des membres -information que nous n’avons pu recouper auprès d’autres personnes présente- a affirmé que, selon les dires de M. Jaï, la banque ne s’arrêterait pas en si bon chemin. En tout cas, les impressions, à l’issue de la réunion, qui aura duré deux bonnes heures, étaient mitigées, pour ne pas dire pessimistes.

La question essentielle qui reste posée aux autres banques aujourd’hui est : «que faire?». S’aligner sur le J+2 donnerait l’impression d’être des suiveurs. Aller plus loin (J+1 par exemple) ouvrirait la porte à une surenchère dont le secteur ne veut pas. Faire chacun ce que bon lui semble paraît hautement improbable, les présidents des autres banques s’étant placés sous la bannière du GPBM pour protester. Enfin, ne rien faire équivaudrait à renforcer auprès des clients l’image d’Attijariwafa bank. Parmi les quatre scénarios, le moins risqué est celui de l’alignement.
Au mercredi 7 juin et à l’heure où nous mettions sous presse, aucune décision n’avait été prise. En revanche, il semble évident que la quiétude qui caractérisait le secteur -ce qui lui a bien souvent valu le qualificatif de cartel- a été durablement écornée et ce ne sont pas les clients qui s’en plaindront. La Banque centrale, elle, n’a pas réagi, la décision d’Attijariwafa bank étant réglementaire et conforme aux règles de concurrence loyale.