La recherche biomédicale toujours en attente des décrets d’application de la nouvelle loi

La communauté scientifique dénonce ce retard qui bloque le lancement de nouveaux essais cliniques. La procédure d’autorisation retenue est trop lente par rapport à ce qui se passe en Europe et aux USA.

Adoptée en mai 2015, la loi sur la recherche biomédicale n’est toujours pas appliquée, faute de décrets d’application. La communauté scientifique dénonce ce retard qui pénalise la recherche scientifique et surtout défavorise le Maroc au niveau international. Qu’en est-il sur le terrain ?

Si les professeurs chercheurs tablaient sur le dépôt de 15 projets par an, aujourd’hui, il est difficile d’avancer un chiffre étant donné que le ministère de la santé ne dispose pas d’une banque de données spécifique. «Des dossiers sont certes déposés à la commission du ministère de la santé en vue d’une expertise, mais il ne s’agit pas forcément de nouveaux dossiers. Le dépôt date d’il y a quatre ou cinq ans», avance Farid Hakkou, professeur chercheur directeur du Centre d’éthique de Casablanca. Il y aurait environ 16 dossiers dont une grande partie relève de la recherche biologique et physiologique et non pas de la recherche biomédicale concernant le médicament. Or, c’est ce volet qui, de l’avis des chercheurs, constitue une bonne opportunité pour le Maroc. Selon les dernières statistiques, en 2015 une enveloppe de 115 millions de dollars a été consacrée au financement des tests sur les humains et les animaux pour le développement de médicaments. On retiendra aussi que 20 000 essais sont en cours dans le monde. Mais, malheureusement, le Maroc n’a pas eu sa part du gâteau. Et ceci en raison du retard pris dans l’entrée en vigueur de la loi. Mais pas seulement. Selon le professeur Hakkou, «la loi devrait être mise à niveau car la procédure d’autorisation retenue est trop lente».

Les sociétés d’essais marocaines tournent au ralenti

Le texte dispose que tout projet de recherche scientifique doit faire l’objet d’une demande d’autorisation délivrée par le ministère de la santé. Après instruction de la direction du médicament et de la pharmacie et avis de la direction de la réglementation, le dossier est transmis à la commission chargée de l’octroi des autorisations. Une procédure qui peut durer jusqu’à douze mois ou même plus. «Un délai trop long alors que dans les pays de l’UE et aux USA le délai varie respectivement de 45 à 27 jours!», souligne le professeur Hakkou. Le Maroc n’est donc pas compétitif. Preuve en est que plusieurs CRO (Contract Research Organism), des sociétés qui réalisent sous contrat des travaux de recherche pour le compte de laboratoires pharmaceutiques, viennent prospecter au Maroc mais ne signent aucun contrat. On retiendra également que les 4 ou 5 CRO nationales tournent au ralenti.

Aujourd’hui, le seul espoir pour changer cette donne, estime Farid Hakkou, «est l’activation de l’écosystème des essais cliniques dans le cadre du contrat programme signé il y a deux mois par l’AMIP. Il devrait favoriser un environnement propice à l’arrivée de CRO étrangères et dynamiser la recherche biomédicale au Maroc».