La plus faible croissance depuis 16 ans sera réalisée en 2016

Le PIB a augmenté de 1,7% au premier trimestre, de 0,5% au deuxième, il ne dépasserait pas 1% et 0,8% respectivement au troisième et au quatrième. Le déficit extérieur redevient plus important, l’amélioration du solde budgétaire se poursuit. Perte nette d’emplois sur les trois premiers trimestres.

Il faut remonter à 1999 pour trouver un niveau de croissance plus faible (+1,1%) que celui de 2016 (1,5% selon les dernières estimations du HCP). Pour l’instant, les résultats confirmés concernent les premier et deuxième trimestres, avec respectivement une augmentation du PIB de 1,7% et 0,5%. Pour les troisième et quatrième trimestres, le même HCP, dans sa dernière note de conjoncture, estime la hausse de l’activité à 1% et 0,8% respectivement. 2016 est, à cet égard, une année à vite oublier.

C’est vrai que ce fort ralentissement de l’activité est lié dans une assez large mesure à la contre-performance du secteur agricole (33,5 millions de quintaux de céréales contre 115 millions pour la campagne précédente), mais les secteurs non agricoles, notamment le secondaire, n’ont pas pu atténuer les effets de cette mauvaise conjoncture du secteur primaire. Si bien que la valeur ajoutée hors agriculture au deuxième trimestre n’a progressé que de 2% contre 1,4% au premier trimestre, soit, à peu de chose près, les mêmes taux de progression enregistrés au cours des périodes correspondantes de 2015. Ce qui confirme, si besoin est, que l’agriculture, quoi qu’on en pense, demeure encore une activité prépondérante, à tout le moins dans l’évolution du principal agrégat qu’est le PIB. Il faut rappeler à ce propos qu’au deuxième trimestre de cette année, sans les impôts nets de subventions, la valeur ajoutée globale, c’est-à-dire tout simplement la croissance des activités économiques, a été négative (-0,2%). Et au premier trimestre, son augmentation n’a été que de 0,9%.

Faiblesse de la demande étrangère adressée à l’économie marocaine

Mais dans cette évolution plutôt morose de l’activité, il faut y voir non seulement l’impact du fort repli du secteur primaire, mais également la faiblesse de la demande étrangère adressée à l’économie marocaine, dans un contexte de modération du commerce mondial. Tout en restant positive (+2,5% au troisième trimestre), elle est légèrement moins soutenue qu’au deuxième trimestre (+2,7%), selon les estimations du HCP, et encore moins par rapport à sa tendance de long terme (autour 4% entre 2010 et 2015). Le résultat de cette évolution apparaît très nettement dans les comptes extérieurs. Après une amélioration continue depuis 2013 (au point de ramener le déficit courant de 9,5% du PIB en 2012 à 1,9% en 2015), la situation commence à s’inverser depuis le début de cette année. Le rythme des importations s’accélère et celui des exportations ralentit.

Sur les dix premiers mois de l’année, en effet, les importations de biens et services ont augmenté en valeur de 28,5 milliards de DH à 362,7 milliards de DH (+8,5%), alors que les importations n’ont crû que de 2,7% ou 7,5 milliards de DH à 279,15 milliards. C’est ainsi que le solde de la balance commerciale, qui était déficitaire de 62,6 milliards en 2015 à la même période, accuse cette année un déficit de 83,55 milliards de DH, soit une aggravation de 33,6% (près de 21 milliards de DH de plus). Du coup, le taux de couverture perd 4,3 points en revenant de 81,3% à 77% entre les deux périodes, selon les données de l’Office des changes.

Heureusement que les importations de produits énergétiques ont fortement baissé (-21,7% ou -12,2 milliards de DH), autrement le déficit commercial aurait été encore plus élevé. Et justement, pour 2017, la situation pourrait changer en ce qui concerne l’énergie, puisque le prix du pétrole est en train de remonter, certes légèrement. Avec la baisse du plafond de production de l’OPEP et même de gros pays hors OPEP comme la Russie, le prix de l’or noir risque de grimper à 55 ou 60 dollars le baril, ce qui ne serait certes pas énorme, mais tout de même…Ceci pour souligner l’importance de redynamiser les exportations, afin de parer aux fluctuations des cours des matières premières. Pour le moment, le secteur automobile, pour ce qui est des exportations de biens, continue sa progression, réalisant une croissance de 11,6% à 45,2 milliards de DH sur les dix premiers mois de l’année. Les exportations de phosphates et dérivés, elles, ont baissé de 13,2% à 32,7 milliards de DH, mais à la décharge de cette activité, elle dépend principalement de la demande mondiale. Les services, structurellement excédentaires, ont eux réalisé une progression de 4,9% (+5,9 milliards) sous l’effet notamment de la hausse des recettes de voyages (3,9% à 55,4 milliards de DH).

