La Poste innove pour parer au tassement du courrier traditionnel

Messagerie, mailing, estimation des tarifs : l’offre entreprise sera le
moteur de la croissance.
De 811 MDH en 1998, le chiffre d’affaires de Barid Al Maghrib est passé
à 1,12 milliard en 2002.
Pour décongestionner les guichets, un réseau de GAB est en cours
d’installation.

Depuis sa création en 1998, par la loi 24-96, qui consacrait la séparation de la Poste et des télécommunications, on peut dire que Barid Al-Maghrib (BAM) a fait beaucoup de chemin pour devenir un établissement public moderne et structuré. Heureusement, pourrait-on dire, car la tendance internationale est au recul du courrier traditionnel et le Maroc commence à être touché par ce reflux provoqué par les nouvelles technologies (fax, mail, téléphonies). Certes, la mutation de la Poste marocaine s’est faite loin des projecteurs, non seulement parce que ceux-ci étaient davantage braqués sur le secteur des télécoms, mais aussi en raison d’une culture d’entreprise qui cultive la discrétion. Les chiffres aujourd’hui montrent un développement de l’activité marqué par les nouveaux services. Pour ne se référer qu’au seul chiffre d’affaires, celui-ci a connu une croissance de 45 % entre 1998 et 2002, soit en moyenne 9 % par an. De 811 MDH en 1998, il est passé à 1,12 milliard en 2002. Cette performance a pu être réalisée grâce à l’engagement de l’établissement dans des projets structurants après qu’il ait été doté, en 1998, de l’autonomie financière.

Messagerie rapide en joint-venture
En effet, en août 2001, Barid Al-Maghrib a investi le créneau de la messagerie rapide internationale en créant une joint-venture avec Chronopost France SA, «EMS Chronopost International Maroc» dont il détient 66 % du capital, les 34 % restants étant détenus par le partenaire français. Au niveau national, la branche messagerie a aussi été développée par le lancement en septembre 2002 de la gamme «Amana», composée de trois produits (Express, Iltizam et Imtiaz) pour le transport rapide d’objets avec, pour les produits Iltizam et Express, la possibilité d’un suivi électronique de l’envoi.
Mais BAM ne veut pas s’arrêter là. Pour anticiper l’évolution d’un secteur de plus en plus concurrentiel, l’entreprise a une dizaine de projets en chantier, les uns pour l’amélioration des services existants, d’autres pour se positionner en tant qu’acteur majeur sur le marché du courrier, de la messagerie.
Le premier de ces projets est appelé courrier hybride. Il consiste pour BAM à se positionner comme «intégrateur» dans le domaine du courrier pour les gros clients, en s’occupant de l’édition de leur mailing, de son routage, de sa mise sous pli et de sa distribution. Le projet est déjà testé en interne pour les CCP. Nul doute que le créneau est très prometteur. Ceci d’autant que BAM réalise actuellement un projet complémentaire, «Adresse Pro», qui n’est autre qu’une base de données des adresses qui permettront aux entreprises de lancer des actions de marketing direct. Dans la même lignée, «Info Centre Analytique» , déjà opérationnel, se charge de la collecte de l’information qu’il analyse et centralise dans une base de données appelée «Warehouse». La création d’un call center pour le conseil des clients et le traitement de leurs doléances est aussi prévue.
Par ailleurs, BAM est en train de développer son système dit de e-tarification pour répondre, nous dit-on, aux besoins des commerçants et permettre aux clients de calculer les tarifs à payer et de connaître les délais de livraison, entre autres.

Une plate-forme pour le traitement du courrier et des colis à Nouaceur
D’une manière générale, BAM est en train d’investir dans le créneau du e-commerce. On en veut comme preuve l’étude de faisabilité qui a été lancée pour l’implantation d’une plate-forme de traitement et de logistique du courrier et des colis dans la technopole de Nouaceur, à proximité de l’aéroport Mohammed V. Ce centre offrira un service intégré allant de l’entreposage à la livraison à domicile en passant par la préparation des expéditions et la gestion des stocks pour le compte de ses clients.
Sur le plan de la monétique, on aura constaté que BAM est en train d’installer tout un réseau de GAB (guichets automatiques) dans certains bureaux de poste stratégiques. Ainsi, 58 guichets, dont 10 déjà en service, ont été installés durant l’année 2003, nous ont confié les responsables, ce qui contribuera sans doute à décongestionner les bureaux de poste même si, sur ce chapitre aussi, BAM réfléchit aujourd’hui à la mise en place d’un système de gestion des files d’attente.
En 2003, 175 bureaux de poste ont été informatisés, soit au total 685 bureaux, couvrant 95 % de l’activité. Cette informatisation a concerné en même temps les comptes chèques postaux (CCP) et la Caisse d’épargne nationale (CEN), grâce à l’installation du réseau «Baridnet» qui permet de gérer tout le système d’information de la Poste et dont les services seront incessamment étendus à la téléphonie et à d’autres services à valeur ajoutée, en plus de ceux qui ont été créés ou développés récemment. A l’évidence, BAM est en train de devenir une entreprise moderne, tout en continuant d’assurer sa mission de service public dans les coins les plus reculés.


La bancassurance aussi

Les services financiers de Barid Al-Maghrib procurent à l’entreprise plus du tiers de son chiffre d’affaires annuel qui connaît une progression régulière et soutenue. Ainsi, les trois compartiments principaux de cette activité que sont les comptes de chèques postaux (CCP), la Caisse d’épargne nationale (CEN) et le traitement des mandats ont représenté globalement 37 % du chiffre d’affaires en 2002, contre 34% en 2001 et 30% en 2000.
Les CCP totalisent aujourd’hui 600 000 comptes, soit un encours de 3,5 milliards de DH, alors que la Caisse d’épargne à elle seule totalise des encours de 8 milliards de DH pour 1 800 000 comptes sur carnet. Ce sont aussi 14 millions de mandats nationaux et internationaux qui transitent annuellement par les bureaux de la Poste qui a noué pour l’international des partenariats avec plusieurs opérateurs dont UPU, Western Union, Eurogiro, etc.
Au niveau de la monétique, si la Poste vient tout juste de démarrer son activité avec une dizaine de guichets en activité à Rabat et Casablanca, le premier semestre 2004 verra l’entrée de 60 guichets supplémentaires dans 15 villes à travers le territoire, avec l’objectif déclaré d’avoir 300 guichets d’ici à 2006, et l’équipement, à cet horizon, d’une partie de la clientèle CCP de cartes guichets, soit 400 000 porteurs.
La Poste se lancera incessamment aussi dans l’activité de change manuel avec un démarrage dans 14 villes, privilégiant dans un premier temps les zones d’activité touristique et de concentration des MRE.
Par ailleurs la Caisse d’épargne est en train d’étendre, avec le concours de la CDG, sa gamme de produits d’épargne, et à développer des activités de bancassurance. A cet effet, BAM a été intégré au sein du code des assurances promulgué en 2002, et a obtenu son agrément en novembre 2003, et les résultats de l’étude pour le lancement de cette branche sont attendus pour juin 2004.