La qualité de l’enseignement, un souci majeur en ville comme en campagne

L’ordre des priorités change mais les principales préoccupations sont les mêmes.
.L’accès aux soins en première ligne dans les régions de Fès-Boulemane, Meknès-Tafilalet, Souss-Massa-Draࢠet Tadla-Azilal. Paradoxe, le pouvoir d’achat suscite un peu moins d’inquiétude.

Se loger correctement, avoir un emploi, se soigner, se déplacer facilement et trouver une bonne école pour ses enfants. Que l’on soit dans une grande ville ou dans un patelin reculé, ces besoins qui revêtent un caractère fondamental sont en tête sur la liste des préoccupations des Marocains. Le baromètre La Vie éco/Egenvalue, qui couvre cette fois-ci toutes les régions du Maroc, change cependant légèrement de direction quand il s’agit de l’ordre de ces préoccupations. Habituellement, comme lors de la précédente enquête de juin 2014 consacrée exclusivement à Casablanca, l’emploi vient invariablement en tête. Pour une fois, il s’affiche en troisième position avec 37,3% des personnes interrogées qui l’ont cité en premier lieu. Les hommes et les femmes ont une opinion à peu près similaire sur ce point.
Cette évolution peut en partie être expliquée par l’effet de dilution provoqué par l’élargissement de l’échantillon aux zones rurales où la perception du chômage n’est pas la même qu’en ville. Quand bien même les occupations y soient précaires et généralement peu rémunératrices, le taux de chômage relevé par les enquêtes du Haut commissariat au plan (HCP) y est beaucoup plus bas qu’en milieu urbain. Le repli de la question de l’emploi découle aussi d’une montée de l’intérêt ou, pour être plus exact, de l’inquiétude suscitée par l’enseignement et l’accès aux soins qui arrivent en première et deuxième position. Ils sont respectivement 39% et 38,7% des sondés à avoir cité ces deux sujets comme leur premier souci. On s’aperçoit à ce niveau que le contexte temporel, à l’instar du spatial, est déterminant dans l’état d’esprit des populations. Rappelons à cet égard que quand des cas, réels ou supposés, d’agression avaient semé l’émoi à Casablanca, la sécurité des biens et des personnes avait fait un grand bond dans l’ordre des préoccupations. Il en fut de même avec le pouvoir d’achat, lors du baromètre de juin dernier, au moment où le débat sur le contrat programme Etat/ONEE devant entraîner une hausse des tarifs pour une partie des clients faisait rage. Ce sujet est d’ailleurs relégué très loin, 12% seulement de l’échantillon le citent en premier. Ce qui ne veut surtout pas dire que le faible niveau de l’inflation a calmé la contestation.  
L’enquête ayant été effectuée en novembre, c’est-à-dire juste après la rentrée scolaire, le classement de l’enseignement au sommet des priorités n’est donc pas une surprise. Parents et jeunes apprenants devaient encore s’interroger sur la qualité de l’école et de la filière choisie et sur les opportunités d’emploi offertes en bout de parcours. Aussi bien en ville qu’en campagne, l’enseignement reste un sujet de préoccupation majeur. Nombreuses sont les personnes relevant des catégories socioprofessionnelles inférieures, les C et D notamment, qui continuent de croire fermement que l’école, quoi qu’on en dise, sert toujours d’ascenseur social. Dès lors, ils n’hésitent pas à sacrifier leurs maigres ressources pour multiplier les chances de réussite de leurs descendances. Mais quand on évoque la qualité de l’enseignement, c’est surtout le secteur public qui est ciblé. Malgré des séries de réformes initiées par les ministres qui se sont succédé depuis des années, rien n’y fait. Les résultats restent médiocres s’ils ne se détériorent pas tout bonnement. C’est donc un gros chantier sur lequel les décideurs publics devront impérativement mettre le paquet en prenant en considération qu’il ne sert à rien d’avoir une élite au top et un vide dans les échelons en dessous.

Les dangers de la route ne laissent plus indifférents

Le même cri d’alarme est lancé pour la santé que l’on retrouve même aux premières loges dans les régions de Fès-Boulemane, Meknès-Tafilalet, Souss-Massa-Draâ et Tadla-Azilal. L’inquiétude grandit à mesure que l’on monte dans l’âge. Le logement (26,4% en première citation) et le transport (25,3%) ferment le top cinq des préoccupations.

Il est évident que c’est dans ces domaines que l’Etat doit mettre le curseur dans ses politiques publiques. Ces soucis des populations sont mis en évidence moins pour vitupérer la faiblesse des résultats obtenus jusque-là que pour exhorter l’Etat à faire preuve de plus de sagacité dans ses choix.
Des actions efficaces doivent aussi être poursuivies en matière de sécurité routière. La prise de conscience des dangers encourus à chaque déplacement s’amplifie (23% des personnes enquêtées classent ce problème en première position ; 22% dans le grand Casablanca contre 5% en juin). Pas seulement à cause des accidents mortels enregistrés tous les jours, mais surtout parce que la police (en périmètre urbain) et la gendarmerie (sur les routes) se montrent beaucoup plus sévères que par le passé. Comme quoi, la politique du bâton porte aussi ses fruits. Tout comme la sensibilisation qui a été efficace dans la libération de la parole à propos de la corruption (19% l’inscrivent à la première place). La dénoncer, n’est-il pas le meilleur moyen pour la circonscrire ?
Les autres sujets de débat comme la place de la femme dans la société, la famille et l’égalité des chances sont relégués au second plan, victimes certainement du faible écho donné aux récriminations émises dans certains cercles associatifs. La question de la femme reste de surcroît étouffée par le facteur culturel malgré quelques avancées. Le Maroc, comme toute société en mutation, ne pourra cependant pas échapper à l’approfondissement des débats sur ces sujets qui participent aussi au bien-vivre ensemble.