La seconde révolution de la téléphonie

Trois types de licence du fixe seront accordés: boucle locale, transport de téléphonie et connexion internationale.
Les appels d’offres seront lancés au cours du dernier trimestre 2004.

Finalement ce ne sera pas une seconde licence du fixe mais plusieurs. Près de deux ans après l’échec de l’appel d’offres devant consacrer la libéralisation du fixe avec la concession d’une licence globale – que les professionnels du secteur avaient baptisé «IAM bis» -, un nouveau scénario, plus en phase avec la réalité du marché, a vu le jour. Validé, vendredi 9 juillet, par le conseil d’administration de l’ANRT (Agence nationale de réglementation des télécommunications), il devra toutefois être complété par la mise en place d’un cadre réglementaire adéquat.

Trois types de licence, plusieurs opérateurs
Concrètement, la libéralisation du fixe sera réalisée par le lancement de trois types de licence complémentaires.
La première est la licence de boucle locale. Elle permet à un opérateur de venir se greffer sur le réseau fixe existant d’IAM ( à partir d’un commutateur local) pour vendre des minutes de communication à un ensemble de clients situés dans un quartier, un district ou même une préfecture. Détail important : cette fois-ci, l’ANRT a opté pour la neutralité technologique, ce qui veut dire que l’opérateur a la possibilité, s’il le désire, d’installer un réseau radio. Une antenne branchée sur le commutateur et des antennes pour les terminaux téléphoniques chez les clients (voir infographie). A noter enfin qu’il peut y avoir une multitude d’opérateurs de boucle locale.

L’ONCF ou l’ONE pourront devenir des transporteurs de communication
Le second type de licence est celui du transport de communication. Basiquement, l’opérateur titulaire d’une telle licence agit en tant qu’intermédiaire entre opérateurs pour acheminer la voix et les données d’une localité à une autre, permettant ainsi d’offrir une alternative au réseau fixe de Maroc Telecom. Là encore la neutralité technologique est assurée. Ondes radio, liaison satellitaire ou câblée, tous les moyens sont bons. Une révolution qui permettra à des sociétés disposant d’un large réseau (infrastructures alternatives), tels l’ONCF ou l’ONE, de briguer une licence ou de louer l’usage de leur équipement à un opérateur qui aura décroché la concession de licence.
Enfin, troisième type de licence, celui de la connexion à l’international. Elle donne la possibilité aux opérateurs intéressés d’acheminer des minutes de communication du ou vers le Maroc. Pour ce faire, il pourront soit louer l’usage d’un des câbles sous-marins qui lient le Maroc à l’Europe soit établir des liaisons satellitaires. L’opérateur de connexion internationale pourra indifféremment vendre des minutes directement aux clients finaux ou à d’autres opérateurs. Dans tous les cas, cette licence est assortie d’une obligation : celle d’avoir, en parallèlle, une des deux autres. En clair, on ne peut être uniquement un lien à l’international, il faudra aussi être transporteur de communication ou exploitant de boucle locale.
Avec ces trois licences, il faut le dire, c’est à une révolution des télécoms que l’on assistera. Elle consacrera la convergence de la téléphonie et de l’internet puisque aussi bien l’acheminement de la voix que celui des données seront permis. Par ailleurs, et en vue de pouvoir faire jouer les économies d’échelle et avoir des opérateurs suffisamment puissants pour se mesurer à Maroc Télécom, on pourra prétendre, au choix, à une, deux ou même trois licences à la fois.
Reste maintenant les prochaines étapes. Certes, mardi 13 juillet, la loi 55-01 sur les télécoms a été adoptée par le Parlement, mais il reste encore des mesures à prendre. C’est pour cela que les appels d’offres ne pourront être lancés qu’au cours du dernier trimestre de l’année en cours.
Il y a d’abord les leviers de régulation (dégroupage, portabilité des numéros, roaming national) à mettre en place et puis, surtout, un plan national de fréquence à adopter. En effet, la technologie radio étant la moins coûteuse, il est fort probable qu’elle sera la plus prisée, d’où la nécessité d’allouer des plages multiples. Mais, d’ores et déjà, la révolution du fixe est en marche