La restructuration des crédits difficiles, une tendance lourde dans les banques

Les banques consolident les crédits pour éviter le contentieux. Cette méthode permet d’alléger les mensualités et la pression sur les trésoreries en contrepartie d’un coût final pour le client de 15 à 25% en moyenne. Les banques visent à contrôler le risque de contrepartie, assainir les stocks de créances en souffrance et mieux allouer le temps de travail dans la production saine.

La restructuration des crédits est de plus en plus pratiquée par les banques au profit des clients corporate. C’est ce que rapportent plusieurs banquiers, directeurs financiers et experts-comptables. «En 2017, nous avons enregistré un nombre de dossiers de consolidation remarquablement en hausse par rapport aux deux dernières années», confie un directeur de centre d’affaires. Un auditeur senior dans un cabinet des Big Four informe que, depuis 2012, le recours au rééchelonnement des crédits ou à leur renégociation (termes plus exacts que la consolidation, selon lui) s’amplifie notamment à l’initiative de la banque. «La conjoncture difficile qui a mis les trésoreries des entreprises, en grande partie des PME, sous pression s’est naturellement répercutée sur leur capacité à honorer leurs échéances de crédits», explique-t-il. A fin novembre 2017, le volume des créances en souffrance s’est inscrit encore en hausse de 1,1% pour dépasser 63 milliards de DH dont 38,5 milliards rien que pour les difficultés de remboursement des clients Corporate.

Naturellement, ce sont les secteurs qui ont été les plus exposés à la conjoncture économique morose des cinq dernières années qui reviennent le plus dans le discours des banquiers. Ces derniers citent en premier lieu le BTP, suivi de l’hôtellerie et la restauration, le textile, l’immobilier, quelques industries de transformation, le commerce, notamment des articles électroménager, le transport et les services aux entreprises. Il est curieux de voir que, dans les documents d’analyse d’Euler Hermès Acmar, ces mêmes secteurs sont ceux qui concentrent le gros des défaillances depuis 2011. D’un palier de 3000, les cas de défaut se sont inscrits en hausse soutenue pour culminer à environ 7800 en 2017, en hausse de 12% (après +21% en 2016 et +15% en 2015).

«Dans les portefeuilles à risque comptant plusieurs impayés et des défauts de remboursement récurrents, la consolidation est quasi décrétée par la banque. Le client, en situation difficile étant tenu de rembourser ou de voir ses encours transférés au contentieux, n’a pas trop le choix et finit généralement par suivre», nuance le responsable du marché de l’entreprise d’une grande banque. Une source bien informée à la direction générale d’une grande banque confie que désormais les réseaux sont invités à dresser régulièrement des états recensant la clientèle avec des crédits difficiles qui pourraient faire l’objet de consolidation. L’objectif étant de repérer les restructurations à venir, quitte à commencer les négociations avec les promoteurs de l’affaire.

Efforts axés sur une production saine

Cette orientation des banques à consolider les crédits de la clientèle dont le remboursement n’est pas régulier s’explique en premier lieu, selon les banquiers, par des considérations de risque de contrepartie. En invitant l’entreprise à restructurer sa dette, l’établissement bancaire cherche à lui tailler sur mesure une échéance qu’elle peut rembourser sans difficulté tout en annulant l’ensemble de ses crédits antérieurs. Sachant que le montage de consolidation est étudié en tant que dossier de crédit à part entière pour s’assurer du montant de la mensualité qui arrange les finances de l’entreprise en question pour qu’elle ne retombe pas dans le défaut de remboursement. A cela s’ajoute la volonté de la banque d’allouer de façon optimale l’effort de production des équipes. «Au lieu de gérer des encours non sains, la consolidation permet aux équipes de se concentrer sur la production de nouveaux engagements porteurs de valeur à l’établissement», relève le responsable du marché de l’entreprise.

De plus, la course à l’assainissement des engagements démontrée depuis quelques années déjà par l’ensemble du secteur plaide dans ce sens. «Les banques tiennent à traiter le problème par les origines de façon à ne plus avoir à traîner des encours non sains qui compromettent leur ratios d’activité et l’efficacité des équipes au quotidien», analyse le banquier. Un directeur financier d’une PME structurée ajoute que les banques essaient tant que faire se peut d’éviter la mise en jeu des garanties. Dans ce process, elles sont confrontées le plus souvent à des coûts exorbitants et des délais de plusieurs mois, voire des années pour la réalisation définitive des sûretés en leur possession.

Les crédits étalés sur des durées plus longues avec des taux plus faibles

Mais il n’y a pas que les banques qui y trouvent leur compte. Le mécanisme arrange également les entreprises, du moins sur le court terme ! En effet, le fait de restructurer la dette pour ne retenir qu’un seul crédit a l’avantage de l’échelonner sur une durée plus importante et avec un taux plus faible (la banque ayant une durée plus longue pour se rémunérer sur son argent). Par conséquent, le mécanisme diminue de façon très significative les charges mensuelles (ou trimestrielles) de remboursement. D’autant plus que le recours à la technique de consolidation de crédit est possible pour la majorité des types de crédits, par décaissement et par signature, à condition que l’entreprise cliente n’ait pas bénéficié d’un montage similaire sur les dernières années (généralement 5 ans). Autre avantage majeur, émanation du rééchelonnement, est le fait qu’il permet d’avoir un niveau d’endettement dit sécurisant. Cela signifie que l’entreprise recouvre sa capacité d’endettement eu égard à la baisse significative du montant de l’échéance.

De surcroît, la consolidation de crédits est un instrument qui sert à optimiser les budgets dans la mesure où par la réduction substantielle de la part du budget consacrée aux remboursements de tous les prêts antérieurs, elle permet de libérer de l’argent pour d’autres usages.

A cela s’ajoute le fait que la restructuration permet de n’avoir qu’un seul prêt à rembourser. Ce remboursement unique permet la facilitation de la gestion budgétaire. «Cela permet d’unifier le suivi bancaire au lieu de s’éparpiller dans les créances difficiles et les intérêts y afférents parfois à des taux différents, pénalisant la trésorerie des PME», souligne l’auditeur. Un bémol toutefois, la restructuration qui étale le crédit sur une durée plus longue alourdit automatiquement le coût de sortie du financement. D’après les estimations recoupées des banquiers et directeurs financiers sondés, il se renchérit en moyenne de 15 à 25%.