La province de Berkane met en valeur sa filière agro-industrielle

L’arboriculture est prédominante dans cette province située dans une région à  fort potentiel agricole. Le développement du goutte-à -goutte, l’extension des superficies, le rajeunissement des vergers et l’amélioration de la productivité sont les principaux chantiers de l’heure.

Du 24 au 27 janvier dernier, la province de Berkane a vécu à l’heure de ses premières «Comices agricoles», manifestation destinée à accompagner le plan agricole régional et érigée par ses organisateurs (Province, Conseil régional, Agence de développement de l’Oriental, Direction régionale de l’agriculture et Association d’animation économique, sociale et culturelle de la province) comme une véritable fête des agriculteurs. Il ne s’agissait pas seulement d’une fête pour cette province mais pour tout l’Oriental qui présente un riche potentiel agricole.

Cette région produit en effet des céréales, de la betterave, des fourrages. L’arboriculture (agrume, olivier et amandier) y est très développée. Sans compter les hauts plateaux où l’élevage dispose de quelque 3 millions d’ha de parcours. Toutes ces potentialités constituent un atout indéniable. Le plus intéressant est que chaque zone qui la compose se différencie de l’autre, d’où des possibilités de spécialisation favorables à l’essor de l’agriculture qui constitue la locomotive du développement de la région même si les pouvoirs publics essaient de développer les pôles de croissance, notamment en incitant les investissements dans le tourisme dans la province de Berkane (station de Saïdia).

Le programme d’économie de l’eau réalisé sur 65% des superficies retenues

Ainsi, on retrouve les cultures sous serres dans les provinces de Nador et de Berkane, les grandes cultures, principalement dans les provinces d’Oujda et de Taourirt ainsi que sur le haut plateau pour les provinces de Figuig et de Jerada. La région est également connue pour ses cultures destinées à l’exportation. L’exemple le plus éloquent est celui de la clémentine de Berkane, connue internationalement pour sa qualité et destinée principalement aux marchés européen et russe.

Toutefois, l’infrastructure agro-industrielle est inégalement répartie. Elle est concentrée à 80% dans les provinces de Berkane, Nador et Taourirt. A titre indicatif, 20 stations de conditionnement sont localisées aux alentours de la province de Berkane. On retrouve la quasi-totalité des silos pour les cultures céréalières et betteravières dans celle de Nador et toute l’infrastructure pour l’olivier, dont des usines de trituration modernes, est centralisée dans celle de Taourirt. Il y a donc matière à faire pour réduire les distorsions. Mais les préoccupations de l’heure concernent, entre autres, le développement du goutte-à-goutte, l’extension des superficies, le rajeunissement des vergers et l’amélioration de la productivité.

A cet égard, les projets d’économie de l’eau prévus sur des superficies potentielles comprises entre 20 000 et 25 000 hectares sont réalisés à 65%. Un grand programme d’intervention et d’encadrement qui va permettre d’améliorer la productivité et la compétitivité des produits locaux, surtout lorsqu’ils sont destinés à l’exportation, est en cours. Il faudra cependant penser à mieux sécuriser les débouchés. «Pour la partie commerciale chacun a son rôle à jouer. Nous, en tant que développeurs, essayons de faire connaître aux gens l’ensemble des enjeux, des marchés et des exigences», précise Abderrahmane Naïli, directeur de l’ORVAM.

Sur ce volet commercial, des agriculteurs se font encore des soucis, surtout après la concession au privé des terres de la Sogeta-Sodea. «Cette opération a été faite au détriment du petit agriculteur qui s’est vu obligé de céder sa production au prix et aux conditions fixées par les grands groupes de la région», déplore Najib Bachiri, agriculteur de son état et président de l’association «Homme et Environnement» pour la promotion de la production biologique.

Des problèmes, évidemment, il ne peut pas en manquer. Le plus important est de chercher à y remédier. Et des rencontres comme les «Comices agricoles» permettent aux uns et aux autres d’échanger des idées et de débattre clairement sur des points précis.

Valorisation des produits du terroir

Dans cette quête d’une meilleure organisation et de l’efficacité, la région de l’Oriental dans son ensemble n’est pas seule. Depuis une vingtaine d’années, elle entretient un partenariat très poussé avec la région de Champagne-Ardenne. Le rendez-vous de Berkane a été «une occasion pour la région française de réitérer son appui et illustrer de manière concrète les réalisations qui ont été faites dans le domaine agricole», déclare Abderrahim El Khantour, responsable du pôle relations internationales à la direction des affaires européennes et internationales pour la région de Champagne-Ardenne. Sont cités à titre d’exemple la labellisation d’un certain nombre de produits de terroir dont la clémentine de Berkane qui a eu son Indication géographique protégée (IGP) grâce à ce partenariat. Il en va de même pour le mouton de Beniguil et la datte de Aziza à Figuig. La région de l’Oriental a été la première avec celle d’Agadir à bénéficier de cette labellisation au Maroc.

L’autre exemple à citer dans le cadre de la coopération entre les deux régions est la mise en place de l’Observatoire agricole régional, premier en son genre dans une région au Maroc qui aide à faire de la prospective au niveau de la déclinaison du Plan Maroc Vert pour aider les élus à prendre des décisions et permettre aux techniciens d’avoir des statistiques et de la visibilité sur la politique agricole au niveau régional.