La ville de Salé a toujours du mal à  se débarrasser de ses ordures

Après cinq ans d’attente, un terrain vient enfin d’être choisi pour accueillir le quai de transfert. En attendant l’aménagement, les déchets ménagers de Salé transitent par le quai de transfert de Rabat.

Il y a du remue-ménage du côté de la décharge contrôlée de Rabat, Oum Azza. L’urgence de la construction d’un quai de transfert pour rassembler les déchets ménagers de la commune de Salé se fait en effet de plus en plus pesante. Voilà déjà 5 ans que l’installation est attendue. Un terrain, situé près de Sala El Jadida, avait déjà été choisi mais la grogne de la société civile semble avoir finalement eu raison de cette option. La situation semble toutefois se décanter avec la décision, il y a deux semaines, d’attribuer un nouveau terrain pour le projet, dans la zone d’Akreuch, toujours du côté de Salé. «Nous avons réussi à résoudre le problème grâce à l’intervention du gouverneur», précise une source au sein de la commune de Salé. «Nous allons donc entamer l’étude d’impact environnemental. Le dossier doit ensuite être validé par le Comité national des études d’impact avant que nous puissions soumettre le dossier de permis de construire à l’Agence d’aménagement de la vallée du Bouregreg. Cette procédure légale devrait prendre 8 mois», poursuit notre source.

Près de 4 000 tonnes de déchets n’ont toujours pas été évacuées

En attendant, les difficultés d’acheminement des déchets ménagers de la commune de Salé vers la décharge contrôlée d’Oum Azza se poursuivent. Au point que l’accès au quai de transfert de Rabat, vers lequel ils étaient jusque-là envoyés, leur a été interdit pendant presque 2 semaines par Segedema, société du groupe français Pizzorno et gestionnaire de la décharge d’Oum Azza. «Nous avons rencontré de nombreux problèmes, notamment depuis l’Aïd. Le quai de transfert de Rabat est dimensionné à la taille de Rabat, or Salé produit beaucoup plus de déchets que Rabat», nous explique ainsi Gérard Prenant, DG de Segedema.

Le quai de transfert de Rabat dispose d’une capacité d’accueil de 600 tonnes par jour, sachant que celui de Salé devra atteindre une capacité de 700 tonnes par jour. Ce n’est que ce lundi 26 novembre qu’un accès limité a finalement été autorisé. Segedema vient en effet d’accorder un quota de 150 tonnes pour la commune de Salé. «Une fois que ce quota sera atteint, nous étudierons la possibilité d’en accorder un nouveau en fonction de l’état du quai de transfert de Rabat», promet Gérard Prenant.

A l’heure actuelle, la société estime qu’entre 3 000 et 4 000 tonnes d’ordures ménagères n’ont toujours pas pu être évacuées. Ses relations avec la commune de Salé ne sont pas près de s’arranger en raison d’un autre différend, d’ordre financier cette fois-ci.

700 000 tonnes à gérer chaque année

Pour Segedema, il en va de la responsabilité des politiques de la ville. «Nous avons signé un protocole d’accord avec la commune de Salé qui permet d’étaler le paiement de 30 MDH sur 4 ans, soit environ 10 MDH par an. Mais rien n’y fait, ce protocole n’est pas respecté. L’échéance 2012 n’a toujours pas été respectée. Aujourd’hui, nous en sommes à 40 MDH d’arriérés. L’interdiction d’accès au quai de transfert pour Salé n’est toutefois pas due à l’argent mais au volume important à traiter par le quai de transfert de Rabat», plaide ainsi Gérard Prenant. Avec les communes de Rabat et Témara, dont les déchets ménagers sont également acheminés vers Oum Azza, «tout se passe bien», selon Gérard Prenant.

En dépit de ces difficultés, l’aventure de la décharge contrôlée d’Oum Azza demeure un des projets pilotes les plus exemplaires en ce qui concerne la gestion des déchets au Maroc. Mise en service en décembre 2007, Oum Azza est gérée pour 20 ans par Segedema. La convention prévoit un programme d’investissement de 350 MDH sur ces 20 ans. Depuis 2007, près de 130 MDH ont déjà été injectés (voir encadré). La décharge compte 13 clients (communes) rassemblées en une autorité délégante unique. De même, une vingtaine de clients industriels y déversent leurs «déchets industriels banals», après avoir reçu l’autorisation de l’autorité délégante. Au total, la décharge d’Oum Azza reçoit 700 000 tonnes de déchets par an. Couvrant une surface de 100 ha, Oum Azza dispose d’un centre de tri permettant un début de valorisation. C’est la coopérative des anciens recycleurs informels de l’ancienne décharge de Rabat (Akreuch) qui s’en charge. Actionnaires et salariés de la coopérative, 150 personnes sont ainsi passées de l’informel au formel.
Récupérés par la coopérative, les déchets «matière» sont ensuite revendus à la filiale de Pizzorno qui les exporte. Pour l’instant en tout cas, puisque 2013 promet le début de nouveaux projets de valorisation des déchets.