La réforme du système de formation des infirmiers met le feu aux poudres

Le nouveau texte prévoit que le cursus de trois ans des instituts de formation des cadres de la santé sera couronné par une licence et que les lauréats auront le droit de s’inscrire en master. Les protestataires veulent que cette possibilité soit offerte aux lauréats des années passées pour leur permettre de faire évoluer leur carrière.

Après les médecins qui ont observé plusieurs arrêts de travail durant ces dernières années, c’est au tour des infirmiers d’exprimer leur mécontentement au ministère de la santé. Depuis le début de l’année, les étudiants et les lauréats des Instituts de formation des cadres de la santé (IFCS) ont organisé quatre débrayages ainsi que des sit-in devant le ministère de tutelle, ses délégations régionales et le CHU de Rabat. Motif de ces actions: l’équivalence scientifique et administrative. «C’est notre principale réclamation. Nous avons déjà sensibilisé le ministère de la santé, nous avons aussi demandé une rencontre avec le ministre mais pour l’instant nous n’avons aucune réponse», déclarent les représentants du Comité national de coordination des étudiants et lauréats des IFCS.

Quelle est la situation actuelle des lauréats des IFCS? Leur cursus de formation théorique et pratique d’une durée de trois ans est couronné par un diplôme d’Etat d’infirmier. Ce qui leur permet de passer le concours annuel organisé par le ministère et par les CHU pour un poste d’infirmier polyvalent ou spécialisé. Le concours réussi, ils commencent leur carrière avec un statut de l’échelle 9 et un salaire de 5 100 DH. Mais un nouveau système est instauré à partir de cette année par le décret 2-13-658 du ministère de l’enseignement supérieur. «Ce décret réforme le système d’enseignement des infirmiers qui est désormais organisé en modules et permettra, une fois le cursus terminé, aux étudiants d’avoir une licence avec la perspective de s’inscrire dans des masters», explique le comité qui ne manque pas de réclamer «une uniformisation du système». Autrement dit, les diplômés d’avant 2014 doivent également bénéficier du titre de licencié (échelle 10), pouvoir faire des masters spécialisés et une revalorisation de 900 ou 1 000 DH du salaire. Ils demandent en quelque sorte la rétroactivité du texte.

Le ministère de la santé estime que le dossier relève de la compétence de l’enseignement supérieur

Le ministère de la santé ne souhaite pas s’exprimer sur ce dossier. Un responsable se contente juste de souligner que l’équivalence relève du ministère de l’enseignement supérieur. Pourtant, les IFCS sont rattachés au département de la santé et doivent former les infirmiers d’Etat destinés à travailler dans les hôpitaux, les centres de santé et les centres hospitaliers universitaires.

Pour des syndicalistes, «le ministère de la santé est le ministère de tutelle du corps des infirmiers et se doit donc de régler ce dossier, sachant que les besoins du secteur public en infirmiers est important». A en croire le Comité national de coordination des infirmiers, des étudiants et lauréats des IFCS, 9 000 lauréats sont aujourd’hui au chômage. Les concours du ministère et des CHU, qui ont lieu les mois d’avril et juillet de chaque année, permettent le recrutement d’environ 2000 lauréats. Or, chaque année, les 24 IFCS existant au niveau national forment en moyenne 3 000 infirmiers (polyvalents et spécialisés), sages-femmes, techniciens statisticiens et kinésithérapeutes. Leur recrutement se fait essentiellement dans le secteur public qui enregistre actuellement un déficit de 9000 infirmiers, mais certains d’entre eux, notamment ceux qui n’ont pas pu réussir au concours, s’adressent au privé. Il s’agit principalement des sages-femmes et des infirmiers anesthésistes-réanimateurs. Selon le comité de coordination, 1 600 lauréats de 2013 et 400 de la promotion de 2012 sont restés sur le carreau après les concours des deux années concernées.

Les dirigeants préviennent que la contestation ne fait que commencer. Après les quatre grèves observées courant février 2014, il est prévu d’autres arrêts de cours et de stages. Et peut-être même une grève illimitée. Objectif : faire entendre leur voix et ouvrir le dialogue avec le ministère de la santé. «C’est notre ministère de tutelle et il doit nous écouter et discuter avec nous», dit-on au comité. En d’autres termes, les infirmiers ne veulent pas avoir affaire au ministère de l’enseignement supérieur. Un autre dossier chaud pour El Hossein El Ouardi qui est déjà, et ce depuis son arrivée au ministère de la santé, sur plusieurs fronts. Affaire à suivre.