La semi-conserve d’anchois, une industrie qui cartonne à l’export

• La profession enregistre une hausse de la demande de 50%, comparativement à l’an dernier.
• Les carnets de commandes pleins jusqu’à la fin de l’année.
• Une filière rémunératrice mais un potentiel pas assez exploité.

La filière marocaine de la semi-conserve d’anchois maintient son rang de leader mondial. Après l’arrêt d’activité en avril et mai derniers en raison des retombées collatérales du confinement, les entreprises du secteur enregistrent une forte demande à l’export. C’est du moins ce qu’avancent les acteurs du domaine. «Nous avons un carnet de commandes plein jusqu’à la fin de l’année», se réjouit Zakaria Oulad, gérant de l’entreprise Soglama, une unité de semi-conserve d’anchois marinés et de congélation de produits de la mer, implantée au port d’Agadir. Les professionnels estiment la demande à l’export en augmentation de 50%, comparativement à la même période l’an dernier. La situation que vivent les unités de production sur le marché européen, en raison de la crise sanitaire, les obligeant à un arrêt de leur activité et à la délocalisation de leur commande au Maroc, serait selon la profession à l’origine de cette hausse conjoncturelle des commandes.
Dans le contexte actuel, pour répondre à la demande, le secteur est très gourmand en main-d’œuvre. Ce qui se traduit par une augmentation des charges, en raison notamment des mesures de distanciation et de transport du personnel. Fort heureusement, cette période difficile coïncide avec une situation favorable en matière de disponibilité de la matière première. C’est en effet une très bonne année en matière de captures, ce qui génère une baisse des prix de la matière première de 30%. «Auparavant, les prix de la matière première étaient entre 10 à 12 DH le kg. Aujourd’hui le kg du produit à l’amont est au prix moyen de 7 à 8 DH», indique Zakaria Oulad. Cette situation accompagnée du regain de la demande à l’export va permettre aux unités de constituer un stock de sécurité.
A l’échelle mondiale, la compétitivité du Maroc repose notamment sur la qualité de sa matière première. A ce niveau la filière dispose, par rapport à d’autres origines, d’un avantage concurrentiel lié à l’espèce (engraulis encrasicolus). Mais, par période, cette matière première à la fois si abondante et si rare n’est pas régulière. Aussi, les grosses unités manquent, suivant les années, d’approvisionnement et sont obligées d’en importer d’Amérique latine, pour honorer leurs commandes. L’activité qui existe au Maroc depuis l’époque coloniale réunit aujourd’hui une vingtaine d’entreprises dont la production est dédiée à hauteur de 95% à l’export. Elle se démarque aussi par sa main-d’œuvre. La filière emploie aujourd’hui près de 15 000 personnes. Des ressources humaines qualifiées car l’activité exige beaucoup de technicité.
Mais l’informel qui marque l’amont est un frein au développement du secteur. «La marchandise n’est pas vendue suffisamment au niveau des criées. 80% de la marchandise valorisée provient de l’informel», souligne un opérateur de la filière. La compétitivité de l’origine Maroc est aussi grevée par d’importantes charges face à des cours du produit qui n’évoluent pas. La hausse des CA n’est en effet pas proportionnelle à celle des charges et la faible diversification des marchés maintient le produit Maroc sous la pression des importateurs européens que sont les moyennes et grandes surfaces étrangères.
La filière reste toutefois très porteuse et offre un potentiel encore sous-exploité bien que les entreprises marocaines travaillent mieux aujourd’hui le produit fini à travers la fabrication notamment de barquettes.
Mais le développement de la filière passe par plus d’investissements dans le domaine. Il faut assurer aussi la relève dans les entreprises du secteur pour pérenniser le savoir-faire et le rang de leader mondial du pays. La rentabilité de l’activité est en tout cas importante. «C’est une industrie fortement rémunératrice», avance le gérant de Soglama. Comparativement aux autres industries de poisson, l’activité semble générer trois fois plus de valeur ajoutée. Selon les derniers chiffres de Morocco Foodex, l’industrie de la semi-conserve de poisson, constituée à plus de 95% de semi-conserve d’anchois, représente, sur le premier semestre 2020, 2% du volume global exporté des produits de la mer et 6% en valeur des exportations globales des produits de la mer. Ce qui représente respectivement un volume de plus de 7000 tonnes et une valeur de plus de 572 millions de MDH. A noter qu’en 2019 le Maroc a exporté plus de 16000 tonnes de semi-conserve de poisson, ce qui a généré plus de 1,36 milliard de DH de CA.