La modernisation des fours traditionnels bute sur le financement

Avec 12 % de la consommation de bois du pays, les fours traditionnels constituent
un danger pour l’environnement n Un four moyen de 4 m3 coûte 300 000 DH alors
que l’artisanal ne revient qu’à  40 000 ou 50 000 DH n Le secrétariat d’Etat à 
l’Environnement veut généraliser l’expérience du four communautaire de Oulja,
à  Salé, jugée concluante.

Il y a 36 sites de potiers regroupant quelque 15 000 artisans et ouvriers, à travers le pays. Le secrétariat d’Etat à l’Environnement, qui communique volontiers ces chiffres, porte un intérêt particulier au secteur en raison des nuisances que ce dernier fait subir à l’environnement. En effet, les 1004 ateliers recensés comptent près de 1 400 fours qui sont, et c’est là le problème, essentiellement traditionnels. Sur le chiffre énoncé, on ne dénombre que 40 fours à gaz et 16 fours électriques. Four traditionnel veut dire, inévitablement, rejets de fumée, pollution mais aussi déforestation. En effet, plus de
37 000 tonnes de bois (équivalant à la production de près de 18 000 ha de forêt), soit plus de 12 % de la consommation du pays, sont brûlées chaque année par les artisans pour les besoins de leurs activités. Le plus grave est que les artisans font feu de tout bois, si l’on ose dire, et utilisent comme combustibles pneus et résines à base de plomb, avec les risques d’intoxication qu’ils encourent eux-mêmes. Que faut-il donc faire ?
La solution paraît simple: remplacer ce «dangereux arsenal» par des fours modernes. Mais voilà, un four moderne moyen de 4 m3 coûte 300 000 DH, alors que son équivalent artisanal ne revient qu’à 40 000 ou 50 000 DH.

Un four à gaz peut faire économiser 30 à 50 % sur le coût de production et sa longévité est de 25 ans
Bien entendu, les fours modernes sont à la fois plus économiques (de 30 à 50 % sur le coût de production) et plus viables puisqu’ils durent 25 ans quand la longévité des fours traditionnels n’est que de 5 ans. Mais un tel investissement est hors de portée pour les artisans, surtout qu’ils ne présentent pas de garanties et ne sont pas, pour la quasi-majorité d’entre-eux, constitués en personnes morales. Ils sont donc exclus de tout montage financier que les banques pourraient prendre en charge.
Les autorités, à travers le secrétariat d’Etat à l’Environnement et certaines sources de financement comme le Fonds de dépollution (FODEP), ont engagé une réflexion pour proposer des solutions aux artisans concernés. L’action la plus récente et la plus conséquente consiste dans la construction d’un four communautaire à gaz, à Salé, au complexe Oulja où travaillent 700 artisans, et qui comprend 57 ateliers et 95 fours (dont 10 à gaz et 4 électriques). L’opération, bouclée en mai 2003, a bénéficié à 6 potiers et a coûté 500 000 DH. Les artisans ont été choisis en fonction de leur disposition à contribuer financièrement au projet, de la proximité de leurs ateliers par rapport au four, de la similarité de leur production… et de l’engagement à détruire leurs vieux fours. Pour le coordinateur du projet, Essaïd Bellout, l’expérience est concluante et l’équipement installé est exploité à raison de 3 à 4 cuissons par semaine. Les principaux partenaires dans ce genre d’initiatives sont, outre les bénéficiaires, le département de l’Environnement, l’association professionnelle des potiers, l’association Carrefour des initiatives (qui a recruté un animateur pour le four) et le département de l’Artisanat à travers sa délégation.
D’autres actions ont été initiées par le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), comme des tests de démonstration de fours améliorés ou encore la réalisation du premier prototype de four à gaz en maçonnerie à Douar El Fekkhara à Marrakech. Bien entendu, la reconversion ou le remplacement des fours artisanaux sur les sites de poterie, qui concerne plusieurs villes, est lourde. Le plus dangereux, selon Alain Robuchon, gérant de Piro Afrique, opérateur européen qui commercialise des produits, fours et machines pour l’industrie céramique, est que certains artisans cherchent à rafistoler ou à reconvertir leurs vieilles installations en fours à gaz. Alain Robuchon, dont l’entreprise est installée depuis 4 ans au Maroc, tire la sonnette d’alarme car, affirme-t-il, il y a une bonne quarantaine de fours de ce genre, véritables bombes dans les grands sites de poterie du pays. Rien qu’à Marrakech, il existe une dizaine de fours bricolés, menaçant la sécurité du site et son voisinage