La SNI se transformera en fonds d’investissement

Ce sera la dernière étape de la stratégie de transformation lancée par Mounir El Majidi en 2002. Après le désengagement des métiers historiques comme l’agroalimentaire, la SNI cible des participations non majoritaires dans des secteurs à  forte valeur ajoutée et les métiers innovants.

Le conseil d’administration de la SNI, réuni dans la matinée du 30 septembre, a acté le départ de son PDG Hassan Bouhemou et la nomination à sa place de Hassan Ouriagli. Le changement à la tête de l’une des plus grosses holdings du pays, ébruité depuis quelques jours, a secoué le microcosme des affaires. Pourtant, le plus gros et le plus important est ce qui va venir dans les prochaines semaines. Car, selon des sources à la SNI, le nouveau patron arrive pour une mission précise et hautement stratégique qui changera complètement la face de la holding et qui consistera ni plus ni moins qu’à la transformer en fonds d’investissement à long terme.
Le principe est simple : la SNI sous sa nouvelle forme prendra des participations, jamais majoritaires, dans des sociétés avec comme optique soit de financer des activités nouvelles à fort potentiel de croissance (capital risque), soit de soutenir des entreprises marocaines innovantes (capital développement).

Avec ces deux optiques en trame de fond, les gestionnaires de la SNI ont pour objectif également de miser fortement sur l’Afrique et sur les secteurs où le secteur privé marocain ne prend pas encore suffisamment de risque.
Si tout cela peut paraître révolutionnaire, en effet, les mêmes sources à la SNI expliquent qu’il ne s’agit en fait que du prolongement naturel d’une stratégie de transformation initiée par Mounir El Majidi il y a presque 12 ans. Une stratégie dont les deux premières étapes ont été conduites justement par Hassan Bouhemou jusqu’en 2014.

Tout a commencé en 2002 quand, à la suite d’un diagnostic profond des activités du groupement ONA-SNI, les gestionnaires de la holding prirent la décision ferme d’opérer une réorientation stratégique des activités du groupe. L’idée phare retenue à l’époque, explique notre source, était que ONA-SNI devait inévitablement jouer un rôle locomotive pour une nouvelle économie du pays et, par conséquent, se désengager des métiers classiques pour des métiers d’avenir et structurants. En première ligne figurait évidemment le pôle agroalimentaire. Mais pour se désengager, «la SNI devait d’abord préparer des métiers nouveaux qu’on a appelé à l’époque les relais de croissance», poursuit notre interlocuteur.

Nouvelle phase, nouveau management

Et c’est dans ce cadre que, concomitamment à la restructuration du capital de ONA, le groupe entreprit d’investir dans de nouveaux champs comme les télécoms, avec Inwi, les énergies renouvelables (Nareva) sans oublier la montée en puissance de la grande distribution (Marjane). Arrive alors 2010. La première étape de la stratégie commence à donner ses fruits et les nouveaux métiers confirment tout leur potentiel en arrivant à maturité. La deuxième étape peut alors être enclenchée : ONA et SNI fusionnent pour laisser place à SNI et, surtout, cette dernière annonce officiellement son désengagement des métiers historiques dans l’agroalimentaire.
Entre 2010 et 2014, SNI cédera alors successivement ses participations dans Lesieur, Centrale laitière et Cosumar. «Hassan Bouhemou a rempli à la lettre et avec succès sa mission», assure-t-on auprès de SNI pour clore le débat et mettre fin aux fausses rumeurs sur les circonstances de son départ. D’ailleurs, le communiqué publié à la sortie du conseil d’administration du 30 septembre est on ne peut plus clair.

Un délai de quatre ans pour achever la transformation

Aujourd’hui, pour le top management de la SNI, conduit par Mounir El Majidi, le plus important donc est de réussir la prochaine étape qui «sera la dernière de sa stratégie de transformation». Une nouvelle phase cruciale que la SNI a donc souhaité démarrer avec un nouveau management. Le PDG, Hassan Ouriagli, devra, à ce titre, finaliser la mise en œuvre de cette dernière étape pour aboutir à la transformation de la SNI en fonds d’investissement à long terme. La tâche ne sera pas de tout repos certes mais le chemin semble être déjà balisé. Le futur fonds d’investissement devra détenir à terme des participations non majoritaires dans des secteurs à forte valeur ajoutée ou dans des secteurs fortement capitalistiques. Cette logique de «participations non majoritaires» est poussée à son bout puisque le management de la SNI n’écarte pas la possibilité de céder à terme une partie de ses participations dans les nouveaux métiers développés à ce jour comme les télécoms, les énergies renouvelables et la grande distribution.

Selon des sources à la SNI, cette dernière a accompagné la transformation de l’économie marocaine ces 15 dernières années et elle devra désormais jouer le rôle de locomotive dans des activités nouvelles et diversifiées. Si aucune précision n’est fournie quant aux secteurs potentiellement ciblés, le top management de la SNI indique qu’il s’agira essentiellement de secteurs non encore suffisamment investis par les entreprises marocaines, soit parce qu’elles n’arrivent pas à lever les fonds nécessaires, soit encore par manque d’audace. Et ce n’est pas tout. La SNI ne se limitera plus au marché domestique puisqu’elle envisage de déployer sa nouvelle stratégie en Afrique aussi, dans la droite ligne de la politique volontariste du Maroc sur le continent. Le 30 septembre, les actionnaires de la SNI ont donné le top chrono au nouveau PDG. Objectif: «Dans un horizon de quatre ans, la SNI doit avoir achevé sa transformation», conclut une source à la holding. Hassan Ouriagli et son équipe, qu’on dit ramassée, aura du pain sur la planche…