La solution BIM loin d’être adoptée dans les chantiers de construction

• Son utilisation est imposée dans les projets des donneurs d’ordre étrangers, au Maroc notamment.
• Le Building Information Modeling (BIM) est limité aux projets de grande taille.
• Le coût d’acquisition du BIM avec ses différentes machines, ainsi que la formation rebutent les architectes et autres professionnels.

L’évolution numérique a rattrapé le secteur de l’immobilier & BTP. Plusieurs avancées ont été enregistrées dans le monde dans ce secteur pour davantage de rapidité, de précision, de collaboration… Les solutions numériques dans le bâtiment s’imposent de fait, parmi lesquelles se trouvent BIM (Building Information Modeling).
Alors que dans des pays développés, la solution BIM est largement adaptée par les professionnels du bâtiment et même imposée dans les chantiers de construction, elle reste loin d’être démocratisée au Maroc. Elle connaît à peine ses premiers pas, à travers quelques projets qui se comptent sur les doigts d’une main, à l’instar du grand théâtre de Rabat, de la tour CFC et d’autres grands projets de taille importante. «En fait, ce sont les opérateurs étrangers qui imposent l’utilisation du BIM dans le cadre du lancement de leurs projets au Maroc. Les professionnels qui ne sont pas outillés sont donc écartés d’office», souligne Karim Sbai, président du Conseil régional des architectes du centre. Il ne s’agit pas d’un logiciel ou d’une norme, encore moins d’une technologie. C’est plutôt une méthode de travail qui permet une interaction entre l’ensemble des intervenants dans un chantier, à savoir les architectes, les géomètres-topographes, les ingénieurs, les bureaux d’études…, autour d’une plateforme collaborative. De toute évidence, la maquette voit le jour au bureau de l’architecte. Elle est ensuite rendue accessible aux différents bureaux d’études dans le but d’être complétée, voire modifiée techniquement. «Il faut savoir que cette nouvelle méthode de faire ne contribue aucunement à assurer davantage de qualité dans le bâti ; mais plutôt à faciliter la communication entre les intervenants, à permettre une rapidité d’exécution et à apporter des modifications en temps réel, lesquelles sont consultées de manière collective», explique Yassine Ben Aïssa, architecte à Casablanca. En effet, le projet, dans sa phase de conception de base, prend autant de temps, qu’il soit réalisé sur papier ou sur ordinateur. Tout l’intérêt de la plateforme d’échange réside dans l’échange de points de vue et d’avis qui suivent cette phase. Dans la pratique, les informations sont capitalisées à chaque étape de ce processus et sont fédérées dans la maquette (calculs énergétiques, dimensionnements chauffage, climatisation, aéraulique, emplacement des équipements, alarmes et sécurité, maintenance…).
Son utilisation entraîne, de facto, une économie de temps et permet ainsi d’éviter les échanges interminables d’emails et le temps d’attente de réponse… Cette économie est estimée selon des professionnels contactés de 1 à 3 mois, en fonction de la taille des projets. D’autant que l’utilisation de cette plateforme ne laisse aucun droit à l’erreur, permet de calculer le coût et les quantités des différents matériaux de construction à utiliser, et aussi de maîtriser le métrage, encore faut-il bien paramétrer son logiciel. En bref, «BIM permet de déceler le problème et de le régler, avant même d’entamer le chantier de construction», explique M.Ben Aïssa.
Si l’utilisation du BIM n’est pas encore généralisée au Maroc, c’est pour plusieurs raisons, dont l’essentielle est liée au coût. «Travailler à travers le BIM nécessite l’acquisition de machines adaptées, qui viennent s’ajouter à l’acquisition de la licence. Cela, sans parler de la formation des architectes qui, elle aussi, reste coûteuse», note M.Sbaï. Tout cela peut coûter en moyenne 70 000 DH. Notre source ajoute qu’«au niveau de l’ordre régional, une vingtaine d’architectes marocains ayant déjà acquis la formation nécessaire à l’utilisation de cette plateforme dispensent des formations aux architectes privés notamment». Toutefois, tous les architectes n’y adhèrent pas forcément. Les intéressés sont notamment les jeunes ou les débutants qui sont à l’affût des évolutions technologiques, branchés TIC et qui maîtrisent les outils informatiques. La génération précédente, elle, ne souhaite même pas y adhérer, préférant continuer à fonctionner avec les méthodes traditionnelles. En tout cas, l’adoption du BIM est limitée aux grands projets et n’a pas encore séduit les promoteurs immobiliers. «C’est une question qui n’est pas du tout d’actualité dans leurs projets, alors que l’importance n’est plus à prouver», conclut M.Sbai.