La promotion des investissements change de modus operandi

. La restructuration de l’AMDI est devenue nécessaire face à  la baisse de la part de marché du Royaume dans les IDE mondiaux . Les efforts de promotion des investissements à  l’international relèveront dorénavant des ambassades . L’agence veut démarcher 20 grands projets, de type Renault ou Bombardier, dont 5 à  concrétiser sur les quatre prochaines années.

Le Maroc compte s’y prendre autrement pour attirer les investisseurs. Une grande restructuration est en cours au sein de l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDI). Validée par son conseil d’administration du 23 décembre 2014, la nouvelle architecture de l’organe de promotion des investissements vient d’être dévoilée par Hamid Ben Elfadil à la CGEM, dans sa première sortie après investiture il y a environ sept mois. «Il s’agit d’une transformation radicale qui veut repositionner cette structure, en clarifier le rôle et en optimiser l’impact», affirme-t-il.

Plusieurs constats ont rendu ce changement nécessaire aujourd’hui. Déjà, le marché des investissements privés à l’international est devenu très concurrentiel. En deuxième lieu, bien qu’ils augmentent dans l’absolu, la part de marché du Maroc dans les IDE est sur une tendance baissière depuis quelques années et est parmi les plus faibles en Afrique du Nord et dans la région Mena. «Sur les cinq dernières années, une moyenne de 100 milliards de DH a été drainée en guise d’investissements privés. Le Maroc souhaite dépasser ce volume en améliorant son attrait aux investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers», ajoute M. Ben Elafdil. De plus, cette restructuration entend bien positionner le Maroc parmi les destinations à potentiel sur un marché d’investissement caractérisé par l’hégémonie des fonds souverains. «Sur les 25 leviers qui attirent l’investissement et qui sont répertoriés dans la pratique internationale, l’AMDI n’est aujourd’hui présente que sur trois», déplore le patron de l’agence.

Concertation avec les différents départements ministrériels

Concrètement, tout a été revu au niveau de l’AMDI, tant sur le plan de l’organisation et des ressources que sur celui des process et de la démarche. Dorénavant, cette entité aura une offre de services destinée à répondre à un besoin précis chez une cible bien déterminée. «Nous n’allons plus chercher des investissements dans tous les sens. Nous allons concentrer nos efforts sur les départements ministériels avec lesquels nous allons conclure des contrats en leur proposant des prestations à la carte selon leurs besoins», explique M. Ben Elafdil. Ainsi, les ministères seront les premiers clients de l’AMDI dans la nouvelle configuration. Par exemple, dans la santé, l’habitat ou l’environnement, l’action de l’AMDI consistera à recueillir les besoins en investissements, donner les outils d’analyse et de veille pour ces ministères pour avoir une visibilité sur les investisseurs potentiels et les benchmark internationaux, aider dans le démarchage et la concrétisation des projets. Selon le management de l’agence, plusieurs ministères ont récemment adressé des courriers à l’AMDI lui notifiant leur accord dans le cadre de cette nouvelle formule.

Cela dit, pour les secteurs à agence dédiée, à l’instar du tourisme (SMIT), l’agriculture (ADA) ou les hydrocarbures (ONHYM), l’action de l’AMDI se fera en concertation avec ces agences sectorielles déjà en place.

A l’international, les antennes de l’AMDI à Paris, Madrid, Francfort, New York et Dubaï vont dépendre des ambassades. Le dispositif humain et financier sera entre les mains des ambassadeurs qui seront appelés à valider chaque année des plans d’action pour les opérations à effectuer chacun dans son pays. «Le ministre des affaires étrangères, présent lors du dernier conseil d’administration de l’AMDI, a approuvé cette initiative», informe M. Ben Elfadil.

En parallèle, l’AMDI amorcera un changement organisationnel inspiré des pays les plus avancés en matière d’attrait des IDE (Canada, Malaisie, Turquie). Ainsi, la structure sera plus légère et plus efficace. «L’AMDI n’a pas été créée pour être une administration à côté de l’Administration, nous devons avoir les réflexes du privé même avec les contraintes du public», confie le DG.

Dans le même registre, un département est prévu pour prospecter selon le marché, type et origine de l’investisseur souhaité. Des business unit suivront également au jour le jour les opérations de prospection déjà menées et feront des reportings pour les départements ministériels associés.  

A ce titre, d’après le management de l’AMDI, un plan de prospection est déjà ficelé. Il ambitionne de démarcher 20 grands projets (de type Bombardier et Renault) dont cinq à concrétiser sur les quatre prochaines années, sachant qu’il faut compter 2 ans en moyenne entre la première rencontre d’un prospect et le moment où il fait part de sa volonté de commencer effectivement les démarches.

L’investisseur national sera considéré de la même manière que l’étranger

«Le fait que ma première sortie publique se fait chez la CGEM renseigne sur la place de choix qu’occupe l’investisseur national dans ma vision et celle de l’agence», confie Hamid Ben Elfadil au début de sa présentation. Pour lui, il y a un seul marché d’investissement privé à travers le monde et le paramètre de la nationalité n’y est pas le plus déterminant. D’ailleurs, le Dg fait remarquer que les besoins de l’investisseur étranger sont quasiment les mêmes que ceux formulés par les nationaux, d’après une enquête de l’AMDI.

A cette différence près : les nationaux veulent être considérés de la même manière que les étrangers. Doléance à laquelle l’AMDI consacrera des actions concrètes pour les prochaines années. Le management de l’agence promet ainsi de mettre l’investisseur national au centre de ses actions. Notons que 55% des projets agréés par les commissions d’investissements sur les quatre dernières années sont nationaux.