Le déficit courant au premier semestre de 2016 dépasse le total de l’année 2015

Sous cette configuration, le déficit de la balance des transactions courantes s’est fortement creusé sur les six premiers mois de l’année (les seules données disponibles à ce jour). En effet, le déficit courant au premier semestre de 2016, qui s’établit à 23,6 milliards de DH, dépasse celui réalisé sur l’ensemble de l’année 2015 (et qui était de -21,14 milliards de DH). C’est dire le revirement qui s’opère à l’échelle de ce compte extérieur. D’ailleurs, le HCP, dans son Budget économique exploratoire 2017, où il actualise ses chiffres pour 2016, estime que le déficit courant en 2016 devrait s’aggraver légèrement, en passant à 2,4% du PIB au lieu de 1,9% en 2015.

Au regard de cette évolution, et compte tenu de la baisse du flux des investissements étrangers directs (-26% à 19,1 milliards de DH), les réserves internationales restent malgré tout à un niveau confortable : 249,7 milliards de DH au 2 décembre 2016, soit une progression de 12,9% par rapport à la même date de 2015, selon les statistiques de Bank Al-Maghrib (BAM). Ce montant, précise BAM, couvre 7 mois et 5 jours d’importations de biens et services.

Sur le front des finances publiques, en revanche, le ralentissement de l’activité ne semble pas avoir eu un impact significatif. Les recettes ordinaires du Trésor ont augmenté de 6,6% à 178,3 milliards de DH et les dépenses de même nature de 3,6% à 169,53 milliards de DH, selon les indications du ministère des finances (et pas de la Trésorerie générale du Royaume). Il en résulte un solde ordinaire excédentaire de 8,8 milliards de DH. Avec une hausse des investissements de 12% à plus de 48 milliards de DH, d’un côté, mais un solde comptes spéciaux du Trésor excédentaire de 5,84 milliards de DH de l’autre côté, le déficit budgétaire global à fin octobre ressort à 33,4 milliards de DH au lieu de 32,9 milliards de DH à la même période de 2015. C’est donc presque une stagnation du niveau du déficit. Et comme le PIB courant devrait augmenter de quelque 3,2% au terme de l’année, le déficit budgétaire devrait se situer à hauteur de 3,4% ou 3,5% du PIB, comme cela est prévu par le gouvernement.

Au total, malgré une croissance économique des plus faibles sur les seize dernières années, les finances extérieures affichent certes un léger revirement tout en restant à un niveau soutenable, mais les finances publiques continuent de s’améliorer. Avec la maîtrise du déficit budgétaire, la dette du Trésor plafonne à 641,7 milliards de DH sur la première moitié de 2016, dont 495,14 milliards contractés sur le marché domestique. Le taux d’endettement du Trésor devrait, ce faisant, légèrement se replier au terme de l’année 2016 pour se situer à moins de 64% du PIB. Bien sûr, la dette extérieure des établissements publics, elle, est en augmentation, elle dépasse même celle (externe) du Trésor, mais comme elle est contractée pour financer des investissements, elle correspond, en théorie du moins, aux recettes de demain… 

Malgré ces indicateurs relativement corrects, compte tenu de la conjoncture à la fois interne et externe, le marché de l’emploi, lui, ne paraît pas suivre cette dynamique. Après une perte de 13 000 emplois nets puis 26 000 respectivement au premier et au deuxième trimestre, l’économie nationale en a de nouveau perdu 73 000 au troisième trimestre. Par secteur d’activité, l’agriculture, forêt et pêche a perdu 66 000 emplois, l’industrie 44 000 et les services 15 000. Cela fait un total de 125 000 emplois perdus. C’est finalement grâce au BTP, qui a créé 52 000 emplois, que le solde net retombe à 73 000 postes perdus. Et si malgré tout le chômage a baissé au troisième trimestre (comme d’ailleurs au deuxième), aussi bien en valeur absolue (-64 000 chômeurs) qu’en proportion de la population active (9,6% au lieu de 10,1% un an auparavant), c’est tout simplement parce que cette population active a elle-même baissé de 1,1%, ce qui représente une sortie du marché du travail de 131 855,4 personnes. Cette question est assurément le talon d’Achille de l’économie marocaine. Mais si le constat est vite fait, le remède, lui, n’est pas évident…