La rentrée, Ramadan…, comment ils font pour bien entamer la reprise

Certains rentrent une semaine avant les collaborateurs pour bien se mettre dans l’ambiance.
Pour d’autres, la reprise est sous le signe de la remobilisation : réunions avec les commerciaux, recadrage des objectifs…

Après les vacances, la reprise. Remettre les machines en marche, faire le point avec les équipes, recadrer les objectifs pour les mois qui restent de l’année…, pas toujours facile de trouver rapidement le rythme. Mais cette année, l’exercice est doublement difficile du fait que la rentrée coïncide avec Ramadan, un mois connu pour être une période de ralentissement de productivité. Comment font-ils pour bien démarrer la nouvelle saison ? «La Vie éco» a posé la question à quelques patrons et managers.

Hammad Kessal, DG de Ryan «Je m’inquiète plutôt de la réactivité des clients»

Durant les congés, mon entreprise tourne un peu au ralenti car la moitié des effectifs est absente. Mais nous programmons toujours les vacances en fonction de la production et Ramadan qui coïncide avec l’été ne nous gêne pas outre mesure puisque les fruits secs que nous vendons entrent dans une période de sous-consommation.
Mon premier réflexe de retour de congé est de m’inquiéter de mon courrier non  électronique. Puis, je tiens sans attendre des réunions avec mes commerciaux et mes cadres financiers, histoire d’avoir une photographie de l’entreprise. Après avoir évalué mon carnet de commandes et mon état d’approvisionnement, je prends le temps de rendre visite à mon banquier pour faire le point sur les dépassements et les rejets éventuels et de lui demander de revoir mes plafonds au besoin.  Je m’informe également de l’état de la concurrence et j’appelle souvent mes amis pour renouer le contact et m’enquérir de l’état du marché.
Pour ce qui est du Ramadan, je le prends pour ce qu’il est : un mois de recueillement et d’introspection. Je dois reconnaître que j’ai moins de problème pour rappeler à l’ordre mon personnel, c’est plutôt l’environnement qui m’inquiète. En effet, la clientèle a plus de difficulté à faire preuve d’anticipation.

Abdelali Fahim, DG de Intellia «Je reviens plus serein pour mieux booster l’entreprise»
La période de congé est pour moi sacrée et je prends un réel plaisir à m’en délecter car cela me permet de revenir plus serein pour mieux booster l’entreprise et revoir les stratégies à mettre en place. Le problème d’un patron de PME est que durant toute l’année il est submergé par la partie opérationnelle. C’est au retour que j’ai une grosse capacité d’écoute pour échafauder les moyens de récompenser les plus méritants.
J’attaque également l’autre partie du travail qui consiste à suivre les projets. Je reçois aussi longuement que possible l’équipe dirigeante, un par un d’abord pour m’informer et débloquer certaines situations restées en attente. Comme je gère directement l’aspect commercial, il suffit de plonger dans mes dossiers pour en savoir assez. Par ailleurs, comme cette période coïncide avec le mois sacré. C’est avec l’environnement de l’entreprise que je suis confronté à un vrai «dépaysement» si j’ose dire. Curieusement, c’est à cette période que les partenaires et les clients ont le plus de mal à respecter leurs engagements, en rejetant la responsabilité sur… Ramadan.

Marc Thépot, DG Accor Maroc «Je ne décroche jamais totalement»

Je n’arrive jamais à me déconnecter complètement de l’entreprise pendant mon congé. Je continue à recevoir du courrier électronique et des nouvelles des hôtels dont les taux d’occupation sont, au demeurant, excellents, avec une moyenne de 65 %. Je suppose que je ne dois pas être un cas isolé. Cette absence de rupture complète a du bon car on ne revient pas subitement dans le bain.
Dès le premier jour de la rentrée, je porte un soin particulier à m’informer spécialement de l’état des hôtels en construction car nous sommes en pleine période d’expansion. Bien entendu, cela impose de regarder de près la trésorerie et de se concerter avec les banquiers pour éviter toute anicroche. Pour le reste, je m’attache à rencontrer les différents membres de l’équipe dirigeante, soit pour être au courant de la marche des choses, soit pour prendre des décisions que je dirais «collectives».
S’agissant de Ramadan, il faut reconnaître que la performance baisse. Pour atténuer les effets, nous avons opté pour des horaires de travail adaptés. Il n’empêche, je me plais à accepter cette «réalité culturelle et cultuelle».

