L’activité du factoring en décélération

45 milliards de DH de remises de créances à fin octobre, selon les estimations de quelques professionnels. La décompensation des carburants, la dégradation du risque et la baisse des taux du crédit expliquent la tendance. Le marché reste porteur sur les 4 à 5 années à venir.

L’allongement des délais de paiement et le besoin immédiat de liquidités continuent de faire les affaires des opérateurs du factoring. «Nous ne sommes plus sur les croissances de 40 à 50% d’il y a trois ou quatre ans, mais la demande est toujours soutenue, avec une hausse à deux chiffres», confie un professionnel. Pour un autre, les taux de croissance enregistrés auparavant émanaient du fait que le portefeuille se constituait pour la première fois, et étaient mécaniquement voués à s’estomper au fur et à mesure. «Aujourd’hui le marché, certes toujours porteur, revient à une croissance normale», analyse un factor. Chez Euler Hermès Acmar, on confirme cette tendance. L’assureur-crédit, auprès duquel la quasi-totalité des sociétés de factoring de la place prennent leur assurance, constate un dynamisme toujours marqué et une croissance notable des demandes d’engagement. «En revanche, il nous est difficile de chiffrer la croissance commerciale du secteur, étant donné que toutes les demandes d’information n’aboutissent pas systématiquement à un contrat», notent les responsables d’Acmar. D’après les estimations recoupées de quelques professionnels, les remises de créances tournent autour de 45 milliards de DH à fin octobre, dont 60 à 75% financés. Le secteur devrait terminer l’année sur des remises de l’ordre de 50 milliards. Notons que l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF) dit ne pas disposer des chiffres, les départements bancaires ne communiquent pas leurs réalisations, et les opérateurs sont très évasifs dans leurs commentaires.   

Les acteurs du marché cherchent à diversifier leur portefeuille

Pour expliquer la décélération, les professionnels sondés avancent trois raisons principales. Déjà, la fin des remises de créances des pétroliers sur l’Etat en raison de la décompensation des produits pétroliers. Pour avoir des avances sur les subventions étatiques à venir, les pétroliers mobilisaient leurs créances auprès des factors. «Cette clientèle représentait un volume assez important. Aujourd’hui, une petite demande concernant les subventions du gaz est soumise à quelques sociétés de factoring», explique le responsable du département factoring d’une banque.

La baisse des taux d’intérêt, deuxième facteur, pousse de plus en plus de clients des factors à s’orienter vers le crédit bancaire, notamment le découvert ou le crédit spot. Ces derniers reviennent largement moins chers, selon les banquiers. Il existe beaucoup de cannibalisation entre le factoring et les autres produits bancaires. Les banques se battent de plus en plus pour garder le client au lieu de l’orienter vers son département dédié ou même une filiale spécialisée. Dans le même registre, le factoring -mettant en jeu un droit cambiaire- se révèle de plus en plus contraignant que l’escompte qui concerne un droit commercial. Le premier exige la facture et le bon de livraison, alors que le second se fait sur simple présentation d’effet. 

Le troisième point relève des problèmes de solvabilité des clients de l’entreprise qui sollicite le factor. A en croire les acteurs du marché, les difficultés n’épargnent aujourd’hui aucun segment de clientèle. De grands groupes commencent à avoir des soucis. Ceci est illustré par les circulaires de BAM demandant aux banques de mieux encadrer le risque des grands comptes. La hausse des provisions constituées pour couvrir les risques de contrepartie renseigne aussi sur la situation.

La tâche du factor est d’autant plus dure qu’il scrute la santé financière à la fois de l’adhérent (créancier) et de ses clients. Plusieurs secteurs, notamment le BTP, l’immobilier, le commerce de céréales, la distribution et les hydrocarbures ont vécu -ou vivent toujours- une situation difficile.

Pour se prémunir contre les risques, les assureurs crédit réduisent considérablement leurs plafonds de couverture ou préfèrent carrément refuser d’assurer la facture. En conséquence, les factors qui étaient assez engagés avec certains opérateurs se sont trouvés obligés de réduire leurs concours. Et face à la dégradation du rating de certains clients, ils revoient naturellement à la hausse les taux des opérations de factoring, ce qui les rend moins compétitifs. Toutefois, la moyenne des taux pratiqués aujourd’hui est en nette baisse.

Elle se situe autour de 4,5 à 5% au lieu de 7 à 8% en 2012 et 2013. «Cette contraction s’explique par la baisse du coût de l’argent, la concurrence acharnée entre opérateurs et l’effet de volume sur les grosses transactions», explique un factor. Du coup, les acteurs du marché ont compris qu’il faut chercher les volumes pérennes et la diversification du portefeuille au lieu de se concentrer sur les grosses opérations. «Cela dépend de la stratégie de chaque établissement. Il y en a qui placent la maîtrise du risque en tant que priorité, alors que d’autres raisonnent par le volume et se permettent un taux de sinistre acceptable de 5 à 10% en général», explique une source. Quoi qu’il en soit, l’explosion des délais de paiement continuera d’entretenir l’activité. Selon les estimations des spécialistes, le marché reste porteur sur les 4 à 5 prochaines années.

N’ayant pas besoin de cash, les multinationales recourent surtout à la garantie de non-paiement et au recouvrement. Elles sollicitent rarement le financement sur facture. Ces deux services représentent environ 30% de la demande, selon quelques professionnels. Le reste de la clientèle, en majorité des PME, est intéressé en premier lieu par la mobilisation de leurs créances. Il faut dire que la garantie de non-paiement et le recouvrement sont surtout utilisés par les entreprises de taille importante pour déconsolider le bilan. Autrement dit, pour améliorer leur BFR, externaliser le risque et harmoniser le délai moyen de paiement avec les autres entités du groupe à travers le monde. En effet, une créance garantie contre les impayés et dont le recouvrement est externalisé peut être extraite du bilan d’une entreprise, ce qui accroît la rentabilité des fonds propres. A ces grands groupes, s’ajoutent les multinationales qui ne disposent pas d’une bonne connaissance du marché national et qui souhaitent se prémunir contre les impayés en garantissant leurs factures. La garantie de non-paiement et le recouvrement sont assortis, en moyenne, d’une commission de 1% du montant de la facture.