La police à l’affût des annonces frauduleuses en ligne

La police judiciaire a enregistré 378 affaires de fraude par internet entre le 1er janvier 2018 et le 20 octobre 2019. 64 affaires concernent des fausses annonces publiées sur les sites d’annonces gratuites. Sur Avito, 5 000 annonces sont rejetées par jour grâce à la modération, 5 annonces frauduleuses sont publiées mais retirées en aval.

Une simple recherche en ligne pour louer un appartement ou acheter un véhicule d’occasion peut exposer le consommateur à la fraude. Tellement le phénomène s’est développé ces derniers temps. Pourtant, le nombre des annonces frauduleuses, comparé au nombre que traite la police judiciaire, demeure infime. Entre le 1er janvier 2018 et le 20 octobre 2019, les services de la police judiciaire ont enregistré 378 affaires de fraude et escroquerie par internet, selon les chiffres qui nous ont été fournis par le laboratoire des analyses des traces numériques. 64 affaires, parmi les 378 citées, concernent des fausses annonces publiées sur les sites d’annonces gratuites. Chez Avito, site d’annonces gratuites des plus prisés au Maroc, les modérateurs suppriment environ 150 annonces frauduleuses publiées par mois, environ 1800 annonces annuellement. Le site enregistre par ailleurs un taux de refus des annonces soumises pour publication de 20%, ce qui correspond à 5 000 par jour, sur les 25 000 annonces modérées. «La modération manuelle et automatique nous permet de filtrer les annonces, mais 5 annonces frauduleuses sont publiées quotidiennement malgré cela. Nos équipes arrivent à les détecter et à les supprimer en fin de compte», précise Yassine Ziyad, directeur produit chez Avito, qui revendique six millions de visiteurs annuellement. Le décalage entre les annonces frauduleuses publiées et ce que traite la police est donc énorme.

Un environnement propice aux infractions

Pour ce qui est de la recrudescence des fraudes sur les sites marchands et d’annonces gratuites, c’est un fait. «Les services de la police marocaine ne cessent d’enregistrer de plus en plus de plaintes qui concernent des fraudes sur ces sites. Généralement, les fraudes se terminent par le vol, l’usurpation d’identité, les paiements sur de faux sécurisés et l’utilisation frauduleuses de cartes bancaires», précise Marouane Hejjouji, commissaire divisionnaire, chef du Laboratoire d’analyse des traces numériques (LATN) de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). C’est donc un phénomène qui ne cesse de se développer «et qu’il faut mettre dans le contexte global de la cybercriminalité au Maroc», comme le souligne M. Hejjouji. Ce contexte se caractérise, du point de vue de la police judiciaire, par la recrudescence des affaires liées à la cybercriminalité. En effet, l’environnement électronique a évolué de manière à permettre à la fraude de se propager, malgré les moyens mis en place pour y remédier. Pour Marouane Hejjouji, plusieurs éléments ont facilité ce phénomène. «L’usage de plus en plus considérable des réseaux sociaux et le développement du paiement et du commerce électronique ont contribué à créer un environnement où les infractions de toute sorte, notamment à caractère financier et économique, se multiplient», poursuit le chef du LATN.

En dehors des victimes des fraudes, il y a un autre effet négatif indéniable : l’atteinte à l’image et à la réputation. Celle-ci peut se répercuter sur les bénéfices, puisqu’elle engendre de la méfiance qui peut parfois s’avérer fatale pour les sites marchands et d’annonces gratuites.

La DGSN contre les cybercriminels

La DGSN n’a pas attendu longtemps avant de créer des entités spécifiques de lutte contre la cybercriminalité, tant au niveau central que dans les services déconcentrés. A la Direction centrale de la police judiciaire, un service spécialisé en cybercriminalité et un laboratoire d’analyse des traces numériques ont été créés. Un office national de la criminalité liée aux nouvelles technologies a vu également le jour. Il se charge de diriger les enquêtes à l’échelle nationale, La DGSN a mis en place 29brigades spécialisées dans la lutte contre la criminalité numérique et quatre laboratoires régionaux d’analyse des traces numériques, où travaillent des ingénieurs de formation. Sur le plan logistique, les standards mondiaux exigent un minimum d’outils d’investigations, surtout les solutions technico-légales. «La DGSN est à jour», nous confirme M. Hejjouji.

L’arsenal juridique en place est composé de plusieurs textes de loi. Cette réglementation concerne des domaines aussi divers que les crimes informatiques, les transactions électroniques, la protection des données personnelles, la poste et télécommunications, l’audiovisuel, la propriété intellectuelle, le commerce électronique, la protection des consommateurs et même le terrorisme. Au-delà de son caractère transversal, la fraude en ligne peut être également transnationale. Ainsi, le Maroc a ratifié la convention de Budapest sur la cybercriminalité, une des législations les plus modernes en matière de lutte contre la cybercriminalité. Tout cet arsenal appuie «le mécanisme dont le Maroc s’est doté pour lutter plus efficacement contre le fléau de la cybercriminalité», souligne Marouane Hejjouji.