La station de SAIDIA en quête de notoriété

La saison 2013 risque d’être à  l’image des précédentes. Pour compenser la faible fréquentation des touristes étrangers, les opérateurs misent clairement sur le marché national. La station souffre des difficultés d’accès pour les nationaux, du déficit d’animation et du retard dans l’exécution du projet d’assainissement.

Les saisons se suivent et se ressemblent à la station Saïdia. Alors que le mois de juin a déjà commencé et que les températures estivales s’installent jour après jour, la station, elle, ne semble pas encore avoir entamé sa «haute saison». C’est du moins le sentiment qui se dégage lorsque l’on fait un détour par cet endroit censé pourtant révolutionner le tourisme balnéaire dans l’Oriental. Pour cette année encore, les opérateurs s’apprêtent à connaître une saison difficile, non sans avoir tenté de remodeler leurs offres pour y remédier. Sur les trois grands hôtels de la place, on peut en effet rapidement constater que les espoirs sont désormais clairement placés sur la clientèle marocaine à même de réduire leur dépendance des arrivées étrangères dans la station. De la généralisation du all inclusive au lancement d’offres spécialement dédiées, les Marocains n’auront jamais été aussi choyés par les opérateurs de la station, comme nous le confirme le directeur de l’un des trois grands hôtels. «Avant, on pouvait par exemple voir les hôtels réserver le all inclusive aux étrangers. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas», témoigne-t-il. Il faut dire aussi que cela était prévisible vu que les touristes étrangers ne viennent pas en masse dans cette région. Du moins, pas encore. D’ailleurs, selon nos sources, pas plus tard que la semaine dernière, de grands tour-opérateurs étrangers, dont un suisse, auraient informé leurs partenaires hôteliers de la station de l’annulation du programme prévu cet été. Selon les mêmes sources, cette décision serait due à la constatation d’un manque d’enthousiasme des touristes pour cette offre.

Billets d’avion trop chers pour les touristes nationaux

Pour remédier à cette situation, quoi de plus logique donc que de s’orienter vers les nationaux, surtout que l’expérience de ces dernières années a déjà prouvé à quel point cette clientèle pouvait permettre au secteur touristique de résister à l’impact de la crise sur les budgets des touristes étrangers, plus particulièrement européens. Ce pari lancé aujourd’hui à la station Saïdia est toutefois loin d’être gagné. En cause, la liaison entre la station et les principales régions émettrices du Royaume est particulièrement compliquée. A l’exception des touristes de la région Fès-Meknes, pour laquelle l’accès par autoroute peut se faire en quatre heures seulement, ceux des autres régions telles que Casablanca, Rabat ou encore Tanger, en ont pour 6 à 7 heures de route. Cela réduit donc la possibilité de la station d’accueillir les Marocains avides de courts séjours durant les week-ends. Par conséquent, il faudra attendre les grandes vacances du mois d’août pour enregistrer éventuellement le flux tant espéré.

Le plus embarrassant est que la proximité de Saïdia d’un aéroport tel que celui de Oujda n’est pas forcément un atout, comme l’explique ce responsable dans l’une des plus importantes agences de voyages du Royaume. «Avec des billets atteignant 2 000 DH par personne à partir de Casablanca, ce n’est certainement pas encourageant pour le tourisme interne, surtout qu’à des prix semblables, certaines destinations étrangères sont envisageables». Ceci réduit sensiblement les chances de la station de devenir un choix privilégié pour les touristes nationaux.

Une image à reconstruire

Difficile donc d’entrevoir de l’optimisme auprès des différents métiers développés autour du secteur touristique. Plusieurs commerces installés dans la marina de Saïdia, un lieu censé pourtant être un centre de vie au sein de la station, sont en effet toujours fermés, en attendant les mois de juillet et, surtout, août, et encore ! Car la haute saison 2013 coïncide avec Ramadan.

Ce manque de dynamisme au niveau de la marina ne fait que renforcer le déficit d’animation. Avec des commerces fermés, difficile pour les touristes de trouver mieux à faire que de rester au sein même de l’enceinte des hôtels. Même si ces derniers ne lésinent pas sur les moyens pour transformer leurs établissements en un lieu de vie festive, il n’en demeure pas moins que ces initiatives sont insuffisantes pour un touriste venu découvrir cette région du Royaume.
Sur un tout autre registre, la station Saïdia connaît toujours certains problèmes au niveau des infrastructures. En effet, le réseau de collecte des eaux usées n’est pas encore achevé et une bonne partie est toujours en plein air, ce qui n’est pas sans conséquences sur l’attractivité. «Nous avons vu à maintes reprises des touristes étrangers se plaindre de la présence de moustiques, souvent de grande taille et c’est cette partie du réseau non encore aménagée qui y contribue», témoigne un employé dans un établissement de la station. En fait, les travaux sur ce projet sont bien entamés et la station d’épuration des eaux usées est même entrée en services au cours du premier semestre 2013.

Cependant, l’impact des problèmes d’assainissement restera avéré tant que la totalité du réseau ne sera pas achevé. D’ailleurs, il suffit d’évoquer le sujet devant les employés des établissements de la station pour que ces derniers citent expressément le documentaire réalisé il y a quelques années par une chaîne française sur le sujet et qui, selon ces mêmes employés, a également contribué au manque d’attractivité de la station. C’est dire qu’il y a encore beaucoup à faire pour donner à la station une envergure internationale.