Adil Bennani, DG Toyota  du Maroc «Le retour de congé doit s’inscrire dans la continuité de la stratégie adoptée»
L’été est un moment de creux relatif dans notre métier, ce qui ne m’empêche pas de m’inquiéter des ventes dès mon retour de congé. La comparaison du chiffre d’affaires avec la même période de l’année précédente ou des années passées ou même avec celui des confrères donne une idée de ce qui se passe. La rentrée est aussi le moment de faire le point sur les réalisations à mi-parcours, d’affiner les prévisions pour ce qui reste de l’exercice, de maintenir ou corriger le calendrier des manifestations ou des promotions, selon les résultats du moment… Ce qui fait que le retour de congé n’est pas seulement une simple reprise mais doit s’inscrire dans la continuité de la stratégie adoptée, je veux dire qu’il ne s’agit pas de gérer les urgences, c’est-à-dire se risquer à prendre des décisions intempestives ou qui peuvent s’inscrire en faux par rapport  aux objectifs de départ.
Par ailleurs, je prête une attention particulière aux marges et à la correction de tendance pour que les ventes ne se ralentissent pas. Je souligne que sur les 400 personnes de l’entreprise, les deux tiers prennent leur congé en été. Il se trouve que depuis quelques années, Ramadan coïncide avec la rentrée, mais je dois dire que, pour moi, ce mois sacré n’altère que peu la performance du personnel.

Khalida Azbane, DG de Azbane «Le retour ressemble comme deux gouttes d’eau au premier jour de l’année»
J’ai pris l’habitude de rentrer une semaine avant mes collaborateurs, ce qui me permet de me remettre plus rapidement dans l’ambiance du travail. Quand le gros du personnel est de retour, j’ai déjà préparé un programme de travail. J’ai aussi regardé de près la trésorerie, jeté un œil attardé sur les bons de commandes et  la situation des ventes et commencé la programmation du reste de l’année. En un mot, pour moi, ce retour ressemble comme deux gouttes d’eau au premier jour de l’année et c’est le moment de voir toutes les lampes témoins pour avoir la visibilité sur ce qui reste de l’année et au-delà. Toutefois, il faut regarder les choses avec un certain détachement et non pas être tenté de remettre en question la stratégie choisie.
Par rapport à Ramadan, j’ai deux parades. La première est que j’ai mis sur place une équipe de trois personnes, dédiée à la préparation des repas pour ceux qui travaillent au moment du f’tour. Ce qui donne à l’entreprise un air de famille pendant toute cette période. Pour le reste, moi-même et l’équipe dirigeante mettons un point d’honneur à arriver au moins à l’heure, si ce n’est légèrement avant. Cela s’appelle donner l’exemple».

Mohamed Abdeljalil, DG de Marsa Maroc «La délégation me permet d’être moins débordé»
Je n’ai pas de programmation particulière. Je continue à gérer l’entreprise presque dans les mêmes conditions que le reste de l’année. Bien sûr, il y a un léger moment de fièvre au moment de la reprise car, souvent, certaines urgences peuvent surgir. Il faut dire que je suis servi par le fait que je délègue la gestion courante à un directeur adjoint, tout en restant joignable à tout instant pour régler des problèmes d’ordre stratégique. Heureusement que cela n’arrive pas tous les jours et que les autres responsables ont mandat pour gérer le quotidien, même quand je suis là. Bien entendu, de retour de congé, je m’informe de la situation commerciale et financière pour anticiper sur les grandes décisions de l’année. Mais je dois dire aussi que j’ai toujours quelques idées à mettre en place en matière de ressources humaines.En fait, un patron d’entreprise ne quitte son entreprise que physiquement car il continue à revoir et à «visiter» virtuellement les grands dossiers. En ce qui concerne Ramadan, il faut reconnaître qu’il entraîne en général une perte de performance. Mais il n’affecte en rien ni notre stratégie ni notre compétitivité.