La spéculation mine le marché des matériaux de construction

Sable, ciment, hourdis…, les prix de tous les produits sont tirés à la hausse

La grande demande engendrée par les grands projets et la prédominance de l’informel submerge les industries du béton.

Les promoteurs immobiliers de la région du Grand Casablanca risquent de voir leurs chantiers s’arrêter pour cause de manque criant de ciment sur le marché de la métropole. «Le ciment est devenu une denrée tellement rare qu’on l’assimile à de l’or», plaisante un promoteur. En effet, ces derniers jours, la tension est remontée d’un cran. Le souvenir de la crise survenue en avril dernier suite aux deux grèves des transporteurs est toujours présent.

Ces deux mouvements de protestation, à 15 jours d’intervalle, avaient perturbé l’approvisionnement de chantiers dans toutes les régions du Maroc, obligeant les promoteurs à puiser dans leurs stocks. Et voilà que le spectre de la pénurie plane de nouveau sur le secteur du bâtiment et des travaux publics. Les causes de cette tension : l’arrêt de production d’une partie de l’usine de Lafarge à Bouskoura. Contacté par La Vie éco, le cimentier a expliqué qu’il s’agit d’un arrêt de maintenance tout à fait normal, comme c’est le cas dans chaque unité de production. Et le même responsable d’ajouter : «De toutes les manières, un stock de clinker a été constitué en amont pour éviter une baisse de la production».

La tonne de ciment se négocie 20% plus cher que le prix officiel
Cette succession de tensions sur le marché du ciment est le résultat d’une dynamique de développement du secteur du bâtiment. En effet, au premier semestre 2006, le secteur a réalisé un taux de croissance de 20% par rapport à la même période de l’année précédente. Et tout au long de 2006, ce taux de croissance a été de l’ordre de 11%. «Les cimentiers tournent à plein régime et utilisent la totalité de leurs capacités de production», souligne une source au sein du ministère chargé de l’habitat et de l’urbanisme.

«A ce rythme, le Maroc se doit de se doter d’une nouvelle cimenterie chaque année pour faire face aux besoins croissants», explique pour sa part Driss Cherrak, directeur général de Ciments du Maroc. A signaler qu’un minimum de quatre années est requis pour créer une nouvelle unité de production de ciment.

Un marché perturbé par l’informel
Cette situation est une aubaine pour une caste de spéculateurs qui n’hésitent pas à le stocker, même si le ciment est, par définition, un matériau qui ne se conserve pas longtemps (pas plus de cinq semaines). Ce qui influe sur les prix de vente au détail. Officiellement, le prix de vente n’a pas été augmenté depuis novembre 2006. Il tourne autour de 1 050 DH la tonne, à Casablanca. Mais cela n’empêche pas la hausse des prix au détail, «au moins 20% plus cher», selon un professionnel.

Le ciment n’est pas le seul matériau concerné par cette situation. A cet égard, Driss Cherrak, également secrétaire général de la FMC (Fédération des matériaux de construction), estime que, pour faire face aux pratiques spéculatives, il y a une seule issue : assurer un approvisionnement continu et régulier du marché. Jalal Charaf, président de l’Association marocaine des industries du béton (Amib), est du même avis. «Difficile de stopper cette spéculation. Mais le rôle des professionnels est de faire barrage à ces pratiques en faisant mieux connaître leur secteur. Je vais vous donner un exemple.

Des promoteurs à Tanger s’approvisionnent à chaque fois de Marrakech alors que des unités de production de différents matériaux sont à proximité, ce qui implique des coûts de revient plus importants. Ceci est de notre faute puisque nous ne faisons pas suffisamment connaître notre industrie», explique-t-il. Pour le président de l’Amib, le marché des matériaux de construction dépend de deux facteurs.

Le premier est en rapport avec la prédominance de structures informelles, non structurées, incapables de gérer la hausse des prix des intrants. Le second se rapporte à la demande importante due aux grands chantiers de bâtiment et de travaux publics. Une situation propice à la spéculation. Résultat : le prix du hourdi est passé de 4 DH à 5,50 DH l’unité en quelques mois, celui du mètre cube de sable de 80 DH à 222 DH. Cette hausse n’a pas manqué de se refléter sur le prix de l’immobilier.

Zoom
Grossistes ou spéculateurs ?
«S’hab al galsa», c’est en ces termes que les professionnels des matériaux de construction les appellent. Ce sont ces semi-grossistes qui achètent au gros du ciment, de l’acier, des granulats, du sable ou encore des hourdis et qui les stockent pendant plusieurs jours voire des semaines.

En temps normal, cela permet de réguler le marché et pour les fabricants de s’assurer des ventes linéaires. Sauf qu’aujourd’hui ces grossistes informels revendent leurs matériaux avec des marges dépassant souvent 20 % alors qu’ils ne font pas plus de 5 % en temps normal.

Idées
Hypermarché des matériaux ?
Une idée nouvelle dans le secteur de la distribution des matériaux de construction au Maroc. Des hypermarchés entièrement dédiés au ciment, granulats, briques, hourdis et autres. La formule fait fureur à l’étranger.
En France, «Point P» fait le bonheur des professionnels du bâtiment alors qu’en Espagne, c’est «La Plata Forma» qui rencontre un grand succès.
Au Maroc, le concept est à l’étude par plusieurs fonds d’investissements. Montant minimum de l’investissement : 500 MDH