Label Iltizam : les promoteurs primés racontent les coulisses de la certification

Un audit fouillé pour décortiquer les promotions, les prix, les contrats de vente, la publicité… La priorité est de vérifier si le promoteur tient toutes les promesses faites à  l’acquéreur.

Si l’on connaît depuis quelques jours les trois premiers projets immobiliers qui ont décroché le label Iltizam de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), peu a été dit en revanche sur les coulisses de cette certification. Pour s’en faire une idée, La Vie éco est revenue sur les détails de la démarche avec les trois promoteurs qui ont pu obtenir le précieux sésame: KLK Immobilier, El Fal Groupe Immobilier et Al Akaria Développement.
D’emblée, l’on est frappé par la complicité installée entre ces opérateurs, peu habituelle dans un secteur où la concurrence est intense. Il faut croire que des liens se sont nécessairement tissés entre ces premiers promoteurs qui, pendant plusieurs semaines, sont passés au crible très exigeant du processus de labellisation.

Iltizam a beau en être à sa première édition, il ressort, selon les récits des promoteurs, que l’on n’a pas fait de cadeaux aux premiers candidats à la labellisation. «Dès le dépôt de la candidature, des justificatifs sont requis pour tous les éléments avancés dans le dossier», illustre Reda Halify, directeur général d’Al Akaria Développement, récompensé pour son projet «les Terrasses de Dar Bouazza». C’est véritablement l’audit de certification qui a étonné les promoteurs par son niveau de détail.

A signaler d’abord que cet audit est pris en charge par l’Association des certificateurs du Maroc qui compte, entre autres membres, Bureau Veritas, Moody’s Maroc, SGS… Au moins deux cabinets membres de l’association sont impliqués d ans la vérification de chaque projet et travaillent de manière autonome. Pour écarter plus encore tout risque de biais, les auditeurs sont imposés aux promoteurs qui n’ont aucune connaissance préalable des cabinets en charge de leurs cas.

Concrètement, l’audit consiste à vérifier la conformité des projets candidats à une liste étendue de 109 critères répartis en 4 familles (réglementation, technique, transparence et innovation). En lui-même, ce référentiel, fourni au préalable aux candidats, suggère des pistes d’améliorations aux professionnels. «En examinant les critères de labellisation, nous avons pu dégager des idées pour perfectionner nos process que nous avons mis en œuvre avant même que la certification ne démarre effectivement», explique Amal Rizlaine Benani, directeur général délégué d’El Fal Groupe Immobilier labellisé pour son programme Fal El Hna (tranche D). L’audit comprend une série de vérifications documentairescouplées à des enquêtes de terrain, ce qui permet de passer en revue tous les aspects des projets.

Les enquêteurs n’hésitent pas à contacter les acquéreurs

Sur le premier volet, les promoteurs labellisés rapportent que les certificateurs ont accordé un soin particulier à la vérification de la transparence et du respect des engagements vis-à-vis du client, ce qui s’accorde bien avec l’objectif final du certificat de rétablir la confiance entre acquéreurs et promoteurs. Et manifestement aucun détail n’a été laissé de côté. «Dans le cadre d’une opération promotionnelle, nous avons offert un séjour dans un hôtel pour tout achat d’un appartement au sein de notre programme. Pour s’assurer que nous avons bien tenu notre promesse, les certificateurs ont recensé les ventes intervenues durant notre promotion et ont contacté certains acquéreurs pour s’assurer qu’ils ont bien bénéficié de leurs prix», illustre Mme Benani. «Des dizaines de nos acquéreurs ont été contactés de manière aléatoire pour être sondés sur le respect de nos engagements», fait savoir pour sa part le DG d’El Akaria Développement.  

Les tarifs mis en avant sur des supports promotionnels, et qui induisent souvent en erreur la clientèle, font également l’objet d’une attention particulière. Là encore le souci des certificateurs est de voir simplement ce qu’il en est sur le terrain. «Les auditeurs se sont assuré que nous avons bien réalisé des ventes aux prix minimum annoncés sur nos brochures, avec contrat de vente à l’appui», explique Halima Khayatey, directrice de développement de KLK Immobilier récompensé pour son projet Casa View.

Dans le même ordre d’idées, c’est le contrat de vente qui est passé au crible par les certificateurs pour déterminer s’il garantit un équilibre entre les parties, stipule clairement le délai de livraison, prévoit des indemnités de retard…
Pour leur part, les enquêtes de terrain interviennent sur le chantier. Les certificateurs scrutent à l’occasion, essentiellement, le respect des exigences de sécurité ainsi que les conditions de vie des ouvriers au sein du chantier, «et ils en profitent aussi pour faire des recoupements avec les éléments recueillis lors des vérifications documentaires», indique Mme Benani.

La communication autour du label doit être renforcée

Sur la base de tous ces contrôles, des appréciations sont attribuées aux promoteurs, lesquels doivent obtenir une note minimale pour passer devant le comité d’octroi de labellisation qui a le fin mot sur l’attribution du certificat et qui rassemble plusieurs ministères, la FNPI, des représentants des architectes ainsi qu’un représentant de la Fédération nationale des associations des consommateurs (FNAC). Sachant cela, s’ils ne sont pas conformes en matière d’indication du délai de livraison aux clients ou encore sur l’efficacité du traitement des réclamations, les promoteurs sont écartés d’office de la procédure. A ce titre, certains des grands opérateurs de la place qui ont postulé pour l’obtention du label ont été éliminés en raison d’insuffisances quant à ces aspects, étant à noter qu’une trentaine d’opérateurs a postulé initialement, selon les indiscrétions du comité d’octroi de labellisation. Pour leur part, les promoteurs qui sont parvenus au bout de l’expérience espèrent en juste retour des choses que la communication autour du label s’intensifie, les efforts déployés jusqu’à présent étant jugés insuffisants. La FNAC qui, par son adhésion au comité d’octroi de la labellisation renforce la crédibilité du certificat, exprime également des attentes fortes pour que le label monte en exigence. Ouadie Madih, secrétaire général de la fédération, rappelle à ce titre que tout en ayant l’objectif de niveler le secteur par le haut, le label adopte un référentiel qui ne s’aligne même pas sur la loi encadrant la vente sur plan (VEFA).