La moitié des bidonvillois ont été relogés en six ans

A fin 2010, 187500 unités avaient été réalisées, dont 22 800 restent vacantes par refus des bidonvillois de s’y installer. Il faudra réaliser 136 626 unités pour atteindre les objectifs.

Sur les 326 000 ménages recensés comme faisant partie de la population des bidonvilles, 164 700 ménages ont été recasés depuis le démarrage effectif du programme Villes sans bidonvilles en 2005 et qui devait prendre fin en 2012. A deux ans de cette échéance, on est donc à un taux de réalisation de 50%. Il faut toutefois souligner que 187 500 unités (logements ou lots de terrain) ont été réalisées à fin 2010. La différence provient du fait que 22 800 unités restent vacantes. «Certaines familles refusent de quitter le bidonville, arguant que leurs fils qui ont fondé une famille doivent bénéficier du programme», souligne Mme Fatna Chihab, directrice de l’habitat social au ministère en charge du secteur.
Pour atteindre les objectifs de ce programme, il faudrait maintenant produire 136 626 unités supplémentaires – sur l’effectif initial, 1 874 ménages ne sont plus comptabilisés car ils sont inscrits sur d’autres programmes spécifiques. Il faudrait aussi, et surtout, convaincre les populations concernées d’accepter les critères d’attribution. En effet, en plus des ménages non recensés qui exigent un toit, certains bénéficiaires n’apprécient pas les nouveaux logements ou la formule proposée.
Par exemple, les appartements sont souvent boudés car cette formule incite généralement les foyers à recourir aux crédits Fogarim avec un engagement jugé coûteux et lourd compte tenu du niveau de revenu. Par contre, les lots de terrain sont très convoités puisqu’ils répondent plus ou moins aux besoins de ces familles qui sont souvent nombreuses. De plus, cette approche a l’avantage de permettre aux ménages de trouver un partenaire financier qui se charge de la construction des logements en contrepartie de l’occupation d’un étage de la maison. Les ménages ont aussi la possibilité de vendre des logements au prix de 300 000 à 400 000 DH alors que leur contribution n’a pas dépassé les 25 000 DH. Il s’agit donc d’un raisonnement purement spéculatif.

66% des ménages ont bénéficié de lots de terrain

Il n’est donc pas étonnant que 66% des ménages ayant bénéficié du programme de relogement aient reçu des lots de terrain, alors que 16% ont bénéficié de la restructuration qui consiste à permettre aux ménages de construire, conformément à certaines conditions, des maisons sur le même site, lorsque le foncier appartient à l’Etat. Généralement, on procède à l’aménagement de voies de circulation à travers le site pour faciliter la mobilité. Une partie de la population est relogée dans des appartements loin des sites objet de l’opération de résorption. «La tâche est souvent difficile car il faut convaincre les gens dont les baraques doivent être rasées selon le plan de restructuration que les logements qu’on leur propose sont largement meilleurs», souligne Mme Chahid.
Quant au relogement dans les appartements hors site du bidonville, il a profité à 18% des ménages. L’on remarque que cette approche sur laquelle on a tablé initialement pour absorber un grand nombre de ménages n’a pas connu le succès escompté. En fait, cette formule s’est avérée peu appréciée par les populations concernées pour des raisons socioculturelles. Beaucoup jugent les logements trop étroits par rapport à la taille de leur famille ou ne veulent pas résider dans une cité. Mais il y a aussi un autre facteur qui a été à l’origine du refus de déménager : l’enracinement de la population dans ces sites. Il en est ainsi des bidonvilles historiques qui ont plus de 40 ans d’existence comme ceux de Carrières centrales et Bachkou à Casablanca, El Garâa et Al Koura à Rabat. «Les personnes qui ont vécu quatre ou cinq décennies dans ces endroits ont du mal à les quitter», explique Mme Chihab. Cela devient plus difficile encore lorsqu’on propose à cette population d’aller dans des sites situés à l’extérieur de la ville alors qu’elle habite le centre-ville. C’est le cas du Grand Casablanca qui compte le plus grand nombre de refus, soit 11 278 ménages qui n’ont pas intégré les 22 800 unités proposées. Marrakech vient en deuxième position avec 1 770 ménages récalcitrants, suivie de Rabat-Salé et Kénitra avec respectivement 1 567 et 1 443 ménages. Il faut dire aussi que souvent ces ménages ont des activités professionnelles informelles dans les environs du bidonville quand ce n’est pas des activités commerciales en son sein même.

