La titrisation peine à  séduire les investisseurs

Malgré l’élargissement du champ des bénéficiaires et des actifs éligibles, les investisseurs ne suivent pas. Ils sont rebutés par plusieurs facteurs : faiblesse du rendement, manque de liquidité, absence d’un marché standardisé, contexte de défauts de paiement… Maghreb Titrisation propose une série de mesures pour stimuler la demande.

Le décollage annoncé de la titrisation tarde à se concrétiser. Des mesures audacieuses ont pourtant été introduites suite à l’amendement de la loi en la matière en septembre dernier.

Au lieu des seuls établissements de crédit, des sociétés d’assurance et des délégataires de service public, le nouveau cadre élargit l’accès à la titrisation à l’Etat et aux entreprises privées. Aussi, plus que les créances, la liste des actifs éligibles à ce type d’opérations s’étend désormais aux actifs tangibles (mobilier, immobilier et matières premières), aux titres de capital ou encore les titres de créances.

Après un premier coup de sonde lancé par Maghreb Titrisation, seul opérateur agréé pour gérer des opérations de titrisation, les nouvelles mesures ont effectivement suscité l’intérêt de nouvelles catégories de demandeurs de capitaux. Mais la mayonnaise ne parvient toujours pas à prendre en raison d’un grand absent: les investisseurs.

Ces derniers s’engagent déjà de plus en plus difficilement dans les opérations classiques de titrisation initiées par les banques. Pour preuve, face au peu d’engouement des investisseurs, la Banque Populaire a dû se résigner à acheter elle-même des parts de son fonds de titrisation pour boucler son opération lancée en 2012, selon les échos concordants du marché.

Des ajustements réglementaires sont nécessaires

Les institutionnels sont rebutés par plusieurs éléments. D’abord, la rémunération proposée dans le cadre des opérations de titrisation est jugée insuffisante. Pour se faire une idée, les intérêts proposés par exemple dans la dernière opération en date, initiée par le CIH (Credilog 4), sont de 40 points de base au-dessus du taux des bons du Trésor.

«Certes, les émetteurs présentent un faible risque et les garanties sont importantes», reconnaît un gérant de fonds. «Mais il n’y a pas que le risque crédit. Les titres proposés sont peu liquides, il faut donc rémunérer les investisseurs en conséquence», insiste-t-il.

Car en l’absence d’un marché standardisé, à l’instar de celui réservé aux bons du Trésor, et en raison de la complexité des titres qui rend difficile la détermination de leur prix, les échanges de parts de fonds de titrisation sont quasi impossibles, de l’avis général des investisseurs.

Outre ces aspects, la conjoncture joue aussi contre la titrisation. «Dans un contexte de défauts de paiement, les investisseurs se détournent naturellement des titres adossés à des créances», explique Kawtar Johrati, directeur asset management au sein de Saham Assurance.

«Cette situation n’est du reste pas spécifique à la titrisation et concerne tout le marché de la dette privée», insiste la responsable. Ce qui n’arrange pas les affaires de la titrisation c’est que sur les derniers mois, les bons du Trésor ont proposé des rémunérations en hausse.

Si Maghreb Titrisation n’a pas de remède contre la conjoncture défavorable, la société défend actuellement un ensemble de réformes pour lever les autres réserves des investisseurs par rapport à la titrisation. Pour booster la liquidité du marché, la société veut développer les possibilités de refinancement sur la base des titres émis par les fonds de titrisation.

L’idée est que ceux-ci puissent être considérés comme collatéral dans le cadre des opérations de pension auprès de Bank Al-Maghrib. Dans le même but de fluidifier les échanges, Maghreb Titrisation promet une plateforme renouvelée pour le pricing des titres. Plus que cela, les investisseurs souhaitent la mise en place d’une notation des émetteurs ou des opérations de titrisation.

Pour compléter ces mesures, Maghreb Titrisation défend également des dispositions pour permettre aux investisseurs de se renforcer plus facilement sur la titrisation. Il est surtout proposé de revoir les règles d’allocation d’actifs des assurances et des banques.

Au lieu de considérer un ratio standard pour l’investissement en titrisation de ces organismes, il est proposé d’appliquer le principe de transparence par rapport à la catégorie de l’actif sous-jacent. Par exemple, dans le cas de titres adossés à un actif immobilier, c’est le ratio d’allocation en vigueur pour l’investissement immobilier qui doit être appliqué. Maghreb Titrisation souhaite également que l’on libère le champ aux OPCVM.

L’idée est que la titrisation soit isolée dans une classe d’actif distincte au sein de ces organismes. En l’état actuel des choses, les titres de fonds de titrisation sont classés dans la même catégorie d’actifs que les titres issus du capital risque et les titres de créances négociables, le tout étant limité par un ratio d’allocation de 20%.