La recette de Japan Tobacco International pour le marché marocain

Les Winston et Camel commercialisées au Maroc sont fabriquées dans l’usine de Dagmersellen, une petite ville de la Suisse Alémanique. Les emballages destinés au marché marocain sont fabriqués par des fournisseurs allemands. Le processus de production est entièrement automatisé.

Le monde entier s’accorde à dire que la Suisse est le pays du chocolat et de l’horlogerie. Mais depuis quelques décennies déjà, elle est devenue sans doute le paradis des opérateurs du tabac. La preuve, le poids économique de l’industrie du tabac y est considérable. Sa contribution en 2014 s’élève à 6,5 milliards de francs (près de 6,3 milliards d’euros), soit 1% du PIB de la Suisse (selon le rapport du cabinet KPMG 2014). Cette industrie génère également 13000 emplois. Dans ce sens, il est utile de rappeler que pour des raisons à la fois historiques, fiscales et juridiques, les sièges internationaux des trois plus grandes multinationales du tabac, Philip Morris International à Lausanne, British American Tobacco dans le canton de Zoug, et Japan Tobacco International à Genève, se situent en terre helvète. D’ailleurs, le géant japonais numéro 3 mondial du tabac a inauguré son tout nouveau siège mondial en 2015. Un immense bâtiment en verre de 25 000 m², situé Place des Nations dans le quartier genevois des organisations internationales, à quelques centaines de mètres du siège régional des Nations Unies et de celui de l’Organisation mondiale de la santé. Ce siège regroupe désormais près de 1000 employés de l’entreprise qui étaient dispersés sur trois sites.

Le tiers de la production destiné à l’export vendu au Maroc

A l’instar des deux autres géants mondiaux du tabac, JTI ne se contente pas d’activités administratives en Suisse. L’opérateur japonais a son usine depuis 1970 à Dagmersellen, qui est aujourd’hui un fabricant majeur de cigarettes pour JTI.

Dagmersellen est une petite ville de la Suisse alémanique située à 280 km de Genève. Cette commune de 4 000 habitants se distingue par son positionnement géographique au centre de la Suisse et sa proximité des croisements des autoroutes entre le sud et le nord du pays. JTI a repris l’usine en 1999 après avoir racheté les opérations internationales de l’opérateur américain RJ Reynolds, créateur des deux marques phare du groupe japonais, Winston et Camel.

A proximité de la gare de Dagmersellen, l’usine JTI est construite sur un site de 41 hectares. Elle est constituée d’un bâtiment administratif qui regroupe 115 employés ainsi que d’une unité de production où travaillent 185 salariés. Cette usine équipée de machines très sophistiquées fabrique annuellement près de 10 milliards de cigarettes. «80% des quantités produites sont destinées à l’export», explique le management. La part écoulée sur le marché marocain est estimée à 33,75%, soit 2,7 milliards de cigarettes. Sur ce volet, il est à souligner que la Suisse est le seul pays européen ou les lois autorisent de produire des cigarettes plus fortes que celles conçues en Europe (dosage en nicotine et goudron). En revanche, cette production est destinée uniquement à l’export, principalement vers des pays où la composition du tabac n’est pas réglementée. Ce qui est le cas pour le Maroc.

Neuf analyses sont effectuées durant le processus de fabrication

A l’entrée de l’usine, un grand dépôt de stockage est installé. Cet espace regroupe toute la matière nécessaire à la fabrication des cigarettes. Ce dépôt abrite également près de 1 600 emballages fabriqués par des fournisseurs, en France, Italie, Allemagne et Australie. En effet, bien que les marques distribuées aux quatre coins du globe soient presque les mêmes, les emballages diffèrent d’un pays à l’autre. Ils changent en fonction de la réglementation, du positionnement marketing du produit… Les emballages destinés au marché marocain sont pour rappel fabriqués par des fournisseurs allemands.

A quelques mètres plus loin de l’espace de stockage se situent, juste devant le couloir menant à la salle de production, des caisses remplies des principales variantes de tabac composant l’American Blend, le mélange de tabacs le plus populaire au monde (Virginie, Burley et l’Oriental), sont exposées. Ces feuilles de tabac sont traitées dans l’un des centres de traitement de JTI qui sont au nombre de 5 à travers le monde. La première étape de la chaîne de production consiste en la préparation du mélange, puisque le pourcentage spécifique de chaque tabac varie d’une cigarette à l’autre. Une fois le mélange effectué, le tabac est mis dans un ventilateur pour l’humidifier avant d’être découpé. Durant cette étape, le niveau du sucre baisse. D’où son rétablissement dans une phase suivante. Le mélange est ensuite découpé très finement avant d’être séché.

Durant ces différentes étapes, des échantillons sont prélevés et analysés dans le laboratoire de l’usine car «la qualité des produits est la devise de l’opérateur dans le monde», souligne le management. Pour cela, au minimum neuf analyses sont effectuées durant le processus de production. Après l’étape du séchage, le tabac est dispatché sur les machines de roulage (l’usine possède 12 lignes de production) grâce à des pipes.

Cette usine est totalement automatisée. Les salariés assurent uniquement la programmation et la supervision de la bonne marche des machines. Une ligne et demie de production est réservée exclusivement aux marques Winston et Camel commercialisées au Maroc. Ces machines ont une capacité de production allant de 12 000 à 14 000 cigarettes par heure. Une fois roulées, les cigarettes passent ainsi à l’étape de l’emballage et de l’étiquetage des timbres fiscaux avant d’être stockées et acheminées vers le marché marocain.