La vente de voitures d’occasion ne prend pas chez les concessionnaires !

Tous les concessionnaires réunis ne vendent pas plus de 30 voitures d’occasion par mois alors qu’ils tablaient sur 100 000 par an. Ils se disent très pénalisés par la lourdeur des procédures administratives lors de la mutation de la carte grise. Une bonne expertise du marché de l’occasion leur fait aussi défaut.

Les voitures d’occasion proposées par les concessionnaires ne font pas recette. D’après les estimations recoupées des responsables VO chez les différentes enseignes de la place, les ventes ne dépassent pas une trentaine par mois au niveau global. «Sur toute l’année 2014, nous avons réalisé 120 transactions en dehors des cessions des véhicules usagés de notre parc», affirme Hosni Chraïbi, directeur développement ventes d’occasion chez Sopriam qui était parmi les premiers à ouvrir un showroom dédié à cette activité. «Malgré la volonté affichée de certains opérateurs et les campagnes-média lancées lors du précédent salon automobile, les ventes réalisées par tous les concessionnaires réunis ne représentent rien par rapport aux garages qui ont pignon sur rue», se désole Hicham Benouna, gérant d’Auto Warehouse, partenaire VO de Fiat Chrysler automobiles Maroc.   

Pourtant, les opérateurs voyaient grand pour ce segment, surtout après la décision de calculer la TVA sur la plus-value et non plus sur le produit global de cession, introduite dans la Loi de finances 2014. Et leurs espoirs ne venaient pas du néant. En effet, il se vend 4 fois plus de VO (transferts de carte grise) que de voitures neuves. De plus, comme partout dans le monde, la VO permet de relancer le marché du neuf grâce aux reprises. Les concessionnaires ambitionnaient alors de capter le quart des 400 000 mutations de cartes grises réalisées de gré à gré entre particuliers chaque année. On est encore très loin du compte !

Les concessionnaires communiquent peu ou mal sur ce segment

Quand les uns font leur mea culpa, d’autres évoquent des raisons exogènes pour expliquer les piètres performances sur ce segment. D’après des spécialistes, même si la demande existe, le réflexe de vendre son ancienne voiture à un professionnel n’est pas encore installé. Le gens sont habitués à vendre leur voiture eux-mêmes, quitte à y consacrer beaucoup de temps. «Le déficit de communication n’a pas aidé à baliser le terrain pour développer ce réflexe et expliquer le mécanisme», déplore M. Chraïbi.

D’autres professionnels affirment que l’expertise fait encore défaut sur le marché. «Vendre des véhicules d’occasion nécessite un savoir-faire que les opérateurs n’ont pas forcément. Un bon commercial de véhicules neufs peut ne pas être un bon vendeur d’occasion. De plus, un réseau étoffé et une connaissance des valeurs de l’occasion sont également nécessaires pour faire des transactions sans perte. Il faut également avoir de bons experts qui savent identifier les voitures accidentées et/ou au compteur trafiqué», explique M.Benouna. Le système de rémunération ne prévoit pas non plus des primes spéciales VO, ce qui fait que les commerciaux des concessionnaires font eux-mêmes appel à des intermédiaires chargés de trouver des clients.

Obligation de «fluidifier» le circuit pour ne pas perdre trop de temps

Mais si les concessionnaires sont conscients de ces limites, jugées naturelles pour un marché en démarrage, ils s’avouent vaincus devant les tracasseries administratives au moment du transfert des cartes grises. Les difficultés commencent dès la légalisation des documents à la commune. Pour être servi très rapidement, on est amené à payer les timbres… sans réclamer la monnaie.

Vient ensuite le contrôle technique de mutation. L’acheteur doit négocier avec le vendeur pour garder l’assurance 24 heures, le temps d’accomplir les démarches. Si ce dernier refuse, il lui faudra rouler à ses risques et périls avec le véhicule non assuré pour trouver un centre qui n’a pas encore atteint son quota de 20 voitures par ligne. On peut attendre une demi-journée, sinon plus, vu la charge des centres. «Même si les organismes de visite sont privés, il faut souvent un effort financier supplémentaire pour éviter un contrôle complémentaire», regrette un opérateur.  

Troisième étape, le paiement des frais de transfert (50 dirhams x le nombre de chevaux fiscaux + taxe de 300 DH ou 600 DH si la carte grise est barrée). Bien que l’acheteur puisse désormais payer les frais de transfert et la taxe au même endroit, on peut facilement perdre une demi-journée dans la queue.

Suit le Service des mines pour le dépôt du dossier gris avec toutes les pièces requises. «Concernant les voitures d’occasion achetées auprès de personnes morales, les documents exigés sont plus nombreux, notamment les copies certifiées conformes du registre de commerce, du statut de l’entreprise, de l’attestation du pouvoir du signataire…», souligne M. Benouna. S’il en manque un seul, on est sûr de devoir revenir le lendemain.

Une dernière entrave et pas des moindres, l’acheteur du véhicule d’occasion doit impérativement accomplir les démarches administratives dans la ville de résidence mentionnée sur la carte grise. Cela veut dire que s’il achète une voiture à Tétouan et qu’il habite Guelmim, il devra légaliser la vente à Tétouan puis retourner à Guelmim pour accomplir le reste des formalités. Lorsqu’il aura obtenu sa carte grise provisoire, il devra assurer son véhicule et retourner à Tétouan pour le récupérer. «Il est clair qu’avec toutes ces tracasseries, une société structurée et transparente aura du mal à investir ce créneau», résume un opérateur.