Le déficit de terrains complique la mise en œuvre

En dépit de ces difficultés, la cadence de réalisation du programme s’accélère. Plusieurs chantiers de construction et d’aménagement de lotissements portant sur un total de 39 900 unités sont ouverts. Et l’achèvement de ces projets est prévu en 2011. On aura ainsi atteint un taux de réalisation de 70% si d’ici là on arrive à résoudre le problème des 22 800 unités non occupées.  Ensuite, les promoteurs du programme auront alors à caser 98 400 ménages. Ils travaillent actuellement sur la réalisation de 55 400 unités qui «font l’objet d’études entre les différents partenaires concernés», souligne Mme Chihab.
Avec tout cela, le sort de 42 326 ménages demeure problématique. Pour le moment, ils n’ont pas été programmés par manque de visibilité. La principale difficulté est liée au foncier. Les promoteurs du programme ont du mal à mobiliser des terrains, soit à cause de leur rareté soit parce que le coût d’acquisition est élevé. Parfois, l’occupation des sites d’accueil et la lenteur des procédures administratives bloquent également l’apurement des assiettes foncières.
Par ailleurs, sur les ménages qui posent encore problème, plus de la moitié est concentrée dans le Grand Casablanca, soit précisément 23 568 ménages. Si l’on comptabilise les 11 278 ménages qui n’ont pas encore déménagé, l’effectif des foyers bidonvillois dans le Grand Casablanca s’élève à 34 846. Il faut dire que malgré tout, la capitale économique est revenue de loin car ses bidonvilles abritaient 98000 ménages, soit, à l’origine, 30% du total. Aujourd’hui, les promoteurs du programme d’éradication des bidonvilles dans cette région comptent encore réduire la proportion des ménages vivant dans ces endroits malsains.

Carrières Centrales et Bachkou bientôt de vieux souvenirs de Casablanca

Mieux, les bidonvilles historiques que sont Carrières Centrales et Bachkou seront bientôt un vieux souvenir. «On a traité 6 000 ménages de Carrières centrales, soit 68% de sa population qui ont été transférés vers un nouveau lotissement intégré qui compte 37 équipements collectifs, à la nouvelle ville de Lahraouiyine. De même, on a apuré le dossier des deux tiers des 1 825 ménages de Bachkou», précise Mourad Amil, inspecteur régional de l’Habitat pour le Grand Casablanca. Ce dernier promet ainsi que «ces deux grands bidonvilles seront supprimés définitivement en avril prochain».
Après un retard notoire, notamment en raison de blocages entre administrations, l’apurement du problème des bidonvilles dans le Grand Casablanca  avance aujourd’hui à pas forcés, depuis juillet dernier. On a ainsi pu identifier une superficie de 501 ha destinée à résorber le reliquat des ménages non encore programmés. Cette assiette foncière qui fait l’objet actuellement d’une expertise auprès de la direction des domaines, des communes concernées et du ministère de l’habitat permettra de traiter un autre grand bidonville, celui de Sidi Moumen qui abrite 16 000 ménages. Celui-ci sera éradiqué, selon M. Amil, fin 2012.
Une autre région où les bidonvilles résistent encore est Rabat-Salé-Témara. Près de 17 000 ménages y résident toujours, sans compter les 2 819 ménages n’ayant pas encore regagné les unités déjà finalisées. Les responsables du programme ont échoué ainsi à convaincre les habitants des bidonvilles de douar Garâa vieux de 60 ans et d’un autre situé au quartier Souissi d’aller habiter dans la nouvelle ville de Tamesna.