La pêche au poulpe reprendra le 15 juin… et la polémique continue

La pêche dans la zone dite « B », du 22e parallèle à Lagouira, ne reprendra que le 1er juillet.
Pour les opérateurs, le plan en vigueur depuis 2004 n’a pas eu
d’effets
L’actuel plan d’aménagement
reconduit, mais les pouvoirs publics promettent de prendre en compte les critiques
des professionnels.

Le ministère des pêches maritimes a tranché en décidant de prolonger la période de repos biologique concernant la pêche au poulpe. Les bateaux qui devaient reprendre lamer le 1er juin ne le feront que plus tard et en deux étapes.A partir du 15 juin sera ouverte à  la pêche la première zone dite « A » (entre Boujdour et le 22e parallèle) couvrant 80 % de l’espace maritime concerné par la pêche au poulpe. Les 20 % restants, la zone « B », qui s’étend du 22e parallèle à  Lagouira, seront ouverts le 1er juillet 2007. En effet, le poisson dans cette zone n’a pas atteint l’âgemature. «Les caractéristiques biologiques du poulpe dans cette région ne permettent pas les sorties des bateaux de pêche plus tôt», expliqueMohamedTarmidi, secrétaire général du ministère.

Les mesures n’ont pas été appliquées à  tous les segments

Cette décision, prise vendredi 11 mai, précède de quelques jours la journée d’étude entre professionnels de la pêche au poulpe et département de tutelle, prévue mercredi 16mai.A l’ordre du jour, un nouveau plan d’aménagement pour remplacer celui arrivé à  expiration en avril dernier. «Nous ne pouvons pas parler de nouveau plan au sens propre du terme puisque le précédent n’a pas de date limite d’exécution.On peut dire qu’il est toujours en vigueur». Cette précision deM.Tarmidi met fin à  des semaines de polémique depuis la fin de la précédente campagne de pêche, le 12 avril dernier. Les professionnels, qui s’attendaient à  une nouvellematrice, avaient beaucoup critiqué le retard pris dans son élaboration.

Mais le «nouveau plan» ne sera pas complètement conforme à  celui qui a été en vigueur les quatre dernières années, sachant que «les critiques formulées par les professionnels seront prises en compte », souligne le secrétaire général. Et les critiques, les professionnels en ont à  la pelle. Ils dénoncent le fait qu’une seule des douze mesures initialement concernées, l’instauration d’un quota de prise, a été appliquée. Ce que confirme Abderrahmane El Yazidi, secrétaire général du Syndicat national des officiers et marins de la pêche hauturière. Ce dernier revient sur la philosophie ayant présidé à  l’élaboration de ce plan d’aménagement. «L’idée était de circonscrire l’effort de pêche dans des endroits déterminés.Auparavant, à  part les bateaux hauturiers céphalopodiers, les seuls qui avaient une licence de pêche à  zone précise (NDLR : de Boujdour à  Lagouira), les autres types d’embarcations pouvaient pêcher o๠bon leur semblait». Et d’ajouter : « Trois années plus tard, cet effort n’a abouti à  rien puisque les mesures prises n’ont pas été appliquées à  tous les segments ». Pour rappel, ce plan d’aménagement avait pour objectif d’instaurer un système de quota individuel de poulpe par bateau, le tout réparti sur les trois segments d’activité à  hauteur de 63%pour le segment hauturier, 11 % pour le côtier et 26 % pour l’artisanal.

3 500 barques artisanales toujours opérationnelles dans le Sud au lieu des 2 500 prévues par le plan

par Rachid Benkirane, président de l’Association de professionnels de la pêche hauturière (Apapham), mais pour d’autres raisons. «Pendant trois années,nous avons appliqué à  la lettre les dispositions de cette matrice, élaborée sans véritable concertation avec les professionnels. Nous nous sommes rendu compte qu’elle ne s’appliquait qu’au segment hauturier. » En outre, le plan prévoyait aussi un appui de l’Etat à  l’armement hauturier pour la reconversion d’une partie de cette flotte dans des pêcheries autres que le poulpe et la crevette. «Il n’en est rien», avance Rachid Benkirane. Seule mesure qui a satisfait les hauturiers, le quota individuel par entreprise transférable d’un navire à  un autre de la même société.

Quant aux professionnels de la pêche côtière, pointés par les autres composantes du secteur, ils ne semblent pas non plus satisfaits des trois années d’application du plan d’aménagement du poulpe.Mohamed Bazzine, président de l’Union des associations de pêche côtière du Sud, explique l’impact de la restriction de l’effort de pêche, surtout pour les bateaux des provinces du Sud ( 70 pour le port de Laâyoune par exemple). Les 300 bateaux qui disposent de licences de pêche au poulpe étaient interdits de sortie en mer en même temps. «Le nombre ne devait pas dépasser 100 en plus d’une limitation de la zone.Donc,chaque fois qu’un arrêt de pêche était décrété, les bateaux du Sud rentraient au port alors que les autres bateaux côtiers remontaient au Nord pêcher d’autres espèces», expliqueMohamed Bazzin. «Ces bateaux ont été autorisés à  pêcher au Sud sans que cela ne soit notifié sur leur licence.En plus, ce roulement de 100 bateaux est contraire à  l’objectif du plan de permettre à  la ressource de se régénérer», conclut-il.

Troisième segment concerné par ce plan, la pêche artisanale. Sur ce point, il était prévu une réduction du nombre de barques de 7 000 à  2 500.Trois ans plus tard, elles sont encore 3 500 à  pêcher le poulpe dans la zone Sud. «Un millier de licences a été octroyé pour des raisons politiques», explique un professionnel.

Toutes ces critiques et ces défaillances seront prises en compte par le département de tutelle, promet son secrétaire général. En attendant, il ne reste que trois semaines avant le début de la campagne. Seront-elles suffisantes pourmettre au point un plan de pêche responsable et plus soucieux de la préservation de la ressource ?